La BNS doit-elle s'emparer de Twint? «Ce n'est pas une mauvaise idée»
Twint, l'application de paiement bien connue des Suisses, fait l'unanimité parmi ses utilisateurs. Simple et efficace, elle s'est largement répandue dans la société depuis son lancement en 2015. Cinq millions de Suisses l'utilisent désormais.
Mais, du côté des commerçants, on tire parfois la gueule. Ceux-ci doivent payer des frais pour l'utiliser et considèrent que la généralisation de l'application s'est faite en leur défaveur. Le conseiller aux Etats Carlo Sommaruga a réagi à cette situation, relate la RTS. Le socialiste genevois aimerait nationaliser l'application sous l'égide de la Banque nationale suisse (BNS) pour rendre ce service gratuit, y compris auprès des commerçants.
Faire diminuer les frais
«Ce n'est pas une mauvaise idée», estime Sergio Rossi, professeur en économie à l'Université de Fribourg. «Mais la première chose à faire pour aider les petits commerçants, ce serait surtout de diminuer les commissions imposées par les banques qui gèrent Twint, quitte à leur faire payer davantage d'impôts», estime-t-il. Mais il n'y croit pas trop.
C'est aussi l'avis de Swiss retail, l'association faîtière des petits commerçants à l'origine d'une plainte déposée auprès de la Commission de la concurrence (Comco) en juillet 2025 et pourtant citée Carlo Sommaruga dans le texte de sa motion.
«Twint enfreint le droit suisse de la concurrence, en abusant de sa position dominante et par des accords anticoncurrentiels illicites, de la part des acquéreurs comme les banques propriétaires», précise Swiss retail à watson. Mais elle se dit toutefois opposée à l'idée d'une nationalisation et «rejette fermement cette approche radicale», estimant qu'elle «porterait atteinte à l’ordre économique libéral de la Suisse».
D'autres que l'on aurait cru tout aussi critiques à l'égard de l'idée du politicien socialiste la soutiennent toutefois. «Les frais de Twint sont effectivement très élevés pour de nombreux établissements», nous indique la faîtière de la restauration Gatrosuisse, et de lâcher:
Des frais reportés sur les consommateurs
Car les consommateurs ne se rendent pas toujours compte de l'ampleur des frais totaux à charge pour les commerçants et les restaurateurs, «entre 1,5% et 2,5%», estime Sergio Rossi.
En 2017, une majorité de consommateurs payaient encore en cash, soit près de 72%, selon les analyses de la BNS. En 2024, ils n'étaient plus que 30%, un chiffre stable depuis lors. Au contraire, les applications de paiement sont passées de 4% en 2020 à 17% en 2025.
«Le nombre d'automates en activité est en baisse et les paiements par Twint sont en forte augmentation», analyse Sergio Rossi.
Résultat? «Le patron de pizzeria qui voit que les paiements se font principalement avec Twint va préférer répercuter les frais sur les prix de vente, c'est-à-dire ses pizzas, plutôt que de faire des pertes», illustre Sergio Rossi. Ironiquement, la facilité de paiement qu'apprécient les consommateurs se retourne donc contre leurs porte-monnaie.
Visa et MasterCard: dans la poche des Américains
Si Swiss retail apprécie peu la motion proposée par Carlo Sommaruga, elle reconnaît qu'elle «met en évidence une pression importante» et «qu'il est nécessaire d'agir sur le marché des paiements».
Swiss retail estime ainsi qu'en 2025, les frais engendrés par Twint ont même dépassé ceux des cartes de crédit. Pour Sergio Rossi, un autre problème existe ici aussi: «On paie avec des cartes de débit ou de crédit gérées par des institutions financières américaines, comme Visa ou MasterCard, et les frais d'utilisation tombent dans leur poche.»
Le professeur en économie verrait toutefois cette solution comme une étape intermédiaire vers la création d'un «franc numérique». «D'une certaine manière, l'argent déposé auprès des banques centrales est déjà numérisé», remarque le professeur. «Les réserves, ce sont principalement des suites de chiffres dans des comptes informatisés», indique-t-il.
