Un village suisse qui n’existe pas s'est imposé dans les élections danoises
Les élections législative se tiennent ce mardi au Danemark. Et à peine la campagne électorale lancée, le ministre danois des affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, avait une jolie histoire à raconter pour faire pencher les électeurs de son côté.
Dans un très joli village alpin suisse, affirmait-il, de nombreux riches Norvégiens s'étaient installés, après avoir fui l’impôt sur la fortune dans leur pays. Dans un restaurant local, cité dans le guide Michelin, le menu y serait même rédigée en norvégien, tant ce village est devenu une destination prisées des Scandinaves avides de meilleures conditions fiscales.
La Suisse s'est ainsi retrouvée au cœur de la campagne électorale danoise. Le fameux village alpin n’existe certes pas, comme l’ont découvert des journalistes, et Lars Lokke Rasmussen a dû reconnaître avoir quelque peu exagéré son histoire.
Mais cette anecdote a malgré tout fait mouche et illustre à quel point, au Danemark, le débat à propos d’un nouvel impôt sur la fortune est vif et devrait s'inviter dans le scrutin de ce mardi.
Durant la campagne électorale, il a également été question de politique migratoire, de coût de la vie ou encore d’école. Mais dans le fond, c’est un choix d’orientation qui se joue pour la cheffe du gouvernement social-démocrate, Mette Frederiksen. Selon les sondages, son parti devrait certes subir des pertes, mais la dirigeante de 48 ans pourrait néanmoins décrocher un troisième mandat. Reste à savoir avec qui.
De grandes entreprises menacent de partir
On s'attend à un résultat serré. Soit Mette Frederiksen pourra continuer à gouverner comme elle l'a fait jusqu’ici, avec une large coalition incluant des partis conservateurs, soit elle formera une nouvelle majorité de gauche.
Mais pour cela, cette responsable issue de l’aile droite de son parti et remarquée à l’étranger pour sa politique stricte en matière d’immigration et d’asile, doit reconquérir des électeurs de la gauche. Notamment par des promesses sociales et par la lutte contre les inégalités croissantes, à travers un impôt sur la fortune.
A l’avenir, selon la volonté des sociaux-démocrates, les patrimoines supérieurs à l’équivalent de trois millions de francs devraient être imposés à hauteur de 0,5%. Environ 20 000 personnes seraient concernées. Mette Frederiksen explique:
La première ministre entend utiliser ces recettes fiscales supplémentaires pour renforcer les écoles.
La droite et les milieux économiques, dont le président du conseil d’administration du groupe maritime Mærsk ou le patron de Lego, s’opposent vivement au projet. Des capitaux pourraient fuir, les investissements se tarir et les entreprises s’affaiblir, avancent-ils.
Henrik Andersen, le directeur général de Vestas et à la tête de l’un des plus grands groupes mondiaux de l’énergie éolienne, a déjà menacé de quitter le pays. Troels Lund Poulsen, président des libéraux et chef de file du bloc bourgeois, met en garde en déclarant: «La politique de Mette Frederiksen rendra le Danemark plus pauvre.»
Un oeil sur la Norvège - et la Suisse
Comme le ministre des affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen, un membre du parti centriste Moderaterne, les opposants brandissent régulièrement la Norvège comme un épouvantail, et avec elle la Suisse. Le pays voisin a relevé son impôt sur la fortune en 2022, poussant plusieurs centaines de contribuables aisés à s’expatrier, dont des dizaines vers la Suisse.
Les données montrent toutefois que les recettes issues de l’impôt sur la fortune en Norvège ont augmenté malgré ces départs, et des experts soulignent que le modèle danois serait plus modéré et toucherait moins de personnes.
Economiste danois enseignant à l’université américaine de Princeton, Henrik Kleven explique que des études montrent que l’exil fiscal lié à l’impôt sur la fortune reste souvent limité. En revanche, des effets à plus long terme apparaissent, les contribuables aisés recourant à d’autres moyens pour optimiser leur charge fiscale. Dès lors, les recettes devraient être nettement inférieures à celles calculées par les sociaux-démocrates. (trad. joe)
