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Faut-il accueillir des réfugiés d'Afghanistan? Ada Marra et Jean-Luc Addor débattent.

Duel

La Suisse doit-elle accueillir des réfugiés afghans?

Face au chaos qui ronge l'Afghanistan, certains souhaitent que la Suisse ouvre ses portes aux réfugiés fuyant les talibans. Alors que d'autres craignent une «vague» migratoire. Ada Marra (PS) et Jean-Luc Addor (UDC) croisent le fer.



La terreur des talibans, les attaques meurtrières de l'Etat Islamique, le «contre-la-montre» des évacuations. La situation en Afghanistan suscite l'émotion dans le monde entier.

La Suisse n'a, pour l'heure, pas prévu d'accueillir un nombre conséquent d'Afghans, outre les collaborateurs de Berne et leurs proches familles. Certains demandent pourtant à ce que notre pays devienne un refuge pour des milliers de personnes menacées. Ce mercredi, le Canton de Genève appelait le Conseil fédéral à agir alors qu'une pétition signée par 23'000 personnes vient d'être déposée à Berne.

Du côté de nos politiques, les avis sont très tranchés. En témoignent les positions franches de deux élus de bords différents. La première, Ada Marra (PS), est partisane d'une Suisse très ouverte à l'immigration. Le second, Jean-Luc Addor (UDC), chérit une Suisse aux frontières étanches. Duel.

1. Faut-il que la Suisse accueille des réfugiés d’Afghanistan?

Ada Marra: Très clairement oui. Le Parti socialiste l’a exprimé par un appel signé par 41 000 personnes. Nous y demandons l’accueil de 10 000 personnes. Cela ne mettrait ni la sécurité, ni la politique d’asile de notre pays, en difficulté. En 2020, il y a eu 11 000 demandes d’asile pour la Suisse, soit le chiffre le plus bas depuis 2007. Cela veut dire qu’il y a de la place pour des réfugiés. 10 000 personnes, c'est raisonnable et possible; notre demande n’est pas extravagante. Plusieurs villes se sont déjà déclarées prêtes à accueillir des réfugiés, bien avant la crise de l’Afghanistan. La Confédération doit collaborer avec elles.

Jean-Luc Addor: Je soutiens la politique du Conseil fédéral consistant à n’accueillir que le personnel local et du bureau de coopération de Kaboul et leurs familles. Pour le surplus, avec l’UDC, je suis hostile à l’accueil de contingents, avec le risque (déjà avéré en France) de l’infiltration d’éléments islamistes. Il y a aussi le danger de n’accueillir, comme trop souvent, que des hommes jeunes qui sont extrêmement difficiles à intégrer et à l’origine de trop d’incidents (particulièrement contre des femmes). Pour éviter un afflux de musulmans déracinés, la Suisse a intérêt à s’en tenir aux principes de notre droit d’asile, fondé sur l’examen individuel des demandes. J’ajoute que nous Suisses n’avons pas à nous sentir responsables d’un désastre humanitaire dont la responsabilité exclusive incombe à la guerre coloniale que les USA ont menée.

2. En Afghanistan, la situation est chaotique. Faut-il attendre qu’elle se décante avant de prendre une décision?

Ada Marra: Il est déjà presque trop tard pour cette décision. Dans ce genre de situations d’urgence, la fenêtre d’opportunité pour les évacuations se compte en jours voire en semaines. En Afghanistan, elle est déjà en train de se refermer. Les décisions du Conseil fédéral ont un côté arbitraire. Il a décidé de faire venir les collaborateurs afghans qui travaillent avec la Confédération, mais il n’a pas pensé aux locaux qui oeuvrent sur place pour des organisations internationales basées à Genève. Il faudrait continuer les efforts pour eux et trouver des solutions pour ceux qui vont fuir par d’autres voies (le Pakistan par exemple). Ce qu’on a fait pour les Syriens, on peut le refaire.

Jean-Luc Addor: Le Conseil fédéral l’a bien vu: aucune évacuation d’envergure d’Afghans vers des pays d’accueil n’est simplement possible en l’état. Il a raison d’éviter de se laisser aller, comme certains Etats européens, à des effets d’annonce qui ne sont pas crédibles.

3. La Suisse devrait-elle aider les Afghans sur place plutôt que de les faire venir?

Ada Marra: Il faut surtout augmenter l’aide financière aux pays voisins qui vont accueillir le plus grand nombre de réfugiés.

Jean-Luc Addor: Absolument. Il est en effet irresponsable et contraire à l’intérêt de ces personnes très difficiles à intégrer dans nos pays (il risque d’y en avoir des millions) de leur laisser miroiter le déracinement comme seul destin. Dans la mesure de ses moyens, la Suisse a sans doute un rôle à jouer dans le domaine de l’aide humanitaire sur place. Sans oublier que les Etats-Unis pourraient bien consacrer quelques milliards supplémentaires à l’aide sur place des populations afghanes qui font les frais de cette guerre.

4. Entre un «oui» et un «non» à l’accueil d’Afghans, quelle solution médiane pourrait trouver une majorité politique?

Ada Marra: Aujourd’hui en Suisse, 11 500 réfugiés afghans sont détenteurs d’un permis F (donc provisoire) et 900 demandes d’asile sont en cours de traitement. Nous devrions donner le permis B à toutes ces personnes, et donc le statut de réfugiés «reconnus». Si la droite ne souhaite pas accueillir d’Afghans, il faut au moins améliorer la situation de ceux qui sont dans notre pays et leur garantir une stabilité.

Jean-Luc Addor: Je doute que les Suisses soient disposés à prendre le risque d’un afflux massif de réfugiés musulmans difficiles à intégrer et à en assumer les coûts. Je ne vois donc pas d’autre solution jouable que de s’en tenir à un examen individuel des demandes d’asile et à placer pour le surplus les Etats-Unis face à leurs immenses responsabilités dans ce désastre humanitaire.

Et vous, pensez-vous que la Suisse devrait accueillir des réfugiés afghans?

En images, la prise de contrôle des talibans à Kaboul

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Les talibans ont pris le contrôle de Kaboul, Afghanistan
source: sda / khwaja tawfiq sediqi
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