Les CFF dévoilent leurs résultats
Les CFF ont dégagé un bénéfice de 126 millions de francs au premier semestre, contre 48 millions un an plus tôt. La hausse de la fréquentation, l’immobilier et le redressement du trafic marchandises ont contribué à cette performance qualifiée de réjouissante. Cependant, des investissements massifs restent nécessaires, dans le réseau, les trains et les gares.
La fréquentation sur un an a bondi de 4%, s'est félicité le transporteur mercredi devant les médias à Zurich. En moyenne, 1,45 million de personnes ont voyagé chaque jour dans les trains des CFF. Malgré cet afflux et les nombreux chantiers, 94,1% des trains sont arrivés à l’heure, contre 94,5% un an plus tôt.
L’immobilier a grandement contribué à la performance financière. Le secteur a amélioré son résultat de 29 millions, à 176 millions, notamment grâce à la fréquentation accrue des gares et à la mise en service de nouveaux bâtiments. Le trafic grandes lignes a généré 14 millions, tandis que la perte du trafic régional a été ramenée de 39 à 16 millions.
Mais l'ex-régie fédérale a prévenu qu’il faudra faire mieux ces prochaines années. Il s’agit de renouveler la flotte et de développer l’offre tout en stabilisant un endettement qui atteint quelque 11,5 milliards de francs, selon le directeur financier Franz Steiger.
Pour y parvenir, il faudra dégager à moyen terme un bénéfice annuel d’environ 500 millions. Et davantage encore à plus long terme. «La situation financière reste tendue», a résumé Franz Steiger.
Plusieurs chantiers géants en cours
Dans le même temps, les investissements ne peuvent guère attendre. Le retard pris dans l’entretien du réseau continue de croître. «Il faut un bon entretien, et cela nous préoccupe parce que les coûts augmentent», a relevé le directeur général Vincent Ducrot.
Plusieurs chantiers géants sont en cours ou en développement: à Berne, à Winterthour (ZH), à Genève ou à Lausanne, tandis que les études avancent pour la nouvelle liaison directe Neuchâtel–La Chaux-de-Fonds. «Tous ces projets sont très complexes», a souligné Vincent Ducrot. Ils s’étaleront encore sur plusieurs années.
Face à la hausse attendue de la demande, les CFF ne pourront toutefois pas se contenter de béton. Ils veulent aussi augmenter la capacité du réseau existant grâce notamment à l’automatisation de l’exploitation et aux postes d’aiguillage numériques. Il conviendra d’«encore mieux utiliser le système existant», a déclaré le président du conseil d’administration André Wyss.
Dans le cadre du projet «Transports ’45», le transporteur défend une double approche: rattraper le retard dans l’entretien tout en développant le réseau là où les goulets d’étranglement menacent.
Les voyages internationaux gagnent du terrain
La croissance se retrouve aussi dans les abonnements. Le nombre d’abonnements généraux (AG) a augmenté de 0,1%, à 419’000. Il y avait en outre 3,53 millions de demi-tarifs en circulation à fin juin (+3,2%). Et le demi-tarif PLUS, lancé fin 2023, a franchi la barre des 200 000 utilisateurs: 202 000 abonnements, contre 170 000 un an auparavant (+19%).
Les voyages internationaux ont également gagné du terrain, avec 6,02 millions de passagers au premier semestre (+1,3%), malgré de nombreux travaux, notamment vers l’Italie. Les CFF préparent un appel d’offres pour de nouveaux trains internationaux.
Au-delà des axes existants vers Milan, Paris et Marseille, ils visent à terme de nouvelles liaisons vers Amsterdam, Barcelone, Rome et Londres. «Il faudra un peu de patience», a tempéré Vincent Ducrot, qui considère néanmoins l’international comme un marché de croissance.
La restructuration se poursuit chez CFF Cargo
Autre embellie: après des années de pertes, le trafic marchandises a amélioré son résultat de 49 millions pour dégager un bénéfice de 2 millions. L’équilibre a ainsi été retrouvé pour la première fois depuis de nombreuses années, grâce notamment aux aides fédérales, aux gains de productivité et à des adaptations de prix. Les volumes restent toutefois en recul en Suisse, contrairement à l’international.
La restructuration se poursuit. Le modèle du trafic par wagons complets isolés sera adapté dès la fin de l’année, avec moins de points de desserte mais des fréquences accrues sur ceux qui subsisteront. CFF Cargo sera en outre réintégrée dans la maison mère en 2027, de quoi réduire la complexité.
Dans un communiqué, le syndicat Transfair a plaidé pour que le personnel profite lui aussi des bons résultats, notamment lors des prochaines négociations salariales. Les économies nécessaires à la réduction de la dette ne doivent pas se faire au détriment des employés, demande le syndicat, qui salue par ailleurs la réintégration de CFF Cargo. La mesure permettra notamment à ses collaborateurs d’être soumis à la CCT des CFF. Le Syndicat du personnel des transports (SEV) salue de son côté la réintégration après plus de 25 ans d'autonomie juridique, estimant que «l'expérience avait échoué».
Les bons chiffres du semestre ne sont pas une garantie pour la suite. «La fiabilité ne va pas de soi», a prévenu André Wyss. Les CFF entendent préserver ce qui fonctionne tout en trouvant les milliards nécessaires pour préparer le rail de demain. (jzs/ats)
