S'amputer pour une déchirure des ligaments? C'est ce que propose l'UDC
Lors d'une randonnée, si vous avez un caillou dans la chaussure, abandonnez-vous l'excursion? Si votre vélo a un pneu à plat, le jetez-vous? Et vous feriez-vous amputer la jambe à cause d'une rupture des ligaments croisés?
Si vous répondez non à ces trois questions, vous devriez également voter non le 14 juin à l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions!». Car elle propose des solutions tout aussi grossièrement inadaptées aux problèmes de l'immigration que les trois exemples cités.
Une approche séduisante dont on oublie le coût
Oui, aux heures de pointe, les gares sont bondées. Sur certains tronçons autoroutiers, la circulation se bloque. Celui qui cherche un logement se retrouve trop souvent face à un choix cornélien: payer plus cher ou allonger ses trajets. Et, parmi les requérants d'asile, il existe un groupe de jeunes hommes dont le comportement défie toute description.
En un sens, le remède que l'UDC propose avec son initiative sur la durabilité est séduisant: limiter strictement l'immigration dès que la population atteint 9,5 millions d'habitants, soit environ à partir de 2032. Et à 10 millions, on ferme les portes, quoi qu'il en coûte.
Voter oui à l'initiative des 10 millions a un coût, cela ne fait aucun doute. L'écrasante majorité des personnes qui immigrent depuis l'Union européenne viennent pour travailler. Dans la construction, dans les hôpitaux, dans les EMS. On a besoin d'elles. Dès aujourd'hui, et encore plus à l'avenir. D'ici trente ans déjà, selon les scénarios de la Confédération, on comptera 43 retraités pour cent actifs. Deux personnes en activité devront alors subvenir aux besoins d'un retraité: par leurs cotisations AVS, par les soins et par l'encadrement.
En appliquant rigoureusement un plafond d'immigration, nous aggraverions ce problème au détriment des caisses de l'AVS et des personnes âgées: la Suisse deviendrait alors un EMS géant, avec une pénurie de professionnels de soins.
L'impact sur l'âge de la retraite
Alors, comment y remédier? Avec des robots dans les établissements médico-sociaux? Des médecins consultables depuis un centre d'appel à l'étranger? Ces derniers jours, une autre piste, impopulaire, a fait son apparition: travailler plus longtemps. La conclusion s'impose: qui vote oui à l'initiative de l'UDC dit oui à un relèvement de l'âge de la retraite, à 67 ans au minimum. C'est un scénario réaliste.
Peut-être objecterez-vous: «Oui, c'est le prix à payer, je l'accepte». Mais la question reste entière: l'initiative résout-elle pour autant les problèmes évoqués?
Certainement pas. La Confédération serait amenée à proposer des contingents sur le marché du travail, aussi élevés que l'économie en aurait besoin (comme avant la libre circulation des personnes). Déjà à l'époque, des dizaines de milliers de personnes arrivaient. Simplement en tant que saisonniers, sans leur famille, ce qui engendrait des séparations et des enfants en situation irrégulière. C'était un régime cruel que personne ne souhaite sincèrement voir revenir.
Ou alors les entreprises recruteraient davantage de frontaliers. Ceux-ci devraient souvent effectuer des trajets plus longs à l'intérieur du pays qu'aujourd'hui, avec, à la clé, des trains bondés et des embouteillages. Exactement ce que nous ne voulons pas.
Mais alors, que faire contre les effets indésirables de l'immigration?
Ce qu'il faut réellement faire
Le chirurgien cardiaque et politicien PLR Thierry Carrel l'a dit justement dans une interview: il faut un recours à la libre circulation des personnes plus réfléchi. Celui qui a un poste à pourvoir doit d'abord chercher en Suisse, investir dans la formation et la formation continue de ses employés. Et ne pas se contenter de la solution de facilité, en embauchant le premier candidat venu de l'étranger. Ce qu'il faut, c'est une démarche responsable, pas un système bureaucratique de contingents.
Dans le domaine de l'asile, l'initiative des 10 millions exige, pour l'essentiel, ce qui figure déjà dans la Constitution depuis l'initiative de 2010 «Pour le renvoi des étrangers criminels»: une action ferme contre les étrangers criminels qui abusent du droit d'asile. C'est une mission permanente du Conseil fédéral.
Concernant le développement des infrastructures, il faut aller plus vite et surtout être plus ambitieux: qu'il faille des décennies pour développer le réseau ferroviaire n'est pas viable. Quant aux logements locatifs, il faut accélérer les procédures pour les nouvelles constructions et augmenter le nombre de logements abordables. Car, en réalité, le taux de logements vacants est aujourd'hui à peine inférieur à ce qu'il était au début de la libre circulation des personnes, mais les logements disponibles sont souvent trop chers.
En conclusion: en randonnée ou à vélo, laissez votre regard parcourir les forêts, les lacs et les montagnes. Ne vous laissez détourner de votre chemin ni par un caillou ni par un pneu à plat. Et ne vous laissez pas convaincre que la Suisse n'est plus belle.
