Suisse
Famille

Cette association aide les parents de prématurés en Suisse

Ils ont «comblé une lacune dans la prise en charge» des prématurés en Suisse
Les jumeaux de Dina Hediger sont nés prématurés.Image: montage watson

«J'ai cru qu’ils étaient morts»: elle aide les parents de prématurés

Dina a vécu six semaines dans un état d'alerte permanent lorsque ses jumeaux sont nés beaucoup trop tôt. Grâce à cette expérience, elle apporte aujourd'hui du soutien à d'autres parents qui vivent la même chose.
08.02.2026, 19:0208.02.2026, 19:02
Annika Bangerter / ch media

Lorsque Dina retourne à l’unité de soins intensifs de néonatologie de l’Hôpital pédiatrique de Berne, son cœur se met à battre à toute vitesse. L’odeur, les moniteurs, la lumière: les souvenirs ressurgissent, les émotions aussi. C’est ici que, sept ans plus tôt, elle et son mari avaient craint pour la vie de leurs jumeaux. Pendant des semaines, ils n’ont pas su si leurs enfants survivraient à leur naissance extrêmement prématurée.

Dina se préparait encore à l'idée de bientôt vivre à quatre, que ses fils étaient déjà là. Malgré les tentatives des médecins pour arrêter l’accouchement à la 26ᵉ semaine de grossesse, les enfants ont finalement dû être mis au monde par césarienne d’urgence. Ils pesaient 840 et 870 grammes, ne criaient pas et ne bougeaient pas:

«J'ai cru qu’ils étaient morts»
Dina

Elle est restée figée, sous le choc. Quelques heures plus tard, elle a pu voir ses fils pour la première fois. Ils étaient intubés et allongés dans les cocons chauffants des couveuses. Dina était profondément touchée.

Bébés extrêmement prématurés : l’aide des parents concernés en Suisse
Dina Hediger au service de néonatologie de l'Inselspital de Berne.Alex Spichale

Les jeunes parents ont vécus les six semaines suivantes dans un état d’alerte permanent: des peurs abyssales côtoyaient des moments de soulagement. Dès le deuxième jour, les médecins ont dû réanimer l’un de leurs fils. Elle se souvient:

«Cette heure durant laquelle nous ne savions pas si nous reverrions notre enfant vivant nous a épuisés émotionnellement. Ensuite, nous étions extrêmement reconnaissants, mais aussi complètement vidés».

Dans les semaines qui ont suivi, Dina et son mari ont dû assister à l’effondrement pulmonaire de l’un de leurs fils, voir leurs enfants subir des hémorragies cérébrales et des infections. Ils ont dû supporter des inquiétudes insoutenables.

Offrir du soutien et conseiller les médecins

Aujourd’hui, les jumeaux de Dina ont sept ans, ils grimpent aux arbres, sont en pleine forme. Bien qu’ils aient un développement normal, leur départ dans la vie ne l’a jamais quittée. A l’époque, à l’hôpital, elle aurait voulu pouvoir échanger avec d’autres parents concernés. Elle a cherché sur Internet, sans trouver de point de contact, mais elle en aurait eu besoin:

«J’aurais aimé que quelqu’un me dise: mon enfant qui est né prématurément a eu dix ans, il va à l’école, tout s’est bien passé».

Après la naissance à terme de son troisième enfant, Dina s’est sentie prête à mettre en place, en 2022, le soutien entre pairs qui lui avait tant manqué.

L’organisation à but non lucratif «Frühchen und Neokinder Schweiz» compte aujourd'hui 90 pairs formés, présents dans neuf hôpitaux du Tessin et de Suisse alémanique. Ils visitent les unités de soins intensifs, écoutent les parents, partagent leurs expériences, les encouragent et leur donnent de l'espoir. Cette forme d’entraide est déjà bien établie dans d’autres domaines, notamment les maladies chroniques ou psychiques, le handicap ou les situations de stress professionnel. Le partage d’expériences permet aux personnes concernées de se sentir comprises, soutenues et accompagnées.

«L’organisation a comblé une lacune dans la prise en charge», explique André Kidszun, chef du service de néonatologie à l’Inselspital à Berne. Le personnel médical et soignant en bénéficie également:

«Les pairs soulagent concrètement le personnel dans le travail au quotidien. Ils ouvrent des discussions qui n’auraient peut-être pas lieu autrement, car, en tant que personnes concernées, ils ont un autre accès à certains sujets».
André Kidszun, chef du service de néonatologie à l’Inselspital à Berne

Dina et son équipe forment désormais aussi de futurs soignants sur la thématique des parents en soins intensifs. Ils partagent également leur expérience lors de conférences dans les hôpitaux. André Kidszun souligne:

«Ces interventions ont clairement affiné le regard des professionnels sur ce que vivent réellement les parents de prématurés et de nouveau-nés».

Quand cela ne se termine pas toujours bien

Certaines histoires sont toutefois si lourdes qu’elles restent difficiles à appréhender, même avec la meilleure formation. Comme celle de la jeune maman Manuela. Elle est entrée en contact avec l’association «Frühchen und Neokinder Schweiz» dès la grossesse. Elle aussi attendait des jumeaux. En raison de saignements répétés et de pertes de liquide amniotique, elle a été hospitalisée dès la 18ᵉ semaine de grossesse au service prénatal de l’hôpital cantonal de Lucerne. Une pédiatre l’a informée, elle et son mari, des complications possibles liées à la prématurité. Manuela a également lu tous les témoignages publiés sur le site de l’organisation:

«Si nos enfants atteignaient la 24ᵉ semaine de grossesse, nous savions à peu près à quoi nous attendre, sur le plan médical, mais aussi émotionnel».

Ses filles Selina et Malea sont nées à la 25ᵉ semaine de grossesse, elles pesaient 640 et 710 grammes. Les spécialistes estimaient leurs chances de survie à 40%. «Mais nous avons appris que nos filles évoluaient bien, surtout au vu de leur histoire compliquée avec peu de liquide amniotique», raconte Manuela. Après trois et quatre jours, elles pouvaient déjà respirer seules. Peu après, leur sœur aînée de deux ans et demi a pu leur rendre visite.

Bébés extrêmement prématurés : l’aide des parents concernés en Suisse
Malea était maigre et vulnérable durant ses premiers jours de vie.Manuela Sidler
Bébés extrêmement prématurés : l’aide des parents concernés en Suisse
Sa sœur jumelle, Selina, était dans un état plus grave dès le début.Manuela Sidler

Le personnel de néonatalogie lui a donné des doudous, des pansements et un masque respiratoire. A la maison, elle rejouait avec ses poupées la vie de ses petites sœurs. «Ce sont des anges», nous dit Manuela. Leur implication dans la vie de leurs filles l’émeut encore aujourd’hui. «Ils tenaient un journal avec des photos pour les jumelles et se réjouissaient avec nous de chaque gramme qu'elles prenaient».

Cinq jours après la naissance, Manuela a eu son premier contact avec Dina. Les deux femmes ont échangé régulièrement. L’un des fils de Dina avait subi la même opération que Selina et ça l'a beaucoup aidé:

«Cette compréhension immédiate, mais aussi le partage de l’expérience vécue, m’ont donné de la force. Dina était à nos côtés quand ça n’allait pas et se réjouissait de chaque progrès de nos filles».
Manuela

Ce qui l’a particulièrement aidée, c’était de voir que les fils de Dina allaient bien aujourd’hui. Lorsque Selina a eu besoin d’une forme spécifique d’assistance respiratoire, le «high flow», Dina lui a présenté une mère dont l’enfant avait également bénéficié de ce traitement. De ce second contact est née une amitié.

Bébés extrêmement prématurés : l’aide des parents concernés en Suisse
Les jumelles réunies: Selina et Malea Manuela Sidler

Une surveillance 24 heures sur 24, même à domicile

De nombreuses personnes ont soutenu Manuela et son mari durant la période la plus difficile de leur vie: l’équipe médicale, les pairs, mais aussi la famille et les amis, qui gardaient régulièrement l’aînée, faisaient les courses ou offraient des bons pour des services de livraison de repas. Manuela illustre:

«Sans eux, on n'aurait pas réussi. Par moments, nos trois filles étaient dans des lieux différents. C’était un va-et-vient constant entre tirer le lait, pratiquer la méthode kangourou avec les jumelles, puis les baigner, les changer, leur donner le biberon, tout en s’occupant de l’aînée».

Alors que Malea se développait bien, Selina a dû faire face à de nombreux problèmes. Elle a dû retourner à plusieurs reprises en soins intensifs en raison de difficultés respiratoires, d’infections ou de problèmes cardiaques. Une surveillance permanente était nécessaire, même lorsque sa sœur jumelle a pu rentrer à la maison sans assistance.

Le pire est arrivé début 2025. A l’âge de seize mois, Selina a de nouveau contracté une infection. Sa respiration est devenue si faible qu’elle a dû être intubée et placée dans un coma artificiel. Tout a été mis en place pour la sauver, en vain. Dix-huit mois après sa naissance, elle est décédée sur la poitrine de sa mère. Ses parents l’ont ramenée à la maison et l’y ont veillée.

«Pour la première fois, j'ai eu le sentiment d'être seule responsable d'elle. Cela nous a aidés de pouvoir organiser nous-mêmes les adieux»

Combler le vide par la compassion

Après la mort de leur fille, c'est un immense vide qui s’est installé. Et les mêmes questions qui tournent en boucle: est-ce que tout ça s'est vraiment passé? S'ensuit la colère face à cette mort précoce: pourquoi la naissance a-t-elle eu lieu si tôt? Et pourquoi Selina a-t-elle dû tellement souffrir? Aujourd’hui, les parents nous confient qu'ils arrivent peu à peu à se réorganiser dans leur quotidien. Le contact avec les pairs est resté, et l’infirmière référente de Selina est devenue une amie de Manuela.

Dina explique qu'elle et son équipe ont déjà accompagné plusieurs familles dont l’enfant est décédé par la suite:

«C’est évidemment très éprouvant pour nous aussi. C’est pourquoi il est essentiel, lorsqu’on devient pair, d’avoir travaillé sur sa propre histoire».

Elle est évidemment touchée par chaque enfant prématuré et chaque famille, mais elle a appris à poser des limites saines. Suivant les interventions, elle serre ses enfants un peu plus longtemps dans ses bras en rentrant à la maison. A chaque visite en néonatologie, l’odeur, les moniteurs et la lumière la touchent un peu moins. Aujourd’hui, elle entre dans le service plus forte, avec une immense compassion.

Plus de temps pour les mères de nouveau-nés malades
Lors de la session d'hiver, le Parlement a décidé que le congé de maternité pouvait être reporté aussi longtemps que nécessaire pour le nouveau-né à l'hôpital. Auparavant, le congé de maternité débutait au plus tard 56 jours après la naissance.
Cette mesure offre davantage de temps aux parents d'enfants hospitalisés plus longtemps. Ces bébés nécessitent généralement des soins et un soutien plus intensifs, même après leur sortie de l'hôpital.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

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