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Le Vaudois accusé d'avoir torturé ses colocs répond aux juges

Le tortionnaire vaudois répond aux juges lors de son procès à Renens. watson
Le tortionnaire vaudois répond à ses juges au quatrième jour de son procès. watson

«C'était un délire»: le Vaudois accusé de torture peine à s'expliquer

Au quatrième jour du procès du tortionnaire de Moudon, l’accusé doit répondre de violences et torture sur quinze personnes. Mais il peine à répondre aux juges.
10.09.2026, 17:5511.09.2026, 09:38

Norbert* se tient la tête dans les mains. Face au tribunal depuis lundi, il doit ce jeudi répondre de ses actes, énumérés un par un. Le public est dense dans la salle du tribunal: des victimes, des familles, des connaissances. Les interrogatoires durent depuis mercredi après-midi et il a de grandes difficultés à répondre.

Norbert est accusé d’avoir séquestré, tabassé, torturé, menacé quinze personnes, dont cinq ont eu le courage de porter plainte malgré la terreur qu’il leur inspire. Plusieurs d’entre elles affirment par exemple avoir subi des tirs de flèches en métal au moyen d’une sarbacane, les pointes des flèches s'enfonçant dans leur peau. «Je n’ai jamais utilisé la sarbacane quand je pétais les plombs», affirme-t-il.

«A l’époque, je disais qu’on jouait, un peu dans un délire à la Jackass. Ça avait l’air innocent, comme des gens qui jouent à se mouiller avec de l’eau. C’était une ambiance à l’époque chez tout mon entourage».
Nobert

A l’autre extrémité de la salle, l’une des victimes s’effondre. Norbert persiste et affirme que plusieurs autres personnes ont aussi utilisé cette fameuse sarbacane pour tirer des flèches sur les autres. Deux plaignants demandent la parole pour contester.

«La sarbacane était un outil pour nous terroriser et faire pression sur nous»
Une plaignante

Quand le tribunal lui demande d’expliquer sa violence, il dit qu’il avait besoin de respirer et qu’il ne le pouvait pas sur le moment.

«Ce sont des moments où j’étais hors de moi, j’étais complètement fou à l’époque. Je ne peux pas expliquer rationnellement ces choses que j’ai faites»
Norbert

Samaël: une fausse double personnalité

L'une des victimes a témoigné durant la semaine avoir dû s'occuper de lui comme d'un enfant, dans une forme de soumission totale. Elle a décrit avoir dû le porter aux toilettes, le nourrir à la cuillère. Norbert conteste, mais l'un des plaignants prend la parole:

«Moi aussi, j'ai parfois dû le porter tellement il se sentait mal. Cela est arrivé notamment une fois alors qu'il ne voulait pas rester seul. Il me disait parfois qu'il allait se pendre.»

Norbert abonde plus tard dans la journée. «La première fois que j'ai essayé de me suicider, j'avais huit ans. J'ai fini à l'hôpital psychiatrique à cause de ça.» En prison, Norbert n'est jamais passé à l'acte.

L’accusé s’était aussi inventé une deuxième personnalité baptisée Samaël, figure souvent assimilée à l’ange de la mort.

«Samaël, c’était comme si quelque chose prenait le contrôle de moi. Je regardais beaucoup de films et je ne savais pas ce qu’il m’arrivait dans ces moments-là. Je m’énervais, j’étais violent et c’était impossible de me calmer. J’avais l’impression que ce n’était pas moi qui pilotais.»

Interrogé par la procureure, il finit par reconnaître que Samaël était une invention, lui permettant d’obtenir des médicaments de sa psychiatre, mais aussi de diminuer sa responsabilité au cours d’un précédent jugement.

Norbert est le fils d’un héroïnomane. Son père est venu témoigner lundi, mais il n’est plus réapparu au tribunal depuis. Sa mère et sa sœur ne semblent pas être venues non plus. Sa grand-tante, qui l’a en partie élevé, est décédée pendant sa détention. Mercredi, lors de sa première prise de parole, il a rappelé volontairement son enfance fracassée. Il est né en sevrage, a subi les violences de son père, a été placé en foyer.

«A 14 ans, j’étais à la place de la Riponne»
Norbert

Son avocat, Albert Habib, souligne aussi plusieurs fois que son client a des capacités d’expression limitées. «Cela a été constaté dans toutes les expertises», explique-t-il à watson.

«Sa construction mentale de l’expression est confuse. Il a été déscolarisé très vite et les éducateurs des foyers où il a séjourné soulignaient ses graves lacunes en matière de lecture, par exemple. Il ne faut pas oublier que c’est un homme marginalisé et polytoxicomane, comme l’ont d’ailleurs aussi été les plaignants. Et cela laisse des séquelles».

Un risque de récidive

Son axe de défense, précaire, aujourd’hui est de convaincre les juges qu’il a changé et que désormais il mesure la portée de ses actes. Mais aussi qu’il est prêt à s’investir dans une thérapie. Il pourrait ainsi bénéficier d’un article 63 du code pénal recommandé par les psychiatres, soit une psychothérapie ambulatoire.

Les trois experts consultés ont tous conclu à un trouble de la personnalité dyssociale avec tendance paranoïaque, mais ils ont aussi insisté sur un risque de récidive moyen à élevé. Pour les victimes, terrorisées encore aujourd’hui, il est impensable qu’il sorte de détention. C’est le tribunal qui devra estimer la mesure ou la peine la plus appropriée au regard de son trouble, mais aussi de sa dangerosité.

Mais convaincre la cour qu’il a changé est très difficile pour le prévenu. D’abord, parce que lundi matin, dans le fourgon pénitentiaire qui l’amenait au tribunal, il a violemment insulté et menacé de mort l’un des plaignants, celui qui a eu le courage de dénoncer les faits à la police et de provoquer son arrestation immédiate. Ensuite, parce qu’il commence par admettre des faits avant de les relativiser, d’en donner une version édulcorée ou d’y apporter une justification.

«Pour moi, il est toujours enfermé dans son trouble», estime Loïc Parein, avocat de l’une des victimes.

«Il est en audience et sa stratégie implique de reconnaître certains faits, mais il n’y parvient que pour certains d’entre eux, ceux qui mettent le moins à mal son image de lui-même. Souvent même, il les explique par les comportements des personnes qui l’entourent. Mais nous sommes dans un tribunal et nous le confrontons aux faits.»

Cela provoque des moments particulièrement durs en audience. Quand les avocats insistent, Norbert ne se souvient plus. «Je n’ai pas dormi depuis vendredi. Je ne sais plus».

*Nom connu de la rédaction

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