DE | FR
Image: KEYSTONE
Interview

«On ne devrait pas bannir un vaccin car il y a un mort sur un million»

Suspendus ou même retirés dans différents pays, les vaccins Astrazeneca et Johnson & Johnson font monter les inquiétudes. A-t-on raison d'être méfiant? Cette peur va-t-elle gripper le planning de vaccination? On a soumis sept questions capitales au vaccinologue genevois Alessandro Diana.
15.04.2021, 06:1515.04.2021, 07:29
Suivez-moi

Comme le Danemark, faut-il bannir Astrazeneca?

Dr. Alessandro Diana, expert auprès d'INFOVAC: «Chaque pays est souverain et fait comme il veut mais on ne devrait pas bannir un vaccin parce qu'il y a une personne sur un million qui décède. Si les risques concernent surtout les jeunes, comme cela semble être le cas avec Astrazeneca, il est dommage de retirer ces doses aux plus âgés qui pourraient quand même en bénéficier. On se prive de cartouches pour combattre le virus.»

Mais est-ce normal de s'inquiéter?

«Bien sûr. Ce qu'il faut savoir, c'est que pour tout vaccin nouvellement sur le marché, on continue toujours à surveiller les effets secondaires. Les études de validation sont faites sur des panels de l'ordre de 10 000 personnes mais certains effets surviennent seulement 1 fois sur un million. Dans le cas d'Astrazeneca, il y a eu une alerte pour dire qu'il était possible qu'il y ait un risque accru de thromboses. Mais on sait que dans la population générale, il y a aussi des risques, par exemple chez les femmes qui prennent la pilule ou chez les fumeurs. Ce qu'il est important de dire, c'est que on pense que, on n'est pas encore sûr. Un petit signal lumineux s'est allumé, maintenant, on a besoin de données pour savoir s'il y a un lien de causalité. Le principe est le même pour Johnson & Johnson. Il y a une volonté de transparence, on donne l'information même si elle n'est pas précise à ce moment-là. Tout va vite dans cette pandémie, on ne sait pas tout, on est obligé d'aller bout par bout.»

Ces vaccins ont-ils été développés trop vite?

«Normalement, il faut cinq à dix ans pour obtenir un vaccin, celui-ci a été développé en moins d'un an. Est-il vraiment sûr? La question est légitime. Mais le doute n'est pas une conclusion. Il faut aussi comprendre pourquoi cela a été aussi vite. On a pris le risque de miser lourd parce qu'il y avait péril en la demeure. C'est la première fois que des Etats subventionnent ainsi la recherche, les temps administratifs pour valider le vaccin ont également été accélérés. Au final, il y a eu une conjoncture de moyens qui a prouvé que quand l'humanité veut, l'humanité peut. Il faut aussi dire que sur les 200 projets qui ont été lancés, seuls six ou sept ont abouti.»

Peut-on quand même se faire vacciner sereinement?

«Il faut avoir une évaluation bénéfice-risque. Si vous avez plus de 80 ans, vous avez 15% de risque de décéder du Covid si vous êtes infecté. Vos chances de mourir sont donc énormes. On voit d'ailleurs que ces personnes-là sont moins hésitantes face au vaccin. À l'inverse, que quelqu'un de 20 ans, qui a entre 0,1 et 0,5% de risques de décéder, soit plus hésitant cela me semble normal. Si vous êtes jeune et que vous n'avez pas de facteurs de risque, vous pouvez vous permettre de prendre le temps de la réflexion et de faire la balance entre les chances de mourir du Covid ou de souffrir d'un Covid long et les effets secondaires des vaccins.»

«Ce virus est redoutable. Aujourd'hui, on sait qu'il ne faut plus 60% d'individus protégés mais 80% pour atteindre l'immunité collective»

Ça ne va pas à l'encontre de l'immunité collective?

«La vaccination est facultative et non obligatoire, le premier objectif doit donc être un avantage individuel. Mais c'est vrai qu'on observe désormais que les personnes vaccinées ne transmettent plus le virus, donc il y a également un intérêt collectif: indirectement on protège les personnes vulnérables. Au final, il peut aussi y avoir un argumentaire envers les jeunes pour leur dire que non seulement le vaccin leur permet d'éviter un Covid long mais aussi d'arrêter la transmission et de donner moins de chance au virus de muter puisqu'il a besoin de gens à infecter pour le faire.»

Les effets secondaires, c'est habituel?

«L'un des premiers effets secondaires des vaccins, c'est la possibilité de faire une allergie ou même un choc anaphylactique face à l'un des composants. Mais cela reste hyper rare. En revanche, on ne connaît pas d'autres vaccins – même si cela reste à confirmer pour Astrazeneca et Johnson & Johnson – qui font des thromboses. Dans tous les cas, dans ce domaine, il y a toujours une pesée des intérêts collectifs. On ne va pas priver 999'999 personnes d'un bénéfice majeur pour un décès.»

«Le revers de la médaille de la transparence, c'est que cela freine la confiance vaccinale»

Quel impact sur
le rythme de vaccination?

«Il y a des doses qui sont retirées dans certains pays donc forcément cela ralentit le processus. Cela donne aussi un argument supplémentaire à l'hésitation. On reçoit tous beaucoup d'informations, c'est impossible de tout digérer. Tout le monde sait lire mais est-ce que tout le monde peut décortiquer une étude sur le sujet? Pour le grand public, il manque cette nuance qu'il y a possiblement (réd: il appuie sur ce mot) des effets secondaires – cela reste à prouver – et que c'est très rare.»

Art et Covid, l'installation «It is like it is» à Berlin

1 / 12
Art et Covid, l'installation «It is like it is» à Berlin
source: sda / clemens bilan
partager sur Facebookpartager sur Twitterpartager par WhatsApp

Nos derniers articles sur le coronavirus

La Corée du Nord annonce son tout premier cas de Covid-19

Link zum Artikel

Certains masques seraient toxiques

Link zum Artikel

VIDÉO Comment ça marche un autotest Covid? On a essayé pour vous

Link zum Artikel

Se faire enfoncer un coton-tige au fond du nez n'est pas sans risque

Link zum Artikel

Le Conseil fédéral et le Parlement pour la loi Covid

Link zum Artikel
Montrer tous les articles
1 Commentaire
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
1
«Le risque d'abus existe»: l'UDC ne veut accueillir que les Ukrainiens de l'Est
Près de 50 000 réfugiés ukrainiens auraient déjà été accueillis en Suisse. Un nombre qui inquiète l'UDC et le PLR, les deux partis proposent des mesures pour limiter l'afflux.

Depuis le début de l'invasion russe, en Ukraine, de nombreux habitants de ce pays d'Europe de l'Est ont pris la fuite. Selon l'ONU, plus de douze millions de personnes auraient déjà quitté leur pays, notamment en direction de la Suisse. Ainsi, près de 50 000 Ukrainiens se trouveraient actuellement dans le pays.

L’article