J'ai reçu une facture médicale et elle pointe un gros problème en Suisse
440 francs pour dix minutes de consultation. La facture du centre ophtalmologique de mon fils arrive pile au moment où on paie les primes d'assurance maladie pour la nouvelle année, soit environ 1000 francs de plus que pour 2025. Voilà peut-être pourquoi je l'examine de plus près. Rien que des chiffres et des désignations obscurs pour qui n'en a pas l'habitude. A une exception près: 110 francs pour deux boîtes de pansements oculaires.
Des prix enflés qui passent inaperçus
55 francs par boîte, cela me semble élevé. Je cherche sur Google et trouve effectivement les mêmes dans une pharmacie en ligne pour un peu moins de 28 francs. Soit la moitié du prix. Le site se prend lui aussi une marge, le prix de base se situe donc encore nettement plus bas. Le centre ophtalmologique réalise donc au moins 60 francs de bénéfice pour les deux boîtes. Cela représente plus que ce que la plupart des gens gagnent en une heure.
En tant que patients, on ne remarque souvent pas ces prix exorbitants. La caisse d'assurance règle la facture et nous, on paie les primes. Dans ce flux d'argent, les prestataires et les bénéficiaires de prestations sont dissociés. Cela incite à exploiter au maximum la marge de manœuvre en matière de coûts.
L'élu Ueli Schmezer (PS) a accordé une interview au magazine Beobachter. L'ancien présentateur de l'émission alémanique Kassensturz a déposé un postulat demandant au Conseil fédéral d'examiner comment on pourrait impliquer les assurés dans les négociations tarifaires. Il souligne:
Un problème systémique
Notre système de santé incite à se déresponsabiliser en ce qui concerne le coût des traitements. Les assurances peuvent contester les factures en cas de suspicion, mais cela demande de gros efforts et il est difficile d'apporter des preuves.
Surtout que les contrôles n'ont pas la cote auprès du corps médical. Arnaud Perrier, président de l'Académie suisse des sciences médicales, déplore qu'on soupçonne la profession de manière globale. De quoi saper la motivation des médecins, selon lui.
Un exemple concret d'anomalie médicale
Les patients qui souhaitent se défendre contre des pratiques douteuses devront fournir des efforts considérables. Surtout qu'ils n'ont rien à y gagner. Mon conjoint en sait quelque chose. Il prend un traitement hormonal depuis qu'il s'est fait opérer de la thyroïde dans sa jeunesse. Il fait contrôler ses valeurs sanguines tous les ans. Elles sont systématiquement normales depuis 27 ans.
Son médecin traitant de longue date lui avait délivré une ordonnance annuelle sans consultation supplémentaire. Son successeur s'y est pris autrement. Bien qu'il ait également jugé qu'un examen sanguin annuel soit nécessaire, il ne délivrait d'ordonnance que pour six mois. Il fallait donc la renouveler dans l'année. Coût d'une simple signature: environ 30 francs.
Deux ans plus tard, mon compagnon en a eu assez et a changé de médecin. Et lors du premier examen sanguin, surprise: le centre a insisté pour une consultation d'un quart d'heure. A la question de savoir pourquoi, surtout en l'absence de symptômes ou de valeurs anormales, on lui a répondu:
Changer les mentalités
Il existe évidemment d'autres facteurs de coûts plus importants dans notre système de santé. Mais ces exemples dépeignent un problème culturel. Le manque de concurrence, la garantie de paiement et la dilution des responsabilités favorisent une mentalité de libre-service. L'implantation toujours plus grande de groupes mus par le profit renforce cet effet.
De ce point de vue, l'augmentation des coûts de la santé reflète une érosion de l'éthique professionnelle. Une réforme ne doit donc pas seulement supprimer les incitations inappropriées et renforcer les contrôles, elle doit également s'accompagner d'un débat sur les valeurs au sein du corps médical et dans la formation.
Mon médecin traitant, 70 ans et toujours en exercice, a toujours facturé avec modération. Il en va de même pour notre pédiatre. Avec lui, une consultation téléphonique de cinq minutes qui nous évite de nous rendre au cabinet ou, pire encore, aux urgences, c'est cadeau. N'essayez même pas de les convaincre de payer. Ces deux-là respirent la conscience professionnelle et le plaisir avec lesquels ils pratiquent leur métier jour après jour.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
