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Cette loi sur les crèches suisses impose un choix stratégique

Kinder beim Mittagessen in einer Z
Les crèches en Suisse sont chères, c'est pourquoi la nouvelle loi prévoit des aides financières pour les familles.Image: sda

Cette loi sur les crèches suisses impose un choix stratégique

La loi sur les crèches adoptée par le Parlement fâche le camp bourgeois, mais ne devrait pas faire l'objet d'un référendum.
18.04.2026, 16:0218.04.2026, 16:02

La garde d’enfants hors du cadre familial est un sujet brûlant en Suisse. Actuellement, l’affaire d’un éducateur qui aurait abusé sexuellement d’au moins 15 jeunes enfants dans deux crèches à Winterthour et à Berne fait grand bruit. Le procès de cet éducateur s’ouvrira fin avril. Si le manque de places en crèche est un sujet qui fait débat depuis longtemps, aujourd’hui, ce sont surtout les coûts élevés qui posent problème.

Ils rendent difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale: faute de solutions abordables, ce sont le plus souvent les mères qui réduisent leur taux d’activité, parfois à de très petits temps partiels. Pour y remédier, le PS a déposé, en 2023, son initiative populaire sur les crèches. Celle-ci visait à limiter à 10% la part du revenu que les parents doivent consacrer à la garde de leurs enfants et aurait eu de bonnes chances d’aboutir.

En décembre 2025, après quelques tergiversations, le Parlement a finalement décidé d’adopter une loi sur les crèches sous la forme d'un contre-projet indirect. Cette loi prévoit que les familles reçoivent entre 100 et 500 francs par mois, en fonction du nombre de jours de garde. Cela devrait coûter environ 600 millions de francs par an à la Confédération, financés principalement par des retenues sur salaire.

Die SP Schweiz mit Co-Praesident Cedric Wermuth und Allianzpartner reichen die Kita-Initiative fuer genuegend bezahlbare Kita Plaetze ein, am Mittwoch, 5. Juli 2023, in Bern. Es wurden knapp 105 000 U ...
Cédric Wermuth, coprésident du PS (le pouce en l'air), lors du dépôt de l’initiative sur les crèches en juillet 2023.Image: KEYSTONE

L'initiative retirée sous condition

L'UDC a rejeté le projet à l'unanimité au Parlement et le PLR à la majorité. Les faîtières de l'économie ont également fait part de leur mécontentement. Le délai référendaire court depuis mars, après que le PS, suivant la devise «un tiens vaut mieux que deux tu l'auras», a décidé de retirer son initiative. Mais, en cas de refus, l'initiative sur les crèches sera soumise au vote.

Il est toutefois peu probable que cela se produise, car, comme le rapportait la NZZ mercredi, «rien ne laisse présager un référendum». Malgré leur mécontentement, aucune association économique ni aucun parti n’est pour l’instant prêt à recueillir les 50 000 signatures nécessaires. L’Union patronale suisse compte apparemment se prononcer à ce sujet fin avril, mais il sera probablement trop tard. En effet, les signatures doivent être déposées avant le 2 juillet. La NZZ se montre irritée par cette «expansion des compétences fédérales»:

«Même en ces temps particulièrement difficiles pour l’économie, l’introduction d’une nouvelle prestation sociale se chiffrant en millions et le renchérissement qui en découle sont jugés acceptables»

Le think tank libéral Avenir Suisse avait pourtant tenté d’apporter son soutien en déroulant des argument dans une étude intitulée «Quel cap pour les crèches?». Pour Avenir Suisse, la responsabilité se situe au niveau des cantons et des communes, qui devraient assumer leurs responsabilités. Même l’Union suisse des arts et métiers, pourtant critique, ne souhaite pas lancer de référendum. Elle a déclaré à la NZZ qu’elle considérait la résistance contre la loi sur les crèches comme vouée à l’échec.

Des coûts exorbitants

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), aucun autre pays d’Europe n’a des frais de garde d’enfants aussi élevés qu’en Suisse. En moyenne, les parents doivent y consacrer près de 30% de leurs revenus à l’accueil extrafamilial, qui se fait le plus souvent dans des crèches privées. En Allemagne, en Autriche ou en Suède, ce service est pratiquement gratuit.

Il est vrai que l'on paie moins d'impôts en Suisse, mais cela reste une charge importante pour les familles. L'année dernière, un représentant des Vert'libéraux bernois a déclaré au Tages-Anzeiger que lui et sa femme dépensaient plus de 57 000 francs par an pour que leurs deux garçons puissent fréquenter la crèche quatre jours par semaine. Compte tenu de leurs revenus cumulés, ils ne bénéficient d'aucune subvention.

Les contributions prévues par la loi fédérale sur les crèches ne constituent au mieux qu'une «maigre consolation». Un autre élément n'arrange rien à l'affaire: de nombreux employeurs ont encore des réticences à l'égard des jeunes mères qui souhaitent reprendre le travail après la naissance de leur enfant. La Suisse est encore loin d'être un modèle en matière de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.

Contradictions et crédibilité

Cet argument est, d’ailleurs, central dans la campagne d'opposition à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» de l’UDC, qui sera soumise au vote le 14 juin prochain. L’idée est qu’une participation accrue de la main-d’œuvre nationale permettrait de freiner l’immigration. Compte tenu de l'évolution démographique, cet argument prend de plus en plus de poids. Dans ce contexte, un «non» à la loi sur les crèches apparaît en décalage avec les priorités politiques.

En d’autres termes: les associations économiques mettraient en péril leur crédibilité si, parallèlement à la campagne contre l’initiative de l’UDC, elles récoltaient des signatures contre une loi censée apporter une contribution, même modeste, à la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Cela devrait peser dans la balance lors du référendum.

Etant donné que la priorité est actuellement de combattre l’initiative sur l’immigration qui, selon les derniers sondages, pourrait bien passer, on préfère avaler la pilule de la loi sur les crèches, pourtant vivement critiquée par les milieux économiques lors de la consultation, relève la NZZ. On pourra qualifier cela d’absence de principes – ou de realpolitik.

Prochaine étape: le congé parental

Une alliance de centre-gauche a lancé une collecte de signatures pour l'initiative pour un congé familial. Ce projet vise à instaurer 18 semaines de congé payé pour chaque parent. Aujourd’hui, les mères ont droit à 14 semaines de congé et les pères à 2 semaines seulement.

Là encore, le Parlement s'efforce de mettre en place un congé parental à l'échelle nationale sous la forme d'un contre-projet indirect. «La feuille de route politique vers un nouvel élargissement de l'État social est ainsi tracée. Seules les associations économiques ne se sont pas encore exprimées», déplore la NZZ. (trad. : mrs)

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