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Justice

Une zone d'ombre plane sur la mort d'une Romande et de sa fille

Procès à Lausanne en septembre 2024 d'un homme accusé d'avoir été complice du meurtre d'une fille mineure avec un handicap. Il avait fourni des médicaments, une bonbonne de gaz et un pi ...
Un homme est accusé d'avoir été complice du meurtre d'une jeune femme. (illustration)Image: watson

Une zone d'ombre plane sur la mort d'une Romande et de sa fille

Accusé d’avoir aidé sa meilleure amie à préparer la mort de sa fille handicapée, un homme comparaît à Lausanne pour complicité de meurtre. Ses contradictions et des lacunes de l’enquête ont fait surgir un autre doute: que s’est-il réellement passé lors du suicide de la mère?
29.09.2026, 19:2429.09.2026, 19:36

Mardi, au Tribunal correctionnel de Lausanne, le président a rapidement fait entendre l’inspecteur de police qui avait mené les investigations après la découverte, en juillet 2020 au Mont-sur-Lausanne, des corps d’une mère et de sa fille handicapée. Appelé à comparaître comme témoin par l'avocate d'une des parties civiles, ses explications ont pointé du doigt une zone d'ombre...

Fort de quarante ans de métier, cet inspecteur distingue clairement les deux décès. La mort de la fille fonde l’accusation de complicité de meurtre. Celle de la mère, considérée comme un suicide dans l’acte d’accusation, suscite en revanche des interrogations sur le rôle exact joué par le prévenu dans les derniers instants.

Tout commence des mois avant ce drame. Atteinte d’un cancer du pancréas incurable, la mère annonce à son meilleur ami qu’elle veut se suicider et «emmener» avec elle sa fille handicapée, par crainte de la laisser seule après sa mort. Selon ce qui ressort, le prévenu a adhéré à ce projet. Il discute avec elle des différentes méthodes possibles, achète du matériel, participe à la fabrication d’un dispositif artisanal au gaz et en vérifie même l’étanchéité. Une somme de 5000 francs lui aurait été promise pour son aide.

Plus de 260 comprimés ingurgités

Le 16 juillet 2020, dans la maison familiale vaudoise et en l'absence de son compagnon qui rentrait le jour-même de vacances, la mère administre à sa fille une forte quantité de médicaments. Elle utilise ensuite le système asphyxiant. Agée de 20 ans, la jeune femme meurt. Quant à la maman, elle survit à sa propre tentative et appelle alors son ami pour qu’il lui apporte un pistolet chargé.

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Les interrogations de l’enquêteur auditionné par la Cour se concentrent sur ce second décès. L’acte d’accusation a retenu un suicide. L’inspecteur relève cependant plusieurs éléments qui, selon lui, laissent ouverte la question du rôle exact du prévenu. Quel était l'état physique de la mère après l’ingestion massive de médicaments (plus de 260 comprimés ingurgités)? Pouvait-elle encore se déplacer, descendre des escaliers, manipuler un chargeur, y introduire des cartouches puis se tirer elle-même une balle dans la bouche? Sans omettre la position de la douille et celle du pistolet retrouvé, l'état de la pièce arrière qui actionne le mécanisme de tir, certaines traces relevées sur place...

«Une manipulation d’une arme n’est pas innée. Il faut du temps pour comprendre et l’avoir en main»
L'inspecteur qui a mené l'enquête

Il évoque un probable scénario de panique: la fille était morte, sa mère avait survécu et son compagnon devait rentrer de vacances. Le policier s’interroge sur le rôle exact joué par le prévenu lors de son retour avec le pistolet.

Me Charlotte Iselin, qui représente l'ex-mari de la défunte et père de la fille tuée, s’appuie notamment sur les interrogations de l’inspecteur et sur l’ADN du prévenu retrouvé sur la détente pour soupçonner une participation plus active au tir fatal. Hypothèse non retenue par le ministère public.

«On a manqué de curiosité»

Procureur actuel qui n’avait pas instruit le dossier à l’époque, Stephan Johner relativise les conclusions de l’inspecteur:

«Ce que l’accusé aurait fait correspond à ce que l'association Exit fait chaque semaine, à savoir une assistance au suicide. Personne ne saura jamais qui a réellement appuyé sur la détente du pistolet ce matin-là.»

Selon lui, la littérature scientifique ne permet pas d’affirmer qu’une absorption massive de médicaments rendait nécessairement la femme incapable de marcher. Me Iselin se montre, elle, beaucoup plus sévère: «On a manqué de curiosité durant cette enquête, avec des lacunes et des questions manifestes toujours ouvertes.»

Elle estime qu’un complément d’instruction, avec notamment l’audition d’experts, serait justifié. La défense veut au contraire poursuivre le procès. Après une suspension d'audience, la Cour explique qu’il n’y a pas de motifs de renvoyer le dossier au Ministère public pour instruction complémentaire.

Le procureur confronte alors le prévenu à ses propres déclarations passées. Celui-ci savait que son amie avait renoncé à Exit notamment parce qu’elle ne pourrait pas mourir avec sa fille. Il avait déjà admis durant l’instruction connaître ce projet. Devant la Cour, il affirme cependant qu’il refusait de croire qu’elle irait réellement jusqu’au bout. Le magistrat hausse alors le ton:

«Si vous voulez continuer à prendre ce tribunal pour ce qu’il n’est pas, ça risque d’avoir des conséquences sur le réquisitoire du ministère public ainsi que sur la décision de la Cour en cas de condamnation»
Stephan Johner, procureur

Le prévenu admet finalement qu’il savait que son amie pouvait passer à l’acte à tout moment en emportant sa fille, tout en affirmant qu’il n’était pas d’accord. Dès lors, s'il connaissait ce dessein, pouvait-il néanmoins acheter le matériel, participer au montage du dispositif et aider concrètement à sa préparation sans devenir complice de la mort de la fille?
Son avocat, Me Yann Oppliger, invoque la personnalité complexe de son client et estime «inutile de chercher à le piéger dans ses contradictions».

Me Charlotte Iseli revient à la charge, quant à son comportement dans les jours qui ont suivi le double drame. Le prévenu avait donné l’impression de ne pas connaître le sort des deux femmes, en contactant la police et envoyant des messages à son amie déjà décédée. Une tentative de se disculper? Il le nie:

«J’étais persuadé intimement qu’elle n’était pas passée à l’acte. J’étais dans un état de stress énorme et de peur. Il m’a fallu du temps pour l’intégrer»
Le prévenu

La question de la motivation financière émerge aussi: 5000 francs lui auraient été promis pour son aide, alors qu’il devait déjà plus de 100 000 francs à son amie, selon des reconnaissances de dette soulevées par une des parties civiles.
Le prévenu avait affirmé que son amie jugeait Exit trop cher et trop compliqué. Mais il avait aussi reconnu qu’elle ne voulait pas recourir à l’association parce qu’elle ne pouvait pas y faire mourir sa fille avec elle.​

Appelée par la défense à venir témoigner, la fille majeure d’une ancienne compagne du prévenu l'a décrit comme un homme «gentil», «agréable», «très serviable», avec lequel elle entretenait une relation de confiance. Mais une avocate l’a ensuite interrogée sur un SMS envoyé après les deux décès à la fille de l’accusé. Elle y écrivait lui en vouloir «énormément». La jeune femme connaissait intimement les victimes: elle considérait la mère comme sa «marraine de cœur» et sa fille comme sa meilleure amie.

Pourquoi une telle colère? «C’est un sujet hyper sensible, je ne sais pas comment expliquer cela…», a-t-elle bafouillé. Puis elle a refusé d’en dire davantage devant le Tribunal. Le mystère est resté entier.

Accusé d'agressions sexuelles sur sa fille
La Cour s’est ensuite penchée sur le second volet de l’acte d’accusation. Le prévenu est accusé d’avoir imposé à sa propre fille, alors âgée d’une dizaine d’années, plusieurs actes sexuels entre 2007 et 2009, dont des attouchements répétés et une pénétration anale. Il conteste ou dit ne plus se souvenir de certains faits. Entendue devant la Cour, sa fille explique que son père s’était un jour excusé auprès d’elle, sans véritablement préciser pourquoi. Elle affirme aussi qu’il lui demandait à l’époque de ne rien raconter à sa mère. «Une fois que je l’ai confronté à tout cela, j’ai ensuite coupé tout contact avec lui. Ma sœur aussi.» Selon elle, les révélations ont également divisé la famille: certains proches ont pris le parti de son père, d’autres le sien. Elle précise que les faits se seraient tous produits avant ses premières règles. Face au procureur, elle se montre catégorique: «Je n’ai aucun doute sur ce que j’ai vécu.»
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Video: watson
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