Suisse
Homosexualité

Homophobie en Suisse: voici ce que disent les chiffres

Ici, des homosexuels s'enlacent lors d'une manifestation pour les droits des gays et lesbiennes à Zurich.
Ici, des homosexuels s'enlacent lors d'une manifestation pour les droits des gays et lesbiennes à Zurich.Image: Keystone

Gays en Suisse, ils évoquent un «retour de bâton»

Les sondages parlent d’acceptation, mais les expériences vécues montrent que s’afficher reste délicat pour beaucoup de personnes LGBT en Suisse.
02.01.2026, 11:5902.01.2026, 11:59
Sabine Kuster / ch media

Bruno Bötschi a dû attendre ses 58 ans pour que cela lui arrive: un senior l'a traité de «pédé» dans son dos. «C'était en mai, à Berlin», raconte Bruno Bötschi, journaliste pour Bluenews de Bluewin. Il résume:

«Ça fait mal et j'ai aussi eu peur»

Bruno Bötschi commente: «Je ne sais pas, c'était peut-être un incident isolé». La pire expérience homophobe qu'il ait vécue en Suisse, c'était alors qu'il était déguisé, en quittant un bar et que quelqu'un lui a lancé: «Il y en a d'autres comme vous?»

Deux maquilleurs Beni Durrer et René Durrer-Lehmann ont vécu une scène similaire dans la capitale allemande et en avaient témoigné dans la presse alémanique récemment. Le couple a choisi de rentrer en Suisse, confronté au manque d’opportunités professionnelles et à des agressions de plus en plus fréquentes liées à son homosexualité.

Une homophobie persistante

Il n'est pourtant pas du genre à embrasser son partenaire en public, et ne lui tient même pas la main dans les rues de Zurich, ni dans son quartier. «Pas par peur, mais parce que ce n'est tout simplement pas mon style», explique Bruno Bötschi.

Le conseiller national lucernois Michael Töngi (Les Verts) partage cet avis:

«Les homosexuels sont largement acceptés, malgré la persistance d'un sentiment homophobe»

Et, selon lui, les homophobes ne portent pas des noms étrangers, mais bien suisses. Il estime que l'acceptation des homosexuels s'est améliorée au cours des 20 dernières années.

Pas d'augmentation des discours haineux

La ligne d'assistance nationale LGBTIQ a enregistré un nombre stable de cas de discours haineux signalés ces dernières années. Le directeur de Pink Cross, Daniel Furter n'observe pas de hausse notable de la part de personnes originaires de pays arabes. Il estime:

«Ces discours visent souvent à monter les minorités les unes contre les autres pour des raisons politiques. Le moyen le plus simple de gagner des voix est d'attaquer les minorités.»

Alors, dans quelle mesure les Suisses sont-ils réellement ouverts sur la question? Une enquête de l'institut GFS pour le compte de diverses organisations de défense des droits humains révélait en 2024 que 70% de la population considère que vivre son orientation sexuelle est un droit, que 22% était au moins partiellement d'accord, tandis que seulement 6% s'opposait à cette affirmation.

Mais, dans le détail, les sondés s'étaient montrés plus critiques: certes, seuls 1 à 2% avouaient une attitude négative envers les personnes gays ou lesbiennes. A l'inverse, seuls 40% de la population ont déclaré avoir une attitude positive et soutenaient l'égalité juridique. (Pour les personnes trans ou non binaires, ce chiffre n’était que de 15%.)

22% jugeaient mal venu d'afficher son orientation sexuelle en public. Ils étaient encore 5% à avoir du mal à accepter une soignante lesbienne, tandis que 29% trouvaient désagréable de voir deux hommes s'embrasser dans la rue. Si l'on ajoute la réponse «partiellement désagréable», ce chiffre atteignait même 49% en 2024.

Un changement de climat palpable

Voilà où nous en sommes. Bien que ni Töngi ni Bötsch ni Furter ne remarquent de signes d'une hostilité accrue, tous trois ont spontanément évoqué un «retour de bâton». «Cela s'est corsé», déclare Bruno Bötschi avant d'ajouter:

«Chez Bluenews, nous constatons en tout cas davantage de commentaires haineux sur ces thèmes.»

Et pour Michael Töngi:

«On sent un climat plus conservateur. Aujourd'hui, on entre plus rapidement qu'auparavant dans des discussions désagréables»

Daniel Furter de Pink Cross évoque des réalités différentes entre le peuple et la politique. Il renvoie au dernier sondage GFS réalisé au printemps 2025 pour le compte de son organisation: 69% des participants s'y disent préoccupés par la recrudescence des discriminations envers les personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres. 83% estiment que les membres de la communauté LGBT devraient bénéficier de l'égalité dans tous les domaines de la vie et être protégés contre la discrimination.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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