Un géant des nuits romandes prend une mesure radicale
On en a tous vu passer sous notre nez, parfois même commandé, quand le porte-monnaie était consentant. Dans les clubs du monde entier, la parade des bouteilles, trimballées par les serveurs entre les tables et accompagnées de fontaines scintillantes, fait partie intégrante du monde de la nuit.
Depuis la tragique nuit de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana, ces petits tubes pyrotechniques ont l’odeur de la mort, celle de dizaines de jeunes qui ont perdu la vie dans le bar Le Constellation.
Très vite pointées du doigt par les autorités, les fontaines scintillantes sont désormais au cœur de l’enquête, qui devra déterminer les causes exactes du dramatique incendie qui a fait plus de quarante victimes et plus d’une centaine de blessés graves, dans la nuit du 31 décembre au 1ᵉʳ janvier dans la célèbre station valaisanne.
Selon les premiers éléments, étayés par plusieurs vidéos tournées dans le bar, ces dispositifs crachant des étincelles auraient été en contact avec une mousse apparente située au plafond, servant d’isolation phonique, elle aussi dans le viseur des enquêteurs.
Depuis le drame, de nombreux night-clubs de Suisse, de France ou encore d’Italie ont tenu à prendre des mesures drastiques, en supprimant ces fontaines scintillantes de leur arsenal de fête. C’est notamment le cas du Melkior et du Bal’tazar, deux boîtes de nuit situées à Dijon, qui ont décidé de signifier publiquement, sur leur compte Instagram, la fin de l’utilisation de ces «fusées». Une publication qui cumule déjà plus d’un million de vues.
Plus près de chez nous, à Lausanne, le célèbre D! Club a lui aussi fait ce choix, avec «effet immédiat, depuis le 1ᵉʳ janvier». Joint au téléphone par watson, son directeur évoque d’abord le drame: «Il n’y a pas de mots. Il n’y a rien de pire qu’une catastrophe comme celle-là, c’est tragique ce qu’il s’est passé. Toutes mes pensées vont aux victimes et à leurs familles», témoigne Thierry Wegmüller.
Selon ce très grand connaisseur des nuits romandes:
Une pratique répandue, mais est-elle encadrée sur place?
Des dispositifs qui sont accompagnés de consignes de sécurité. Le patron du night-club lausannois, qui tenait un exemplaire dans sa main au moment de notre échange, nous en lit quelques lignes «forcément écrites en tout petit sur l’emballage». On y trouve notamment l’obligation d’une «distance de sécurité minimale d’un mètre par rapport aux spectateurs et aux matériaux combustibles». Ce qui, selon les photos et vidéos prises à Crans-Montana, n’a manifestement pas été respecté.
Au bout du fil, Thierry Wegmüller nous apprend également que, dans la foulée de sa décision de supprimer les bougies incandescentes du D! Club, la Commission suisse des bars et clubs a demandé officiellement à tous ses membres de s’en passer également.
Alors que bon nombre de night-clubs en Europe ont décidé, en ce début d’année dramatique, de ne plus utiliser cet arsenal de fête, est-ce forcément la fin d’une pratique, voire même d’une ère? «Les pratiques vont évoluer, c’est certain, mais il est encore trop tôt pour dire que c’est la fin d’une ère», nous glisse Thierry Wegmüller. Il faut savoir que le «bottle service», selon le New Yorker, tient ses origines de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les soldats japonais se faisaient servir des aiguières de saké, assis.
Mais c’est aux célèbres Bains Douches parisiens, dans les années 80, que la pratique s’est démocratisée autour d’un cérémonial permettant aux clients de s’assurer une place assise et... tous les regards. Un marqueur social important dans le monde de la nuit et un moyen de rentabiliser les soirées à l’avance pour les établissements.
Aujourd’hui, de Miami à Las Vegas, la réservation de table et les artifices qui l’accompagnent peuvent atteindre plusieurs milliers de francs: «Dans certains pays, il y a même les danseuses qui arrivent avec la bouteille. L’idée de prestige existe depuis le début de l’humanité».
Et les alternatives existent déjà, du côté des deux boîtes de nuit de Dijon, mais également au D! Club tout bientôt: les LED. Par SMS, et pour conclure notre échange, son directeur nous a d’ailleurs envoyé une photo des bougies qui «seront utilisées chez nous et que nous avions déjà testées l’an dernier»
