Le Vaudois qui aurait torturé ses colocs se confie enfin
Kevin est un géant tatoué au crâne rasé. Au troisième jour de ce procès qui révèle les violences et les tortures infligées par Norbert à son entourage, le président du tribunal interroge Kevin.
L’homme prend un temps considérable pour répondre et quand il le fait, c’est presque en chuchotant. Au bout de quelques minutes, le président s’impatiente devant les silences de Kevin. C’est son avocat qui demande de noter au PV que son client a soufflé: «j’ai peur.»
Les manches de la chemise du colosse tremblent, tout comme ses jambes. La procureure intervient: «Monsieur, c’est d’être assis à côté de Norbert qui vous effraie à ce point?» Le silence est long, puis: «c’est globalement d’être ici qui me fait peur» murmure-t-il. «Vous vous êtes pourtant largement exprimé pendant l’instruction», insiste la procureure. Seul le silence lui répond.
Kevin a fondu en larmes. Il s’excuse d’avoir fait du mal à Benjamin* ce 1er août 2018. Il est assis du côté des prévenus depuis lundi matin, co-accusé avec Norbert, Julien* et Bénédicte* d’avoir attaché, tabassé, torturé et terrorisé Benjamin dans le bois de l’Erberey, sur la commune d’Oron. «Tu n’avais pas mérité ça, personne ne l’aurait mérité.»
«Norbert connaît des gens partout»
Le matin même, Benjamin racontait les lourdes séquelles qu’il gardait encore de cette agression. Depuis, il ne se promène plus en forêt, il ne se rend plus dans les cercles qu’il fréquentait autrefois. «Norbert connaît des gens partout, j’ai beaucoup trop peur. Je ne sais jamais ce qu’il va m’arriver.»
L’activité de personnes menaçantes toujours sous l’influence de Norbert est aussi évoquée au sortir de l’audience par la famille d’une victime.
«Je ne comprends qu’aujourd’hui que si mon fils n’a jamais rien dit, c’est parce que Norbert nous avait menacés, nous sa famille», explique la maman en larmes.
«Il nous racontait des bribes», souligne son frère.
«Je me disais que c’était un mec bien»
Tous les co-prévenus, Bénédicte, Julien et Kevin, reconnaissent avoir séquestré et tabassé Benjamin. Mais chacun à leur manière, ils décrivent l’emprise et la peur exercée par Norbert.
«J’étais naïf, j’ai pensé que Norbert voulait vraiment discuter avec Benjamin alors j’y suis allé», raconte Julien.
Bénédicte, elle, se décrit amoureuse, sous le charme d’un Norbert qui sait se montrer sous son meilleur jour.
Quand enfin c’est au tour de Norbert de prendre la parole, il s’exprime très longuement, d’une voix douce et sans être interrompu.
La question était pourtant simple: «quel était le plan en emmenant Benjamin dans la forêt?» Mais voilà que Norbert se met à conter son enfance fracassée, le manque d’héroïne — son père étant héroïnomane — dès la naissance, la violence avant même de savoir parler, et la place de la Riponne à 14 ans (ndlr: place lausannoise comjue pour accueilir des toxicodépendants).
La plupart des réponses sont fuyantes et emmêlées, semant la confusion chez ses interlocuteurs. Il finit par expliquer qu’il voulait venir en aide à une femme maltraitée par Benjamin.
Norbert fait tellement de digressions que le président s’écrie: «arrêtez de nous balader et répondez simplement aux questions!». La procureure devient rouge vif et s'époumone. «Je suis venu ici dans l’idée d’assumer ce que j’ai fait», reprend-il sans jamais perdre son calme face à la cour.
«J’ai été terrible pour des raisons qui n’en valaient pas la peine. (...) J’ai agi par connerie, Monsieur, par prétention, par arrogance, le choix est vaste en fait», affirme-t-il d’une seule traite et sans hésitation au président du tribunal.
Le vrai visage de Norbert?
Mais l’un des tournants de ce procès, ce sont les menaces proférées par Norbert contre Benjamin pendant leur transport en fourgon pénitentiaire lundi matin: «Salut grosse merde, t’inquiète pas la vie est longue et le jour où je sortirai, si je m’emmerde un jour, je vais venir te chercher. (...) Benjamin t’es mort, jamais de la vie je ne te laisserai tranquille.»
Alors que le père de Norbert essayait de faire valoir son évolution pendant ses huit ans d’incarcération, que lui-même tente de reconnaître ses torts, ces menaces enregistrées et filmées semblent anéantir leurs efforts. C’est Julien qui le résume le mieux: «En fait le mec, en dix ans, il n’a pas changé. ça me fait mal au coeur pour lui.»
Interrogé sur ces menaces, Norbert prétend que ces propos ne présagent pas d’un passage à l’acte. «Je ne suis pas un saint, je suis en prison depuis 10 ans», répète-t-il d’une voix douce et lisse. Norbert est présumé innocent jusqu’à son jugement.
*prénoms d'emprunt
Les victimes révèlent des faits nouveaux
Comme Benjamin, plusieurs victimes ont révélé des faits nouveaux, notamment des viols, ce qui contraint le ministère public à investiguer. Après délibération, le tribunal a décidé en fin de matinée de poursuivre le procès malgré tout. C’est la procureure qui ouvrira une nouvelle procédure pour traiter de ces nouveaux éléments.
