La Suisse accusée d’avoir laissé filer un deal douanier à 10% avec Trump
La Suisse aurait pu négocier un meilleur accord douanier avec les Etats-Unis, à savoir 10% au lieu des 15% finalement convenus à la mi-novembre, a lancé le richissime Alfred Gantner. Pour le cofondateur de Partners Group — qui était dans le bureau ovale de la Maison Blanche, avec les autres grands patrons suisses, début novembre — les Départements des affaires étrangères et de Justice et Police porteraient une lourde responsabilité quant à ce résultat, car leurs objections auraient retardé la conclusion des négociations.
Alfred Gantner a abordé ce sujet dans un entretien accordé au Tages-Anzeiger et dans le talk-show de la SRF Gredig direkt. Il s'y est exprimé de manière plutôt mesurée. Mais il aurait, en revanche, eu la langue bien pendue lors d'une table ronde du Parti libéral-radical (PLR) de Schwyz début septembre.
Reprenons depuis le début: le dirigeant de la grande société d'investissement en capital a été contacté, début août, par la directrice du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) Helene Budliger Artieda. Il a dès lors intégré la «Team Switzerland», chargée de contribuer à la réduction des droits de douane américains, fixés à la base à 39%, pour rappel. Et, on l'a dit, il s'est ensuite envolé pour Washington avec les autres gros poissons de l'économie suisse.
Aussi la faute aux... accords avec l'UE?
Avant cela, lors de l'événement PLR à Brunnen (Schwyz) en septembre, Gantner aurait émis la critique suivante: «Les Bilatérales III torpillent nos relations commerciales extérieures». Selon lui, si la Suisse se retrouve confrontée à une taxe douanière américaine de 39%, c'est (aussi) parce que:
Pour mémoire, le PLR soutient officiellement ces nouveaux accords avec l'UE.
Son raisonnement? Dès début mai 2025, Helene Budliger Artieda, la cheffe du Seco, aurait, en réalité, déjà eu un accord avec les Américains prêt entre les mains. Mais une «résistance» l'aurait alors empêchée de le sortir. L'Office fédéral de l'agriculture, le Département des affaires étrangères et le Département de Justice et Police auraient, en effet, formulé des objections. Résultat: huit, neuf, dix semaines se seraient écoulées. Et, pendant ce temps, les Etats-Unis concluaient des accords douaniers avec d'autres pays — qui eux ont plus rapidement réussi à faire baisser ces taxes.
Et les Bilatérales III, dans tout ça? Le cofondateur de Partners Group explique que le Conseil fédéral aurait, d'une part, voulu vérifier la compatibilité des exigences de Washington avec les traités européens. Ce qui aurait provoqué des retards. Alfred Gantner évoque notamment les accords sur les denrées alimentaires et la santé avec l'UE.
D'autre part, la Suisse aurait souhaité coordonner l'accord Trump avec l'UE — elle aussi en négociation avec le gouvernement américain. Mais la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne se serait, au final, pas vraiment embarrassée de quelque coordination que ce soit, et aurait fait toutes les concessions possibles, de son côté, à Trump lors d'une rencontre en Ecosse.
La Confédération se défend
Ainsi, les conseiller fédéraux Ignazio Cassis (Affaires étrangères) et Beat Jans (Justice et Police) auraient-ils laissé filer un accord douanier prévoyant 10% de taxes, parce que les traités avec l'UE leur importaient davantage qu'un accord avec Washington? Un deal avec Trump a-t-il échoué entre mai et juillet en raison des réserves de Cassis et Jans?
Interpellé, Michael Steiner, porte-parole du Département des Affaires étrangères, a répondu à notre demande comme suit:
Ajoutant que «le Conseil fédéral agit toujours dans l'intérêt de la Suisse.»
La secrétaire d'Etat Helene Budliger Artieda s'est également exprimée lors de la table ronde du PLR de Schwyz – contredisant Alfred Gantner à plusieurs reprises. L'accord avec les Etats-Unis n'était pas prêt début mai, mais début juillet, a-t-elle notamment précisé.
Lorsque Alfred Gantner a mis en cause les Bilatérales III, les liant avec l'accord avec les Etats-Unis, Budliger Artieda aurait rétorqué:
La directrice du Secrétariat d'État à l'économie a rappelé que la Suisse avait conclu des accords de libre-échange avec l'Inde, la Thaïlande et la Malaisie... avant même qu'on n'ait une date concrète pour la votation sur l'accord avec l'UE. Il n'y a ni concertation, ni ménagements des uns au détriment des autres, à ce niveau, a-t-elle insisté.
Pour le contexte, il ne faut pas oublier que Alfred Gantner a créé, avec d'autres, l'organisation Kompass Europa, qui combat le nouveau paquet de traités avec l'UE. Des observateurs soupçonnent que c'est précisément pour cette raison qu'il accable Ignazio Cassis et Beat Jans — les deux conseillers fédéraux soutenant ces accords.
Vendredi soir dernier, Beat Jans s'est également exprimé sur cette affaire: il ne sait pas d'où proviennent les affirmations selon lesquelles il aurait retardé la conclusion de l'accord avec les Etats-Unis, mais elles sont, quoi qu'il en soit, fausses: «Le Conseil fédéral veut résoudre les problèmes douaniers avec les Etats-Unis dans l'intérêt du pays. Cela valait en mai, cela vaut aujourd'hui, et cela vaut pour chaque membre du gouvernement.»
A par ailleurs souligné Beat Jans.
