Comment Roche vise le top 3 des médicaments amaigrissants malgré Trump
L'industrie pharmaceutique suisse a vécu une année mouvementée. Le président américain Donald Trump a d’abord imposé des droits de douane de 39% à la Confédération, les justifiant notamment par les exportations pharmaceutiques suisses vers les Etats-Unis.
Ensuite, Trump a menacé d’instaurer des droits de douane sur les médicaments pouvant aller jusqu’à 250%. Enfin, il a poussé les principales entreprises pharmaceutiques mondiales à conclure des «accords» prévoyant des baisses de prix, jusqu'à présent minimes.
Des résultats record
Ces attaques de la Maison-Blanche ont eu peu d'impact dans les résultats du géant pharmaceutique Roche jusqu’à présent, comme l'a montré, jeudi, la présentation des résultats annuels. Roche a augmenté son chiffre d'affaires, l'année dernière, à 61,5 milliards de francs, soit une croissance de 7% à taux de change constants.
Thomas Schinecker, directeur général de Roche, a également annoncé un bénéfice considérable de 13,7 milliards de francs. La marge bénéficiaire sur les ventes de médicaments a atteint le chiffre exceptionnel de 49,2%. Schinecker touche quant à lui 10,2 millions pour son travail.
Une incertitude constante
Le marché lucratif américain a sans aucun doute contribué à ces résultats. Mais il ne suffit pas à lui seul à expliquer ces chiffres: c'est l'activité pharmaceutique qui est déterminante. Et Trump, avec ses menaces quotidiennes, l'a reléguée à tort au second plan.
L'activité pharmaceutique consiste à étudier de nouveaux principes actifs afin de développer des médicaments et de les commercialiser. La protection par brevet étant valable 20 ans, il faut renouveler les stocks en permanence pour maintenir le chiffre d'affaires et les bénéfices. La manière dont Roche parvient à surmonter cet obstacle lié aux brevets est donc au moins aussi décisive que les conditions du marché américain.
Dans le contexte des querelles actuelles autour de Trump, le directeur général de Roche et ses 100 000 employés à travers le monde font face à une incertitude constante.
Après des années de recherche et des milliards d'investissements, un médicament qui s'annonçait prometteur peut échouer dans la dernière ligne droite. C'est ce qui s'est passé en 2022, lorsque Roche a subi un revers avec un médicament potentiellement très efficace contre la maladie d'Alzheimer. Celui-ci n'a pas eu l'effet escompté lors de la dernière étude décisive.
Une recherche constante de nouveautés
Le groupe a réagi en procédant à d'importants achats, notamment dans le domaine des médicaments amaigrissants. Thomas Schinecker a ainsi acquis pour 2,7 milliards de dollars une technologie lui permettant de se lancer dans la course à la prochaine génération d'agonistes du récepteur du GLP-1.
Parallèlement, Roche a encore davantage axé ses recherches sur les molécules les plus prometteuses. Sa filiale américaine Genentech a récemment annoncé de nouveaux succès, notamment avec le médicament contre le cancer du sein Giredestrant. Celui-ci agit contre le cancer du sein à récepteurs d'œstrogènes positifs, qui représente environ 70% de tous les cas de cancer du sein. Ce médicament pourrait être commercialisé en 2027. Dans l'ensemble, Roche estime pouvoir continuer à progresser avec son portfolio actuel jusqu'en 2028.
A plus long terme, la capacité de Roche à remplacer des produits arrivant en fin de brevet dépend largement du succès des essais cliniques en cours. Et si les chances de succès sont bonnes pour certains candidats, d’autres comportent des risques, comme le souligne la banque Vontobel dans une analyse. Roche a donc autant à gagner qu'à perdre.
Cette incertitude par rapport à des concurrents tels que Novartis est également liée au fait que Roche a principalement misé sur des principes actifs qui en sont encore à un stade précoce de développement. Et les chances de succès sont moins faciles à prévoir dans ce domaine. En outre, le groupe se lance dans des domaines thérapeutiques déjà très concurrentiels.
Une entrée sur un marché très en vogue
C'est notamment le cas des injections amaigrissantes: Roche espère rattraper ses concurrents, tels qu'Eli Lilly ou Novo Nordisk. Teresa Graham, directrice pharmaceutique de Roche, a réaffirmé devant les médias l'ambition de l'entreprise de se hisser à la troisième place dans ce domaine. C'est pourquoi la société0 mène des recherches intensives sur différents principes actifs et combinaisons.
Cette semaine encore, le médicament appelé CT-388 a montré une perte de poids de 22,5% sur 48 semaines. Graham pense pouvoir devancer la concurrence, d'autant plus que les patients n'ont pas atteint de «plateau» lors des tests. Cela signifie qu'ils pourraient perdre encore plus de poids grâce à des traitements plus longs.
Reste à savoir si Roche n’arrive pas trop tard. En effet, les produits amaigrissants du groupe ne seront commercialisés qu'à partir de 2028 au plus tôt. Graham y voit encore des opportunités. «Le traitement va se personnaliser fortement dans les années à venir», explique-t-elle. En d'autres termes, un patient aura besoin d'une injection pour perdre 30% de son poids, un autre ne voudra perdre que 10%, un troisième voudra maintenir son poids stable et préférera prendre un comprimé plutôt que de recevoir une injection. C’est sur ce terrain que Roche entend se positionner.
Pour une fois, ces projets pourraient même plaire à Donald Trump, à condition que le prix soit correct. Dans une interview au New York Times, il a déclaré n’avoir jamais utilisé d’injections amaigrissantes. «Mais peut-être que je devrais», a ajouté le président de 79 ans.
Traduit de l'allemand par Anne Castella
