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Immobilier: la Suisse a un dilemme avec la pénurie de logements

Immobilier- pénurie de logements en Suisse
La Suisse vit une situation compliquée avec l'immobillier et les habitants rejettent les soltions. Image: montage watson

Pourquoi les Suisses ne veulent pas «lutter contre la pénurie de logements»

En campagne ou dans les villes, le manque de logements est criant. Et si des solutions existent, les plus simples ou évidentes ne séduisent pas les Suisses.
27.01.2026, 00:3027.01.2026, 07:13

En Suisse, l'immobilier est en crise. La pénurie de logements est largement ressentie en Suisse. Mais lorsqu’il s’agit d’y remédier concrètement, le consensus s’effondre. C’est le paradoxe que met en lumière une enquête représentative de Comparis: la majorité de la population estime manquer de logements dans sa région, tout en rejetant massivement les mesures structurelles nécessaires pour en créer davantage.

Selon cette enquête menée en novembre 2025 auprès de 1039 adultes, 59% des Suissesses et des Suisses perçoivent une pénurie de logements là où ils vivent. En ville, ce sentiment est encore plus marqué: 66% des habitants des centres urbains estiment que l’offre est insuffisante.

Malgré ce constat largement partagé, les solutions concrètes passent mal. Pour Harry Büsser, expert immobilier chez Comparis, c'est un «dilemme collectif». Il explique:

«Nous réclamons davantage d'espace de vie, mais nous bloquons précisément les mesures qui permettraient de le créer»

Ainsi, une personne sur deux rejette la construction d’immeubles plus hauts, soit de plus de six étages, dans sa commune. Seuls 45% des sondés y sont favorables. Le rejet est encore plus net lorsqu’il s’agit de densifier: 68% s’opposent à une construction plus dense, avec moins d’espaces verts et des distances réduites entre bâtiments. Et 66% refusent la création de nouvelles zones à bâtir, si cela se fait au détriment des surfaces agricoles ou vertes.

«Nous voulons plus de logements, mais sans construire plus haut ni plus dense, sans toucher aux espaces verts ni limiter les oppositions», résume Harry Büsser. Avant d’ajouter:

«Nous ne pouvons pas exiger plus de logements tout en empêchant tout changement structurel. C’est comme vouloir monter confortablement au sommet d’un gratte-ciel, mais refuser de construire un ascenseur.»

Les jeunes sont pragmatiques face au logement

Face à ce blocage, certaines catégories se montrent toutefois plus ouvertes. Les jeunes adultes de 18 à 35 ans et les citadins sont à la fois les plus touchés par la pénurie (65% et 66%) et les plus favorables aux solutions structurelles. 52% des jeunes et 54% des habitants des villes accepteraient la construction d’immeubles plus élevés

Pour Harry Büsser, une piste politique est claire: «Des maisons plus hautes dans les zones urbaines pourraient être une voie pour augmenter le nombre de logements». Mais cette acceptation s’arrête aux villes: dans les agglomérations, seuls 39% des sondés soutiennent cette option.

Un clivage hommes / femmes

L’enquête révèle aussi un clivage de genre. Hommes et femmes perçoivent la pénurie de logements de manière presque identique (59% contre 58%), mais leurs réponses face aux solutions divergent fortement. 54% des hommes se disent favorables à des bâtiments plus hauts, contre 36% des femmes. Même écart pour la densification et les nouvelles zones à bâtir.

Selon l’expert de Comparis, cette différence s’explique notamment par le vécu quotidien:

«Les femmes portent souvent la charge principale de la famille et du voisinage. Les changements dans l’environnement de vie sont donc probablement davantage perçus comme une perte de qualité de vie.

Les hommes semblent penser de manière plus pragmatique et sont plus enclins à faire des compromis. Il se peut qu’ils aient encore tendance à assumer davantage la charge financière des loyers.»

La Suisse se retrouve donc face à une équation insoluble: une forte demande de logements, une activité de construction trop faible et des obstacles politiques majeurs. Si une légère amélioration de l’opinion est observée sur les nouvelles zones à bâtir (30% favorables contre 25% en 2025), les solutions restent globalement aussi impopulaires qu’auparavant. Pour Harry Büsser, «nous devons maintenant nous décider», sans construire plus haut et sans accélérer les procédures d’autorisation, prévient-il, la pénurie ne fera que s’aggraver. Il conclut:

«Voulons-nous lutter sérieusement contre la pénurie de logements ou simplement en parler?»

(hun)

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