CNews prend les Suisses pour des débiles
Il y a les faits. A condition, bien sûr, de savoir un tout petit peu lire. Et puis il y a ce que certains médias biberonnés à la débilité, au sensationnalisme et à la «vérité alternative» décident d’en faire.
L’histoire était déjà suffisamment improbable, on aurait pu se passer d’en rajouter une couche. Pour rappel, le 8 mars dernier, une garagiste de Prilly (VD) s’est retrouvée élue sur une liste PLR sans vraiment l’avoir anticipé.
Après une cacophonie médiatique et quelques épisodes certes un brin lunaires, tout est (plus ou moins) rentré dans l'ordre. La principale intéressée, élue au Conseil communal, a expliqué avoir signé un document sans mesurer qu’il s’agissait d’une candidature officielle. Mais la nouvelle élue n'est pas pour autant syndique, ou «maire» comme on ne dit pas dans le canton de Vaud. Conseillère communale.
Côté CNews, en revanche, on a décidé d’ajouter un peu de piment. Beaucoup de piment. Car quand la chaîne française d'«information» en continu passe quelque part, c’est rarement pour laisser les choses en l’état. Trop simple, trop factuel, trop chiant sans doute. Le média titre ainsi sans vergogne:
Pardon...?
Alors, reprenons calmement (je sais, ça se voit pas du tout, mais je suis CALME).
- Il n’est question de «maire» nulle part dans les articles suisses.
- La fonction en question est celle de conseillère communale, ce qui n’a strictement rien à voir.
- Même dans l'article de CNews, ce «détail» n’apparaît pas après le titre.
- C’est vraiment juste du clickbait, nul, moche et minable.
Autrement dit, le titre racoleur et mensonger raconte une histoire que même le contenu de l’article ne confirme pas. Une fiction, posée là, comme ça, pour le plaisir de faire croire à nos amis français que les Suisses sont des débiles.
On pourrait presque admirer la performance. Transformer une info déjà un poil absurde en une fable politique digne d’un épisode de télé-réalité, en une seule phrase. Sans vérification. Sans gêne non plus, visiblement. Parce que transformer une élue locale en «maire par erreur», ce n’est pas ce qu'on appelle «arrondir les angles» ou «prendre quelques libertés éditoriales»; c’est changer la nature même de l’information.
Alors évidemment, on pourrait se dire que ce n’est «qu’un titre». Que personne ne lit vraiment les titres. Et le problème, ce n’est pas tant «l’erreur» en elle-même. C’est la mécanique de CNews, qui consiste à prendre une info étrangère, vaguement insolite, et à la bidouiller jusqu’à la rendre méconnaissable. Avec, au passage, ce petit parfum de «regardez comme ces Suisses sont cons», toujours plus vendeur.
Alors oui, l’histoire de Prilly est marrante, peut-être même un chouïa consternante. Oui, elle mérite d’être racontée. Mais elle n’avait pas pour autant besoin de devenir une fake news.
Si vous cherchiez une définition concrète des termes «click bait», ou «pute à clics» en français poétique, inutile d’aller bien loin, elle est là, dans ce titre purement et simplement mensonger de CNews. Et si vous vous posiez encore la question, voilà à quoi ça sert d’avoir une presse qui fait son job, qui creuse et qui vérifie (même si elle peut se tromper parfois), et pas des médias qui ne font que du sensationnalisme et de la désinformation. Et s’il vous fallait encore une preuve que CNews est une honte, c’est cadeau.
