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«Il m’a torturée»: Ina raconte les violences de son ex

Serie "Häusliche Gewalt": Dass Ina* von ihrem Freund verprügelt, vergewaltigt und psychisch unter Druck gesetzt wurde, wusste lange niemand. Die Gewalt fand hinter verschlossener Hau ...
Ina a réussi à se sauver d'une relation amoureuse dangereuse.image: shutterstock, montage watson

«Il m’a torturée»: Ina a vécu l'enfer avec son ex, elle raconte

Pendant longtemps, personne n’a su qu’Ina était frappée, violée et soumise à une pression psychologique constante par son compagnon. La violence se déroulait derrière une porte close. Jusqu’au jour où Ina a trouvé refuge en Suisse.
30.11.2025, 07:0530.11.2025, 07:13
Aylin Erol
Aylin Erol
Avertissement
Cet article décrit explicitement des violences physiques, psychiques, émotionnelles et sexuelles. Le suicide est également évoqué. Si cela vous met mal à l’aise, arrêtez la lecture ou entourez-vous de proches.

Ina* fronce le visage avec dégoût. L’homme qui lui a fait vivre un enfer pendant trois ans, elle ne peut se résoudre à l'appeler son «ex». Pourtant, aux yeux de tous, Ina et Ramesh* formaient un couple. Une relation imprégnée de peur et de violence, qui resurgissaient derrière les portes fermées. La jeune femme raconte:

«Il m’a torturée»
Ina, survivante de violences conjugales

Il n’y a pas d’autre mot, selon elle.

Une première rencontre qui en dit long

Nous sommes en 2021. Ina a 24 ans, vit en Inde et est en couple lorsqu’elle rencontre Ramesh. Le courant passe bien. Après leur première rencontre, il lui dit: «Je crois que je tombe amoureux de toi».

Ina est déstabilisée. «Il ne me connaît même pas», pense-t-elle. Elle lui répond: «Soyons amis». Ramesh accepte. Mais le même soir, il tente de la convaincre d’avoir des relations sexuelles. Ina refuse. Il parvient malgré tout à l’embrasser et à la toucher.

Quelques mois plus tard, Ina rompt avec son compagnon et se retrouve en couple avec Ramesh. Comment en est-elle arrivée là? Cette question la hante depuis longtemps, sans réponse. Sa mémoire contient des trous. Un brouillard de confusion recouvre ses souvenirs. Tout ce qu'elle peut dire:

«Je ne pouvais pas lui échapper»

Un processus long et insidieux

Le premier sentiment qu’Ina éprouve envers Ramesh n’est ni l’attirance ni la peur, mais la compassion. Ina raconte:

«D’une certaine manière, il me rendait responsable de son bien-être»

Dès les premiers mois, Ramesh se montre irritable, agressif, hostile. Il attribue son comportement à des problèmes professionnels ou au traumatisme d’avoir grandi sans mère. Cela touche Ina, car sa propre mère a connu la même histoire.

«Je pensais que si je lui donnais assez d’affection, il irait mieux et deviendrait plus gentil»

Tout au long de la relation, Ina se sent coupable, sans pouvoir expliquer pourquoi. Ramesh sait très bien parler, très bien convaincre. Au début de la relation, il l’accuse d’avoir traité son appartement de «taudis». Elle se souvient:

«C’était totalement faux. Et pourtant, il m’a poussée à m’en excuser plusieurs fois»

Il insistait tellement, avec une telle assurance, qu’Ina en est venue à douter de ses propres perceptions et de sa mémoire. Très lentement. Presque sans s’en rendre compte.

Pour Claudia Wyss, directrice du centre d'aide argovien contre la violence domestique, ce récit révèle un premier signe alarmant. Elle explique:

«La violence domestique commence souvent par la violence psychique: dévalorisation, insultes, remise en question de la perception de l’autre.»

Un processus si progressif et subtil que les victimes peinent à le percevoir.

Claudia Wyss, Bereichsleiterin Anlaufstelle gegen Häusliche Gewalt (AHG) Aargau
Claudia Wyss, directrice du centre d'aide contre la violence domestique du canton d'Argovie.Image: dr

Un avenir imposé par la force et la violence

Ina, elle, ne comprend pas encore ce qui lui arrive durant la première année. Elle se concentre sur autre chose: sa candidature pour une université en Allemagne. Ramesh l’encourage à choisir une université qui accepterait aussi sa candidature, pour qu’ils puissent partir ensemble. Ina s’occupe de tout: visa, appartement, admission.

Juste avant le départ, Ramesh rompt et exige malgré tout qu’ils habitent ensemble en Allemagne, dans deux chambres séparées. Il veut qu'Ina paie davantage, car elle a déjà trouvé un emploi, lui non. La jeune femme refuse. Une dispute éclate. Ramesh la gifle pour la première fois et lui tord les mains. Elle s’en sort avec un pouce foulé et la peur au ventre. La peur de dire «non» à nouveau. A l'été 2022, alors qu'elle n'en a aucune envie, elle part donc pour l'Allemagne avec lui.

Quand le corps dit non

«J’ai toujours été bonne élève», dit Ina. Mais en Allemagne, ses notes chutent. Elle s’en veut. Impossible, pense-t-elle, que Ramesh soit la cause de sa fatigue et de son manque de concentration. Même si elle cumule trois emplois pour éviter d’être à la maison. Même si elle s'arrête tous les soirs au pied de l’immeuble, regarde vers le onzième étage et se demande ce qu'il va lui reprocher cette fois-ci. Même si son corps la lâche: maladies à répétition, fièvre, douleurs.

Pour Ina, la maison n’était pas un refuge, mais une source d'angoisse.
Pour Ina, la maison n’était pas un refuge, mais une source d'angoisse.image: Shutterstock

En Allemagne, la violence de Ramesh s’aggrave. Des détails insignifiants le mettent hors de lui: un repas qu’il n’aime pas, un rendez-vous avec des collègues, un refus d’avoir un rapport sexuel. Ina énumère:

«Il avait deux tactiques pour obtenir ce qu’il voulait: la culpabilisation ou la violence»

Soit il la harcèle jusqu’à ce qu’elle cède, parce que c’est plus simple que de lutter contre les accusations. Soit il fait exploser sa colère: cris, objets brisés, repas jetés à la poubelle.

Prise au piège

Après des mois de terreur, Ina se sent comme engourdie. Alors Ramesh devient encore plus violent. Coups, gifles, bousculades, étranglements. Un an après leur arrivée en Allemagne, Ina a pour la première fois peur de mourir.

Il l’accuse de le tromper. Elle lui rappelle qu'ils ont rompu. Il réplique avec ses poings. Elle tente de se défendre. Il la saisit au cou, lui cogne la tête contre le mur.

Ina s’effondre. Ramesh la maintient au sol d'un genou sur le thorax. Il lui dit:

«Je pourrais te tuer maintenant, et personne ne le remarquerait»

Ina suffoque. Elle ne peut pas se défendre. Elle hurle intérieurement, tout son corps lui fait mal. Quand il se retire, elle tente d'appeler la police. Il lui confisque son téléphone. «J’ai besoin d’aller à l’hôpital», supplie-t-elle. Ramesh répond qu’elle exagère:

«Je ne t’ai pas frappée si fort»

Avant d'ajouter qu'elle l’a bien mérité, vu qu'elle le trompe.

Ina parvient à prendre la fuite, en pleine nuit. Elle s’effondre en larmes sur un banc public. Puis elle rentre à l’appartement: elle n’a nulle part où aller. Le cœur lourd, elle poursuit son récit:

«Je n’avais ni famille ni véritables amis en Allemagne. Je me sentais piégée»
Parkbank Nacht
Sur un banc, seule la nuit, Ina se sentait plus en sécurité que chez elle.image: Shutterstock

Quand elle revient, Ramesh s’excuse. Il promet que cela n’arrivera plus. C’est faux.

Pourquoi être restée?

C’est la question qu'entendent toutes les victimes. Ina raconte qu’elle voulait fuir, mais ne pouvait pas. Elle avait trop peur. Où aurait-elle été en sécurité? Où trouver la force de s’enfuir?

«Je me sentais comme prise en otage»
Ina

Pour Claudia Wyss, c'est un dilemme souvent peu compris. Partir est difficile pour de nombreuses raisons. Pour les femmes immigrées encore davantage: manque de contacts, barrière de la langue, méconnaissance des possibilités d’aide, dépendance financière.

Même sans ces obstacles, la montagne à gravir pour se séparer peut sembler insurmontable. Claudia Wyss résume:

«Quand chaque jour est une lutte pour survivre, il manque parfois la force pour un simple coup de téléphone.»

Le corps d’Ina, lui aussi, est à bout. Aux coups s’ajoute un manque chronique de sommeil: Ramesh a commencé à l’attaquer la nuit pour obtenir ce qu’il voulait de son corps.

«On dit toujours qu’il faut mettre des limites, dire non. Mais que faire quand ces limites ne sont jamais respectées?»
Ina

Alors, Ina minimise les violences. Se plonge dans le travail et les études. Cache ses blessures sous des vêtements épais. Refoule. Accepte les excuses de Ramesh.

Où trouver de l'aide?
La violence domestique inclut la violence physique, psychique, sexuelle ou économique au sein d’une famille ou d’un couple actuel ou passé. Sur le site sans-violence.ch, des informations et conseils sont mis à disposition des personnes concernées. Les services cantonaux d’aide aux victimes offrent des consultations gratuites, anonymes et confidentielles. Les femmes en danger peuvent trouver refuge dans les foyers spécialisés, comme la DAO. Pour les hommes, il existe l'association Pharos à Genève. A l’étranger, les citoyens suisses peuvent appeler la helpline du DFAE: +41 800 24 7 365.

Une lettre à elle-même

Début 2023, la santé et les résultats universitaires d’Ina s’effondrent. Après l’échec d’un examen important, elle commence à faire des cauchemars et des crises de panique. Elle consulte un psychologue. Elle ne lui raconte pas que chaque jour est une lutte pour survivre. «Mais il a quand même compris que je n’étais pas en sécurité chez moi», se souvient Ina.

Il lui donne les contacts de foyers pour femmes. Ina ne s'y rend pas. Elle craint qu’en tant qu’étrangère, on ne la croie pas.

En avril 2023, Ina se retrouve de nouveau plaquée au sol, suffocante, le genou de Ramesh sur sa poitrine. A bout de forces, elle lui souffle: «Je t’aime», même si c’est faux, pour survivre.

Et cela fonctionne. Il s'arrête. S’excuse. Lui explique ensuite pourquoi tout est de sa faute à elle.

«Il se croyait toujours en droit de me violenter»
Ina

Cette nuit-là, Ina s'écrit une lettre à elle-même où elle décrit ce qu’elle vient de vivre. Pour ne pas oublier. Pour que Ramesh ne puisse plus lui faire croire que «ce n’était pas si grave».

Dans cette lettre, elle se jure: «cette fois, je ne lui pardonnerai pas». Et elle révèle tout à son psychologue.

Fuite vers la Suisse

Avec lui, Ina établit un plan. Elle postule dans une université suisse pour y rédiger son mémoire de master et cherche un emploi. Ramesh ne doit rien savoir. Il suffit qu'elle tienne jusqu’à la fin des cours, à l’été 2024.

En août 2024, le moment arrive. Ramesh a obtenu un poste dans une autre ville, où il écrira son mémoire. Il pense qu’Ina viendra le rejoindre. «Je l’ai laissé croire que je n’avais rien trouvé. Ça lui plaisait, il se sentait supérieur», raconte-t-elle. Fin août, il quitte l’appartement. Il lui glisse:

«Tu ne peux pas m’échapper. Je te retrouverai»

Et pourtant, Ina lui échappe. Et en octobre 2024, elle commence ses études en Suisse. Enfin libre. Enfin heureuse. Mais cela ne dure pas.

En sécurité, mais au plus bas

Dès qu’elle est hors de danger, les souvenirs de violence resurgissent. Ceux qu’elle a entièrement refoulés.

D’abord les traces physiques: à l’hôpital, Ina apprend la cause de ses fièvres persistantes: l'hépatite B, une infection sexuellement transmissible. Elle pense que Ramesh la lui a transmise.

Puis les séquelles psychologiques: elle est incapable de gérer son quotidien. Elle n’arrive plus à sortir du lit. «J’avais l’impression que mon corps pesait une tonne.» Les flashbacks surgissent. Elle doit affronter la dure vérité:

«Ramesh m’a violée. De nombreuses fois. Avec une brutalité extrême»

A cela s’ajoute ensuite un petit revers professionnel, et Ina tente de mettre fin à ses jours. Heureusement, elle s'en sort et reprend sa psychothérapie.

Vous vous inquiétez pour vous ou l'un de vos proches?

Parlez-en et faites-vous aider 24 heures sur 24, c'est confidentiel et gratuit:
La Main Tendue (adultes, 24/7) au 143
Pro Juventute (jeunes, 24/7) au 147
Urgences médicales au 144
stopsuicide.ch

La force de porter plainte

Un an a passé depuis sa fuite. Aujourd’hui, Ina peut le dire:

«Je vais mieux, mais je ne vais pas bien»

Pour tenir le coup, elle avale antidépresseurs et somnifères. En plus de sa psychologue, elle participe à un groupe d’entraide pour victimes de violence domestique. «Je réalise que je ne suis pas la seule à avoir vécu ça.»

Depuis 2009, la police enregistre séparément les infractions dans le contexte domestique. Leur nombre augmente de façon continue: +6,1% entre 2023 et 2024. Mais, selon Claudia Wyss, difficile de dire s’il s’agit d’une hausse réelle ou d’un meilleur signalement. Selon elle, une grande partie des cas restent tout de même cachés.

Pour celles qui vivent ce qu’elle a vécu, Ina a un message:

«La violence, ce n’est pas de l’amour. Faites-vous aider! Vous méritez le respect et une vie meilleure»

Partir, guérir, c'est difficile. Mais cela en vaut la peine.

La sécurité qu'Ina a trouvée en Suisse lui a donné la force de se défendre. En avril 2025, la jeune femme a déposé plainte contre Ramesh, par un courrier adressé à la police de la ville où il l’a martyrisée. Elle doit désormais attendre.

Un temps qui lui semble insupportable.

«J’ai besoin de savoir que ce qu’il m’a fait aura des conséquences»
Ina

Cela dépendra de la capacité des autorités à considérer ses preuves comme suffisantes. Un obstacle fréquent pour les victimes. A watson, Ina montre des certificats médicaux et des échanges de messages attestant des violences. Elle espère que ces pièces convaincront la justice.

*Prénoms d'emprunt

Avez-vous été victime de violence domestique?
Souhaitez-vous raconter votre histoire? Ecrivez-nous: aylin.erol@watson.ch

Adapté de l'allemand par Tanja Maeder

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