Salaire minimum: Fribourg a tranché
Les Fribourgeois se sont prononcés dimanche sur l’initiative cantonale «Pour un salaire minimum», qui proposait d’introduire un salaire horaire obligatoire de 23 francs dans la loi sur l’emploi et le marché du travail (LEMT). Le texte, soumis sans contre-projet après son rejet par le Grand Conseil, a été rejeté par les votants.
Voici qui a voté quoi 👇
Quel était l'objectif?
L’initiative émanait d’une coalition réunissant syndicats et partis de gauche. Elle visait à garantir que tous les salariés de plus de 18 ans ne suivant pas de formation puissent «vivre dignement de leur travail». Les initiants dénonçaient l’impossibilité, pour une partie des employés, de couvrir leurs dépenses courantes malgré un emploi à plein temps.
Le texte entendait aussi rendre plus attractifs des secteurs marqués par des salaires bas — vente, petite enfance, restauration — en leur offrant de meilleures perspectives.
Les partisans de l’initiative citaient les expériences genevoise et neuchâteloise pour illustrer les effets positifs d’un salaire minimum. A Genève, une étude de la Haute école de gestion n’a pas constaté de hausse du chômage après son introduction, et les femmes auraient même retrouvé plus facilement un emploi. A Neuchâtel, le taux d’aide sociale est passé de 7,4% à 5,9% depuis l’entrée en vigueur du dispositif.
Pour les initiants, Fribourg devait suivre la voie tracée par Neuchâtel, Jura, Genève, Tessin et Bâle-Ville.
Le canton ne rejoindra pas ce club select.
Pourquoi le gouvernement n'en voulait pas?
Durant la campagne, le Conseil d’État avait recommandé clairement le rejet du texte, le jugeant « extrême » et potentiellement perturbateur pour le marché du travail. Selon le gouvernement, un salaire minimum légal risquait de freiner l’insertion des personnes peu qualifiées ou sans formation achevée, en particulier les jeunes sans expérience professionnelle.
Autre inquiétude : l’effet sur les programmes d’insertion pour les personnes issues de l’asile, de l’aide sociale ou du chômage. Le Conseil d’État estimait que l’initiative ne tenait pas compte du fonctionnement de ces dispositifs et pourrait fragiliser l’accompagnement destiné aux plus vulnérables.
L’exécutif dénonçait aussi un mécanisme d’adaptation du salaire minimum jugé trop rigide : en période d’inflation, le montant aurait dû être relevé automatiquement, même en cas de crise économique ou de hausse du chômage. Selon lui, certaines entreprises auraient été contraintes d’augmenter leurs prix pour absorber la hausse des coûts salariaux.
Le gouvernement rappelait enfin sa préférence pour les conventions collectives de travail (CCT), considérées comme l’instrument le plus efficace pour maintenir un haut niveau d’emploi et un marché du travail compétitif.
Combat au niveau fédéral
A noter pour finir que le salaire minimum est combattu au niveau fédéral. Le camp bourgeois ne veut pas en entendre parler, préconisant la supériorité des conventions collectives de travail.
Dans ce contexte, les gouvernements des cantons l'ayant adopté, à l'image de Neuchâtel, critiquent un accroc au fédéralisme qui pourrait obliger certains travailleurs neuchâtelois à recourir à l'aide sociale, si le Conseil des Etats va dans le même sens que le National qui veut faire primer ledites conventions sur le droit cantonal. (jah/ avec ats)
