Hantavirus et pétrole: les hôpitaux suisses face aux risques de pénurie
Six ans et demi après l’apparition du Covid-19, l’hantavirus débarque, par bateau, en Europe. De son côté, le détroit d’Ormuz reste fermé pour cause de guerre en Iran. Le rapport? Il faut du pétrole pour fabriquer du matériel médical à usage unique, tels que gants, blouses, seringues, cathéters, poches de perfusion et emballages stériles.
Avant même l’apparition de ce virus pouvant provoquer des détresses respiratoires et la mort dans le pire des cas, plusieurs médias ont rendu compte des inquiétudes du secteur sanitaire liées aux risques de pénurie de pétrole. Pour l’heure, seuls les prix dans la filière plastique ont augmenté. Jusqu’à plus de 100% pour la matière première nécessaire à la fabrication de gants en caoutchouc.
Qu'en est-il des stocks?
En Suisse, les hôpitaux disposent-ils de stocks suffisants de matériel médical à usage unique pour une prise en charge accrue de patients infectés par un nouveau virus, tel l'hantavirus? De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se veut rassurante:
«Pas d'obligation»
Il n’empêche, le Covid-19 a montré l’importance, pour le secteur hospitalier, de se tenir prêt. Nous avons demandé aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG) de répondre à quelques questions relatives aux matériels et équipements médicaux. Les HUG, partenaires de l’OMS, viennent de réussir un exploit en identifiant la souche de l’hantavirus qui a fait trois morts sur le bateau de croisière MV Hondius. Il s’agit de la souche Andes.
Sans entrer dans les détails, les HUG indiquent par e-mail:
Les HUG disent avoir «des marchés avec des fournisseurs suisses et également étrangers». Concernant le nombre de respirateurs, si essentiel lors de la pandémie de Covid-19:
La révision de la loi toujours en cours
Contacté, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), au front lors de la crise Covid, indique ne pas avoir «d’informations au sujet des stocks disponibles». Et d'ajouter:
Le profond traumatisme laissé par la crise Covid a conduit le Conseil fédéral à initier une révision – en cours – de la loi sur les épidémies. L’OFSP communique à ce sujet: «La loi révisée prévoit une meilleure sécurité de l’approvisionnement en biens médicaux importants en permettant au Conseil fédéral, en cas de pénurie, d’acquérir lui-même ou de faire fabriquer des biens médicaux importants, tels que des vaccins ou des équipements de protection lorsque les cantons ou les particuliers ne peuvent l’assurer.»
Pour en savoir plus sur les stocks de matériel médical disponibles, l’OFSP renvoie vers PharmaSuisse, la Société suisse des pharmaciens.
Contactée, PharmaSuisse prévient: «Nous ne sommes pas l’interlocuteur le plus approprié pour répondre à vos questions. (…) Néanmoins, nous pouvons vous apporter les éléments d’information suivants». Les voici.
- A propos des stocks: «Aujourd’hui, il n’existe pas de base légale fédérale imposant de constituer des stocks pour les dispositifs médicaux ou le matériel de protection (gants, seringues, masques, etc.). Les autorités recommandent aux hôpitaux et aux fournisseurs de maintenir des réserves correspondant à environ douze semaines. Ces recommandations n’ont toutefois pas de caractère contraignant. En revanche, certains médicaments sont soumis à des réserves obligatoires dans le cadre de la législation sur l’approvisionnement économique du pays.»
- La révision de la loi sur les épidémies «doit introduire une base légale permettant d’encadrer et, le cas échéant, d’exiger la constitution de stocks de biens médicaux essentiels, notamment du matériel de protection. Elle ne prévoit toutefois pas nécessairement une obligation générale uniforme, mais renforce les instruments d’intervention de la Confédération en cas de crise sanitaire», rapporte PharmaSuisse.
- La pandémie de Covid-19 a souligné la vulnérabilité et la dépendance des pays occidentaux concernant la production des biens médicaux essentiels, à l’époque, les masques et le gel hydroalcoolique.
- PharmaSuisse indique à ce sujet: «La Suisse dispose d’une production limitée de matériel médical. Une part importante de ces produits est importée d’Asie. A titre d’exemples de production indigène, on peut citer Sanitex (seringues en verre) ou Timask (masques développés pendant la pandémie de Covid‑19.»
Réserves obligatoires pour les produits pétroliers
Dans le domaine des hydrocarbures – le pétrole entrant dans la fabrication de produits médicaux énumérés plus haut –, l’Office fédéral pour l'approvisionnement économique du pays (OFAE), joint par watson, indique que «des stocks obligatoires sont constitués». L’objectif fixé au 30 avril 2026 aux réserves obligatoires d’essence est de 4,6 mois ou 140 jours et de 2,4 mois ou 72 jours pour le kérozène. L’OFAE tient à rassurer:
La pénurie relative de pétrole sur les marchés affecte même la production de préservatifs. Fin avril, le premier producteur mondial de condoms, l’entreprise malaisienne Karex, plus de cinq milliards de contraceptifs masculins par an, a annoncé l’augmentation de ses prix jusqu'à 30% en raison notamment des délais de livraison plus longs de la part des fournisseurs et d’une hausse des coûts de fret.
