Comment l'armée suisse lutte contre la discrimination sexuelle
L'armée suisse avance dans sa lutte contre la discrimination et la violence sexualisée. La moitié des mesures sont déjà appliquées et les autres suivent. Seule une des seize mesures a pris du retard.
L'armée suisse a lancé en 2025 un plan d'action en seize points pour lutter contre la discrimination et la violence sexualisée. «Dans l'armée suisse, il n'y a pas de place pour la discrimination et la violence», a avancé vendredi le chef du commandement de l'instruction Gregor Metzler devant les médias à Berne.
Huit mesures sont déjà mises en oeuvre et intégrées dans les processus courants. Sept autres sont en cours de réalisation selon le calendrier prévu. Parmi les mesures déjà appliquées figure une leçon en ligne de sensibilisation, obligatoire pour toutes les recrues depuis le 1er janvier 2025. Près de 20 000 personnes l'ont déjà suivie, a indiqué Mahide Aslan, cheffe du service spécialisé Femmes dans l'armée et diversité.
Un autre outil jugé efficace est l'élaboration par les militaires eux-mêmes d'un «code de conduite» au niveau de leur unité. «Cela augmente l'acceptation dans les troupes», a avancé Aslan. Et le commandant de l'école d'infanterie Thomas Huber de rappeler que la confiance mutuelle est indispensable au bon fonctionnement de l'armée et donc de la sécurité de la Suisse.
Un outil de signalement anonyme est également opérationnel. Les soldats peuvent eux-mêmes décider ce qu'ils donnent comme informations personnelles, a indiqué la cheffe du service spécialisé. Une prise de contact sur douze environ concerne réellement un cas de violence ou de discrimination sexualisée, a précisé Aslan.
Un manuel complet en cours d'élaboration
Un groupe de travail «Protection des victimes» a été mis sur pied en mai 2025 afin de renforcer l'accompagnement des personnes concernées. Les cadres reçoivent par ailleurs une formation spécifique à la gestion des conflits depuis septembre 2025.
Pour améliorer la prise en charge, une «deuxième voie» de signalement, en dehors de la voie hiérarchique, est testée dans plusieurs écoles. Un manuel complet sur le thème «procédure en cas de discrimination et violence sexualisée» est en cours d'élaboration. Le reporting systématique des procédures disciplinaires et pénales militaires est également en cours.
La seule mesure qui a pris du retard est la création d'une notice d'information sur les droits des victimes. Ce retard est dû à celui d'un projet plus vaste: un manuel complet sur la procédure à suivre en cas de discrimination.
Initialement prévu uniquement pour la milice, son champ d'application a été étendu aux militaires de carrière, au personnel civil et aux membres de la promotion de la paix, a encore indiqué Mahide Aslan. Le manuel et la notice devraient être disponibles d'ici fin 2027.
L'armée «sur la bonne voie»
Le rapport note des premiers signes d'une amélioration de la culture au sein de la troupe, notamment grâce au code élaboré par les militaires. Le service «Femmes dans l'Armée et Diversity» est plus souvent contacté, y compris par des hommes et des commandants cherchant conseil. Les commandants d'école affichent plus clairement une politique de tolérance zéro envers le sexisme ou le racisme dès le début de l'instruction.
Ces mesures ne sont pas un programme accessoire, mais sont explicitement liées à la capacité de défense du pays, souligne le rapport. Pour Marc Pascal Gugelmann, commandant d'école de maintenance, «chacun doit se sentir en sécurité sur le plan psychologique et avoir confiance en soi. Le respect mutuel constitue la base de l'accomplissement de la mission.»
«Et nous sommes sur la bonne voie», a souligné Gregor Metzler. Même s'il reste encore du travail à faire. «Les femmes sont aujourd'hui plus sûres dans l'armée. Le sujet est abordé de manière plus institutionnalisée», a conclu Aslan.
Une culture de la sécurité psychologique est jugée indispensable pour garantir l'alimentation en personnel du système de milice. L'objectif est de maintenir un effectif d'au moins 100 000 militaires.
L'ensemble des 16 mesures doit être mis en place d'ici la fin 2027. Leur efficacité sera évaluée par une nouvelle étude en 2028. (jzs/ats)
