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Suisse à 10 millions: l'initiative de l'UDC bat un record

Des affiches de l'UDC pour l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions!».
Des affiches de l'UDC pour l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions!».Image: Keystone

Suisse à 10 millions: l'initiative de l'UDC bat déjà un record

Pour la campagne autour de l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions», opposants comme partisans mettent la main au portefeuille. Quelques noms connus ouvrent leur porte-monnaie, ainsi qu'une fondation controversée.
07.05.2026, 18:5507.05.2026, 21:05
Christoph Bernet

Avec près de 15 millions de francs, la campagne autour de l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions» sera la campagne de votation la plus chère depuis l'introduction des nouvelles règles de transparence sur le financement politique, à l'automne 2023.

Les opposants ont l'avantage financier: ils ont déclaré jusqu'à présent auprès du Contrôle fédéral des finances (CDF) des recettes de 8,96 millions de francs pour combattre l'initiative. Les partisans ont, quant à eux, déclaré des recettes de 6,96 millions de francs. Ces chiffres peuvent encore évoluer d'ici à la votation du 14 juin. Le montant total devrait encore augmenter, en particulier si la course reste aussi serrée que le prédisent les premières enquêtes d'opinion.

Une chose est déjà claire: la campagne la plus chère à ce jour, celle portant sur l'extension du réseau autoroutier de novembre 2024, avec un total de 9,7 millions de francs, perd sa première place. La bataille autour de l'initiative de l'UDC surpasse cette campagne de loin.

Des campagnes aux coûts record

«Plusieurs facteurs contribuent à ce montant record», explique Georg Lutz. Le professeur de science politique à l'Université de Lausanne s'intéresse depuis longtemps au financement de la politique suisse.

Du point de vue des opposants, il s'agit d'un projet dont l'acceptation pourrait avoir des conséquences potentiellement profondes pour l'économie et les relations avec l'Europe. A cela s'ajoute le fait que l'initiative est considérée comme susceptible d'obtenir une majorité. Georg Lutz analyse:

«Parce qu'un résultat serré se profile, une contre-campagne plus intense, et donc plus coûteuse, devient nécessaire.»

La course ouverte est aussi l'une des raisons pour lesquelles l'UDC et les milieux qui lui sont favorables investissent beaucoup d'argent: «Il s'agit peut-être du seul sujet sur lequel elle peut potentiellement remporter des majorités», estime Georg Lutz.

S'y ajoute l'importance stratégique de cette votation. A un peu moins d'un an et demi des prochaines élections, «un thème absolument central» de l'UDC arrive aux urnes. Indépendamment du résultat, cette votation permet de mobiliser sa propre base et de conquérir de nouveaux segments d'électeurs.

Un soutien controversé à l'UDC

Le principal bailleur de fonds de la campagne du «non» à l'initiative de l'UDC est la faîtière de l'économie Economiesuisse, qui s'engage à hauteur de 4,79 millions de francs. Vient ensuite le PS Suisse, qui a jusqu'à présent déclaré 1,6 million de francs et continue à collecter des dons pour la campagne du «non». L'Union syndicale suisse et ses organisations membres ont jusqu'à présent déclaré environ 825 000 francs.

Du côté de la campagne du «oui», l'UDC Suisse est le principal bailleur de fonds avec 2,7 millions de francs. La section zurichoise (750 000 francs) et les Jeunes UDC (51 500 francs) puisent également dans leurs caisses.

Certaines personnalités connues et fortunées ouvrent également leur porte-monnaie: le conseiller national UDC et banquier Thomas Matter fait un don de 250 000 francs, tout comme l'entrepreneur et ex-directeur de Denner Philippe Gaydoul. Le doyen de l'UDC, Christoph Blocher, contribue à hauteur de 100 000 francs, tout comme l'Emil Frey AG de son ami, l'ex-conseiller national et importateur automobile Walter Frey.

Philippe Gaydoul.
Philippe Gaydoul.Image: Keystone

La Fondation pour une politique bourgeoise (traduction de son nom allemand: Stiftung für bürgerliche Politik) apporte également une contribution substantielle de 1,05 million de francs à la campagne du «oui». Le conseil de fondation est présidé par Rolf Dörig, président du conseil d'administration et ex-CEO de Swiss Life. L'ancien conseiller fédéral Ueli Maurer, le président du parti Marcel Dettling et d'autres personnalités de l'UDC siègent également dans cet organe. Le but de la fondation est «le soutien de l'UDC et de la pensée libérale-bourgeoise dans la formation de l'opinion au niveau fédéral».

Ce n'est pas la première fois que cette fondation fait la une. Lors de la campagne pour les élections fédérales de 2023, elle avait soutenu l'UDC à hauteur d'un demi-million de francs. Le président du conseil de fondation, Rolf Dörig, a admis sans détour devant la SRF que les grands donateurs peuvent faire transiter leur soutien à l'UDC via la fondation s'ils souhaitent rester anonymes. Rolf Dörig a soutenu:

«La transparence, c'est bien, mais il faut aussi qu'elle s'arrête quelque part»

De lourdes dépenses pour les réseaux sociaux

Avec son fort engagement dans la campagne de votation actuelle, la Fondation pour une politique bourgeoise devrait intégrer le top 10 des plus grands donateurs lors des campagnes de votation de la législature en cours. Comme l'a révélé une analyse de la RTS le mois dernier, la fondation était le onzième plus grand contributeur parmi les 20 campagnes de votation recensées depuis l'introduction des règles de transparence. Le podium est occupé par Economiesuisse, l'Association des propriétaires fonciers et l'Union suisse des arts et métiers.

De la même façon qu'il est possible d'empêcher la divulgation des noms des grands donateurs via des fondations, il n'est pas non plus nécessaire de rendre transparente l'utilisation des fonds collectés. C'est ce qu'a décidé le Parlement. Ce n'est que sous la pression d'une initiative du PS, finalement retirée, que la Suisse, l'un des derniers pays d'Europe, s'est dotée de règles de transparence.

La destination des 15 millions de francs engagés pour et contre l'initiative de l'UDC reste donc floue. Le politologue Georg Lutz explique:

«Les principaux postes de dépenses restent l'affichage et la publicité sur écrans, les annonces dans les journaux et l'envoi de journaux de votation aux ménages.»

La publicité en ligne et sur les réseaux sociaux a pris une importance considérable ces dernières années. D'autres dépenses, comme celles consacrées aux agences graphiques ou aux événements, ne représentent en revanche qu'une petite part des dépenses totales lors de campagnes de votation coûteuses.

Indépendamment de la somme dépensée et de son affectation par chaque camp, les résultats des votations ne s'achètent pas. Selon la SRF, depuis l'introduction des règles de transparence, le camp disposant du plus grand budget a gagné dix fois, et le camp au budget plus modeste a également remporté la mise dix fois.

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