«C'était un délire»: le Vaudois accusé de torture peine à s'expliquer
Norbert* se tient la tête dans les mains. Face au tribunal depuis lundi, il doit ce jeudi répondre de ses actes, énumérés un par un. Le public est dense dans la salle du tribunal: des victimes, des familles, des connaissances. Les interrogatoires durent depuis mercredi après-midi et il a de grandes difficultés à répondre.
Norbert est accusé d’avoir séquestré, tabassé, torturé, menacé quinze personnes, dont cinq ont eu le courage de porter plainte malgré la terreur qu’il leur inspire. Plusieurs d’entre elles affirment par exemple avoir subi des tirs de flèches en métal au moyen d’une sarbacane, les pointes des flèches s'enfonçant dans leur peau. «Je n’ai jamais utilisé la sarbacane quand je pétais les plombs», affirme-t-il.
A l’autre extrémité de la salle, l’une des victimes s’effondre. Norbert persiste et affirme que plusieurs autres personnes ont aussi utilisé cette fameuse sarbacane pour tirer des flèches sur les autres. Deux plaignants demandent la parole pour contester.
Quand le tribunal lui demande d’expliquer sa violence, il dit qu’il avait besoin de respirer et qu’il ne le pouvait pas sur le moment.
Samaël: une fausse double personnalité
L'une des victimes a témoigné durant la semaine avoir dû s'occuper de lui comme d'un enfant, dans une forme de soumission totale. Elle a décrit avoir dû le porter aux toilettes, le nourrir à la cuillère. Norbert conteste, mais l'un des plaignants prend la parole:
Norbert abonde plus tard dans la journée. «La première fois que j'ai essayé de me suicider, j'avais huit ans. J'ai fini à l'hôpital psychiatrique à cause de ça.» En prison, Norbert n'est jamais passé à l'acte.
L’accusé s’était aussi inventé une deuxième personnalité baptisée Samaël, figure souvent assimilée à l’ange de la mort.
Interrogé par la procureure, il finit par reconnaître que Samaël était une invention, lui permettant d’obtenir des médicaments de sa psychiatre, mais aussi de diminuer sa responsabilité au cours d’un précédent jugement.
Norbert est le fils d’un héroïnomane. Son père est venu témoigner lundi, mais il n’est plus réapparu au tribunal depuis. Sa mère et sa sœur ne semblent pas être venues non plus. Sa grand-tante, qui l’a en partie élevé, est décédée pendant sa détention. Mercredi, lors de sa première prise de parole, il a rappelé volontairement son enfance fracassée. Il est né en sevrage, a subi les violences de son père, a été placé en foyer.
Son avocat, Albert Habib, souligne aussi plusieurs fois que son client a des capacités d’expression limitées. «Cela a été constaté dans toutes les expertises», explique-t-il à watson.
Un risque de récidive
Son axe de défense, précaire, aujourd’hui est de convaincre les juges qu’il a changé et que désormais il mesure la portée de ses actes. Mais aussi qu’il est prêt à s’investir dans une thérapie. Il pourrait ainsi bénéficier d’un article 63 du code pénal recommandé par les psychiatres, soit une psychothérapie ambulatoire.
Les trois experts consultés ont tous conclu à un trouble de la personnalité dyssociale avec tendance paranoïaque, mais ils ont aussi insisté sur un risque de récidive moyen à élevé. Pour les victimes, terrorisées encore aujourd’hui, il est impensable qu’il sorte de détention. C’est le tribunal qui devra estimer la mesure ou la peine la plus appropriée au regard de son trouble, mais aussi de sa dangerosité.
Mais convaincre la cour qu’il a changé est très difficile pour le prévenu. D’abord, parce que lundi matin, dans le fourgon pénitentiaire qui l’amenait au tribunal, il a violemment insulté et menacé de mort l’un des plaignants, celui qui a eu le courage de dénoncer les faits à la police et de provoquer son arrestation immédiate. Ensuite, parce qu’il commence par admettre des faits avant de les relativiser, d’en donner une version édulcorée ou d’y apporter une justification.
«Pour moi, il est toujours enfermé dans son trouble», estime Loïc Parein, avocat de l’une des victimes.
Cela provoque des moments particulièrement durs en audience. Quand les avocats insistent, Norbert ne se souvient plus. «Je n’ai pas dormi depuis vendredi. Je ne sais plus».
*Nom connu de la rédaction
