Ce sont des reproches surprenants à l'adresse de la plus prestigieuse des hautes écoles de Suisse. Selon plusieurs sources de l'Administration fédérale, les réserves financières de l'EPFZ sont bien meilleures qu'elle ne le dit elle-même. Concrètement, il s'agit des réserves accumulées par les EPF – c'est-à-dire Zurich, Lausanne et quatre instituts de recherche, l'Empa, l'Eawag, le PSI et le WSL.
Pendant longtemps, ces réserves n'ont pas suscité l'intérêt du public. La situation financière de la Confédération était brillante et les institutions des EPF ont ainsi accumulé un épais coussin au fil des ans. Mais le vent a tourné. La Confédération examine depuis le début de l'année les secteur dans lesquels elle entend faire des économies.
Le secteur des EPF est concerné. L'administration est convaincue que des mesures d'économie temporaires sont supportables et possibles sans diminution des prestations. Le Conseil fédéral partage ce point de vue. Afin d'équilibrer le budget 2025, il a réduit de 100 millions de francs la contribution aux EPF.
Les EPF disposeront donc de moins d'argent au cours des trois prochaines années. Dans son message pour la promotion de la formation, de la recherche et de l'innovation (FRI), le Conseil fédéral a laissé entrevoir aux hautes écoles moins de moyens qu'espérés.
Les plans d'économie ont été mal accueillis par les hautes écoles. «Nous sommes déjà en difficultés», a déploré le président du Conseil des EPF à la mi-février dans une interview à la NZZ. Michael Hengartner n'a certes pas nié que les réserves s'élevaient à plus de 1,4 milliard fin 2019. Depuis, l'EPFZ les aurait réduites de moitié – de plus de 180 millions de francs rien qu'en 2023, «comme le Conseil fédéral nous l'avait demandé».
Depuis des années, ces réserves élevées sont une épine dans le pied de la Confédération. Dans ses objectifs stratégiques, le Conseil fédéral, en tant que propriétaire, a fixé que le secteur des EPF devait réduire ses réserves de 10% d'ici à 2024. Malgré cela, selon le rapport de gestion, celles-ci s'élevaient encore à la fin de l'année 2023 à la somme respectable de 1,121 milliard de francs.
Le terme de réserves est ambigu, car il suggère que «l'argent se trouve simplement sur un compte en banque», réagit Gian-Andri Casutt, chef de la communication du Conseil des EPF. C'est pourquoi il y a opposition aux plans d'économie. Sur le total des réserves, 56%, soit 622 millions de francs, sont d'ores et déjà affectés à des dépenses planifiées.
Sur les 1,1 milliard, seuls 300 millions de francs seraient effectivement à disposition. Comparé aux dépenses d'environ quatre milliards de francs, cela représente moins de 10%. Même avec des réserves sans affectation de 500 millions de francs, une partie est déjà réservée. L'EPFL rachète ainsi le centre de congrès à l'ancien Credit Suisse. Coût: 146 millions de francs. Un autre montant de 60 millions de francs est prévu pour l'assainissement du système d'eau de refroidissement, car la moule quagga, une espèce invasive, a pénétré dans le bâtiment par les tuyaux.
Manifestement, ce message n'est pas parvenu jusqu'à la Berne fédérale. C'est la seule façon d'expliquer que le ministre de l'Eçducation Guy Parmelin n'ait pas su lui-même de quoi il retournait lors de la présentation du message FRI début mars. Interrogé sur la différence de point de vue concernant le montant des réserves, il a répondu:
Selon le Département de l'économie, de la formation et de la recherche de Parmelin, «la compréhension commune» consiste entre-temps à dire que les réserves doivent continuer à être réduites.
Malgré tout, la colère est palpable au sein de l'administration des finances. En coulisses, on dit que rien ne justifie des réserves de plusieurs milliards. En tant qu'institution publique, les EPF ne risquent pas de subir des pertes importantes ni de se retrouver à court de liquidités. Au contraire, les réserves élevées seraient plutôt le signe que le secteur des EPF a reçu trop de subventions par le passé.
Les personnes impliquées se montrent d'autant plus irritées par la manière agressive qu'a la direction de l'ETH de critiquer publiquement les plans d'économie. «Se plaindre à un niveau très élevé» n'est pas crédible si, dans le même temps, des mesures visant à augmenter les recettes, telles que des taxes d'études plus élevées, sont résolument rejetées. Pourtant, la stratégie de l'EPF pourrait porter ses fruits. La commission consultative du Conseil national souhaite augmenter le plafond de dépenses FRI de 152 millions de francs. Le secteur des EPF en profiterait également.