Suisse
Crime

La Suisse est à la traîne dans sa lutte contre ce crime méconnu

Acheter ou vendre des actions à l'aide d'informations confidentielles est punissable par la loi.
Acheter ou vendre des actions à l'aide d'informations confidentielles est punissable par la loi.Image: Getty

Ce crime est en hausse «depuis des années» en Suisse

Se livrer à des transactions boursières en s'appuyant sur des informations privilégiées constitue une infraction pénale. Pourtant, en Suisse, aucune peine privative de liberté ferme n'a encore été prononcée pour délit d'initié. Le législateur prévoit désormais de durcir la loi.
21.12.2025, 18:5221.12.2025, 18:52
Maurizio Minetti / ch media

Les policiers sont intervenus dans la matinée du 2 décembre pour perquisitionner les locaux du siège de l'entreprise cotée en bourse SoftwareOne à Stans (NW). Des perquisitions ont également été menées en Allemagne et au Royaume-Uni, tant dans des bureaux que dans des résidences privées. Le motif: des soupçons de délit d'initié.

On parle de délit d'initié lorsqu'une personne utilise des informations importantes et non encore publiques concernant une entreprise cotée en bourse pour obtenir un avantage par rapport au grand public.

Des pertes illégalement évitées

Dans ce cas, SoftwareOne a publié l'an dernier deux communiqués préalables au marché ayant un impact négatif sur le cours de l'action. Avant la diffusion de ces communiqués, cinq anciens ou actuels cadres de SoftwareOne ont vendu d'importantes quantités d'actions, ce qui leur aurait permis d'éviter des pertes pouvant atteindre 2,5 millions de francs.

Le Ministère public fédéral a ouvert plusieurs procédures pénales à leur encontre, mais pas contre l'entreprise elle-même. Selon SoftwareOne, interrogée par Finanz und Wirtschaft, les collaborateurs concernés occupaient des postes au moins deux niveaux en dessous de la direction. La présomption d'innocence s'applique.

Depuis la pandémie, les cas se multiplient

L'affaire met en lumière une infraction qui, autrefois perçue comme un délit mineur, reste aujourd'hui relativement peu médiatisée. Le cas le plus connu de délit d'initié concerne le redresseur d'entreprises Hans Ziegler, qui, il y a un peu plus de quatre ans, avait été condamné à une peine privative de liberté avec sursis de 24 mois, notamment pour délit d'initié.

Dernièrement, les autorités ont, de plus en plus, communiqué sur des affaires de délit d'initié. En février, le Ministère public fédéral a ainsi déposé une plainte portant sur plusieurs millions devant le Tribunal pénal fédéral dans une autre affaire. Un ressortissant suisse y est accusé d'avoir exploité, pendant plusieurs années, des informations importantes sur des acquisitions en cours ou envisagées, réalisant ainsi un gain illégal d'environ 10,6 millions de francs. Il aurait obtenu ces informations confidentielles d'un proche travaillant dans une banque d'investissement.

Le délit d'initié est plus fréquent qu'on ne pourrait le croire. Selon le rapport d'activité du Ministère public fédéral, cinq plaintes émanant de l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) ont été déposées en 2024; trois d'entre elles concernaient des soupçons d'exploitation d'informations privilégiées.

En 2023, quatre des huit plaintes portaient sur ce type de délits, et l'année précédente, toutes les neuf. La Finma elle-même tient uniquement des statistiques sur les enquêtes liées au délit d'initié: depuis la pandémie, le nombre de cas recensés chaque année varie de 148 à 239, alors qu'auparavant, il était généralement inférieur à 100. La tendance est donc à une augmentation des soupçons.

Une nouvelle méthode de détection

Loris Baumgartner, avocat au sein de l'Etude Wenger Vieli à Zurich, spécialisée depuis longtemps dans la défense pénale sur ce sujet, explique:

«Nous observons depuis des années une augmentation du nombre de procédures pénales pour délit d'initié»

Le délit d'initié, tel que défini à l'article 154 de la loi sur les infrastructures des marchés financiers (FinfraG), existe essentiellement depuis 1988. Mais sa portée pratique est restée relativement limitée pendant longtemps. Ce n'est que depuis une dizaine d'années qu'une répression nettement plus active s'est mise en place.

Le développement de cette dynamique s'explique notamment par l'élargissement de l'obligation de signalement pour les banques en 2018. L'introduction du nouveau logiciel Prometheus par l'opérateur boursier SIX a également permis de disposer de meilleures données.

Ce système, assisté par l'intelligence artificielle, facilite la détection des manipulations de marché et des délits d'initié. Loris Baumgartner précise:

«Il y a davantage de signalements de la part de la SIX à l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers et, par conséquent, plus de plaintes déposées auprès du Ministère public fédéral.»

Une révision pour plus de sévérité

Une révision de la FinfraG est désormais à l'ordre du jour; le message devrait être adopté au cours du premier semestre de l'année prochaine. Selon Baumgartner, l'objectif est de durcir les sanctions, par exemple en réprimant plus sévèrement les délits commis de manière organisée ou à des fins commerciales.

Il note toutefois que le délit d'initié «classique» reste le plus fréquent: il concerne des dirigeants qui achètent ou vendent des actions grâce à une information privilégiée pour s'enrichir personnellement. Aujourd'hui, quiconque réalise un gain supérieur à un million de francs par ce biais risque une peine privative de liberté pouvant aller jusqu'à cinq ans.

Avec la révision, si elle est adoptée, le seuil serait abaissé à 500 000 francs.

Un tour de vis qui fait débat

Pour renforcer l'effet préventif et dissuasif, la Finma plaiderait également pour une augmentation des peines. Un porte-parole souligne:

«En Europe, avec une peine maximale de cinq ans, nous sommes plutôt dans la fourchette basse»

Il rappelle qu'aucune peine privative de liberté ferme n'a encore été prononcée pour délit d'initié depuis le durcissement de la législation en 2013.

Pour Loris Baumgartner, la peine actuellement en vigueur constitue déjà une sanction relativement sévère. Il déclare:

«Je ne juge pas nécessaire de l'alourdir»

Il plaide plutôt pour une plus grande transparence:

«D'un point de vue criminologique, il est souhaitable que le Ministère public fédéral soit de plus en plus informé des cas de délit d'initié.»

Le simple déclenchement d'une procédure pénale, accompagné d'une perquisition et du risque potentiel pour la réputation, exerce déjà un effet dissuasif.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

Après un sujet compliqué, voici des chats moches...
1 / 13
Après un sujet compliqué, voici des chats moches...
source: imgur
partager sur Facebookpartager sur X
Voici la tasse de café le plus cher du monde
Video: extern / rest
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Ils veulent garantir le cash en Suisse
Le paiement avec de l'argent liquide doit être garanti dans notre pays, estime le Mouvement Liberté Suisse. Son initiative sera soumise au vote populaire le 8 mars prochain.
Les Suisses doivent pouvoir continuer à payer avec de l'argent liquide. Les partisans de l'initiative «l'argent liquide, c'est la liberté» ont lancé leur campagne mardi, en vue de la votation du 8 mars. Le contre-projet direct prévu ne va pas assez loin selon eux.
L’article