Voici ce que révèle l'autopsie de l'une des victimes italiennes
Emanuele Galeppini a découvert très jeune sa passion pour le golf. Il a tapé ses premières balles au club de Rapallo, près de Gênes, où il a grandi avec sa famille. Son talent n’est pas passé inaperçu bien longtemps.
A 16 ans, il avait intégré le cadre national junior italien. Sur Instagram, il célébrait ses succès, mais parlait aussi ouvertement de ses échecs. Il y a un an, il avait ainsi partagé les résultats d’un tournoi lors duquel il avait envoyé quatre balles à l’eau. Il expliquait vouloir désormais travailler dur en vue de la prochaine compétition. Emanuele Galeppini était un optimiste.
Promis à un brillant avenir qui n'adviendra pas
Le golfeur professionnel anglais, Nick Faldo, l’un des meilleurs joueurs européens, le décrivait comme «un jeune homme extrêmement talentueux, avec un avenir brillant».
Galeppini vivait avec sa famille à Dubaï, où il fréquentait une école privée suisse internationale. Il passait régulièrement ses vacances à Crans-Montana. Il y appréciait particulièrement le parcours de golf, sur lequel il avait déjà participé à un tournoi prestigieux.
Le soir du Nouvel An, Emanuele Galeppini a envoyé à sa famille son dernier message depuis le bar Le Constellation, en leur souhaitant une belle nouvelle année. Il aurait eu 17 ans le 21 janvier.
Un hommage avant la confirmation par ADN
Quelques heures après le déclenchement de l’incendie meurtrier, on apprenait qu’Emanuele Galeppini figurait parmi les personnes portées disparues. La Fédération italienne de golf a pourtant publié dès le 1ᵉʳ janvier un hommage, accompagné d’une photo en noir et blanc et du message «Ciao Emanuele».
La publication a été vue par des centaines de milliers de personnes et a suscité des milliers de réactions, entre commentaires et hommages endeuillés.
Mais certains internautes ont aussi critiqué la communication jugée trop hâtive de la fédération. A ce moment-là, le décès n’avait en effet pas encore été officiellement confirmé. Emanuele Galeppini était alors considéré comme disparu.
Sa famille gardait l’espoir de le retrouver et attendait les résultats de l’analyse ADN menée par les autorités suisses. La confirmation de sa mort n’est finalement tombée que le 3 janvier.
A la morgue, la famille a eu une surprise. Elle s’attendait à découvrir un corps brûlé, à peine identifiable. Or, Emanuele Galeppini ne présentait extérieurement que de légères blessures et avait encore ses cheveux et ses sourcils. Il portait sur lui son téléphone portable intact ainsi que son portefeuille. Seules ses chaussures étaient recouvertes de cendre. Ces éléments nous ont été confirmés par l’avocat italien de la famille.
Rome n'en reste pas là
Les proches ont exigé une autopsie. Mais le Ministère public valaisan l’a refusée, estimant que la cause du décès était claire. Les parents ne s’en sont pas contentés. Ils voulaient savoir où et comment leur fils était mort. Un doute les hantait: était-il possible qu’il soit décédé à l’extérieur de l’établissement? Selon les premiers éléments, 37 victimes ont été retrouvées à l’intérieur du bar et trois à l’extérieur.
Le 5 janvier, l’Italie a rapatrié ses victimes à bord d’un avion d’Etat. Sur un aéroport de Milan, des hommes aux gants blancs ont sorti les cercueils en bois de l’immense avion militaire. Des soldats se tenaient au garde-à-vous et saluaient. Sur la piste, les proches pleuraient.
Le parquet de Rome a immédiatement ouvert sa propre procédure pour homicide par négligence, lésions corporelles graves et incendie par négligence. Il a ordonné des investigations que le Ministère public valaisan n’avait pas jugées nécessaires: des autopsies pour l’ensemble des six victimes italiennes.
La cause du décès établie
Entre-temps, les premières conclusions de la médecine légale italienne sont tombées. Emanuele Galeppini est mort d’une intoxication aux fumées, comme l’a confirmé son avocat a notre demande. Alors que le jeune homme de 16 ans tentait de fuir l’établissement, il a probablement été piétiné. Des éraflures et des hématomes constatés sur son corps vont dans ce sens. On ignore encore s’il est décédé à l’intérieur ou à l’extérieur du bar. Il est possible que quelqu’un l’ait sorti du local alors qu’il était déjà mort.
Le parquet de Rome va désormais établir un rapport d’autopsie et procéder à des analyses en laboratoire. Celles-ci porteront sur le mélange toxique des fumées inhalées. On ignore pour l'heure quel impact (ni même s'il y en aura un) auront ces investigations italiennes sur la procédure en cours en Suisse.
Selon l’état actuel de l’enquête, des bougies étincelantes fixées sur des bouteilles de champagne ont enflammé le revêtement en mousse du plafond. La question de savoir s’il contenait également des substances susceptibles de générer des fumées particulièrement toxiques fait partie des points encore à éclaircir au fil de la procédure. Par ailleurs, il reste à déterminer dans quelle mesure une panique de masse dans l’escalier étroit a pu contribuer à augmenter le nombre des victimes.
De nombreuses questions encore en suspens
Le parquet de Rome va désormais faire la lumière sur les six décès de ressortissants italiens. Dans le cadre de l’entraide judiciaire internationale, les résultats seront transmis de Rome à Sion.
Une autopsie est une procédure standard après une mort non naturelle. Pourtant, le Ministère public valaisan y a d’abord renoncé dans de nombreux cas concernant des victimes suisses. Ce n’est qu’à la suite de pressions exercées par des avocats qu’il a finalement accepté de procéder à des autopsies pour certains dossiers. Plusieurs enterrements ont ainsi dû être reportés.
Les commémorations d’Emanuele Galeppini ont eu lieu dès la deuxième semaine de janvier, tandis que l’autopsie et une tomodensitométrie n’ont été réalisées que deux semaines plus tard.
Lors de la cérémonie commémorative, l’archevêque de Gênes, Marco Tasca, a pris la parole:
Il a ensuite évoqué ses parents, sa famille, ses amis et «nous tous». «Nous sommes tous bouleversés.» Désormais, a-t-il ajouté, «c’est à la justice de faire son travail et de faire éclater la vérité».
