Voici ce que risque Tariq Ramadan
Une peine de 18 ans de réclusion criminelle a été requise mardi au procès pour viols de suisse Tariq Ramadan. L'islamologue genevois est jugé par défaut et à huis clos par la cour criminelle départementale de Paris pour des viols sur trois femmes.
L'avocat général a aussi demandé un mandat d'arrêt à l'encontre de l'accusé qui ne s'est pas présenté à la justice française depuis l'ouverture de son procès, ainsi qu'une interdiction définitive du territoire français une fois sa peine purgée, a indiqué une source judiciaire. Le verdict sera rendu mercredi.
«L'accusation au début du procès avait insulté Tariq Ramadan de lâche», a réagi auprès de l'AFP un de ses avocats, Ouadie Elhamamouchi. «Alors que ce dernier sollicitait un report de quelques semaines car hospitalisé et qu'il vient tout juste d'être à nouveau hospitalisé, voilà que des réquisitions iniques et totalement déconnectées, encouragées certainement par l'absence de défense de Tariq Ramadan, viennent d'être prononcées», a-t-il ajouté, y voyant un «acharnement» sur son client.
Pour David-Olivier Kaminski, avocat d'une des parties civiles, l'avocat général a au contraire «durant plus de trois heure établi, démontré l'immense culpabilité de Tariq Ramadan».
Une «poussée» de sclérose en plaques
L'islamologue, déjà condamné à Genève, est jugé à Paris depuis le 2 mars pour des viols qui auraient été commis sur trois femmes entre 2009 et 2016, ce qu'il conteste: un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur «Christelle» (prénom d'emprunt) à Lyon en octobre 2009 ; un viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l'affaire en portant plainte en octobre 2017, et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.
Mais il ne s'est pas présenté à l'audience à l'ouverture du procès. Ses avocats avaient alors expliqué qu'il avait été hospitalisé deux jours auparavant à Genève, en raison selon eux d'une «poussée» de sclérose en plaques.
La présidente de la cour criminelle, Corinne Goetzmann, avait dès lors ordonné une expertise médicale sur pièces à deux neurologues désignés pour évaluer son état de santé, afin de décider d'un renvoi ou non du procès à une date ultérieure.
Dans ce rapport, lu à l'audience le 6 mars, les experts ont conclu à la «stabilité de la sclérose en plaques» dont souffre l'islamologue depuis plusieurs années, «sans signe de poussée récente». Ils ont estimé qu'il pouvait donc comparaître devant la cour criminelle.
Un mandat d'arrêt délivré
La présidente a alors rejeté la demande de renvoi du procès et décidé que l'accusé de 63 ans serait jugé par défaut, et à huis clos comme le demandait une partie civile. Elle a par ailleurs indiqué qu'un mandat d'arrêt, «à exécution et diffusion immédiate», était délivré à son encontre. Ses quatre avocats ont quitté la salle d'audience, estimant qu'ils ne pouvaient défendre leur client dans cette «parodie de justice».
En Suisse, après avoir été acquitté en première instance, il a été condamné en appel à Genève en septembre 2024 à trois ans de prison dont un an ferme pour le viol d'une femme dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel de la ville. Il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l'homme et a déposé une demande en révision du procès, en cours de traitement selon la justice du bout du lac. (jzs/ats)
