Suisse
Mafia

Suisse: la solution politique contre la mafia dans le bâtiment

Comment la conseillère nationale UDC Diana Gutjahr et le centriste Martin Candinas veut mettre un terme à la mafia des poseurs de fer.
Diana Gutjahr et Martin Candinas veulent mettre un terme aux problèmes dans la construction.Image: keystone/watson

Ils ont trouvé comment contrer la mafia dans le bâtiment en Suisse

Les choses bougent dans la Berne fédérale: le conseiller national du centre Martin Candinas demande lui aussi des mesures pour lutter contre les structures douteuses, notamment dans la construction. Le Conseil fédéral ne s'est pas encore réveillé.
13.06.2024, 11:5029.12.2024, 21:32
Henry Habegger / ch media
Plus de «Suisse»

«Sans ferrailleurs, rien ne se passe dans le secteur de la construction, et les grandes entreprises ont externalisé ce travail. Des groupes criminels organisés en profitent pour organiser des fraudes systématiques et à grande échelle», pointait CH Media dans une enquête, en mars dernier, sur les phénomènes mafieux dans la construction. Les assurances sociales comme la Suva, l'AVS et l'AC sont notamment escroquées de millions de francs.

A Berne maintenant, on s'active. La conseillère nationale UDC thurgovienne Diana Gutjahr vient de déposer une initiative parlementaire visant à protéger la concurrence et les assurances sociales par la responsabilité solidaire. Elle veut adapter la loi sur les travailleurs détachés afin de mettre un terme à cette fraude.

Diana Gutjahr, Nationalraetin SVP (TG) spricht waehrend einer Medienkonferenz des ueberparteilichen Komitees "JA zur Renteninitiative", am Donnerstag, 1. Februar 2024 in Bern. Am 3. Maerz 20 ...
Diana Gutjahr.Image: KEYSTONE

Diana Gutjahr connaît bien le secteur de la construction. Avec son mari, elle dirige l'entreprise familiale Ernst Fischer AG, construction métallique à Romanshorn. «Faire des offres à prix cassés, ne pas payer les cotisations sociales, faire faillite», la conseillère nationale entend régulièrement parler de ces arnaques. L'un de ses collaborateurs a lui-même été victime d'un employeur douteux.

La Suisse n'a pas les armes

Ce qui déplaît fortement à Diana Gutjahr, c'est le fait de voir que rien n'est fait contre les abus, que chacun rejette la responsabilité sur l'autre. Raisons pour lesquelles elle s'active désormais. Et d'ajouter:

«Cela me dérange politiquement quand les assurances sociales, quand les employés, quand nous tous sommes trompés. Cela me dérange sur le plan entrepreneurial lorsque la concurrence est faussée et que les entreprises qui facturent correctement sont désavantagées.»

Comment se déroule l'arnaque pointée du doigt?

La fraude se déroule de la manière suivante: le premier entrepreneur – dénommé techniquement «entrepreneur contractant» –, une grande firme de construction, passe une commande à un sous-traitant, une entreprise de ferronnerie, qui a fait une offre à 260 francs la tonne. Ce prix est beaucoup trop bas, il devrait être d'environ 400 francs, cotisations sociales comprises. Mais le sous-traitant n'a jamais eu l'intention de payer les cotisations sociales. Dans le schéma de l'escroquerie, il arrive souvent que l'entreprise de ferronnerie transmette la commande à un ou plusieurs sous-traitants, qui n'ont cependant pas de personnel.

Mais si la supercherie est découverte, par exemple parce que la Suva a des soupçons et réclame les cotisations dues, les sous-traitants font disparaître les éventuels fonds encore disponibles et font faillite. Souvent, afin que personne ne puisse être poursuivi, un «liquidateur d'entreprise» reprend la Sàrl insolvable.

Les destructeurs de sociétés sont également une «catégorie professionnelle» dans les réseaux des acteurs douteux. Ils ont à leur service toute une série de notaires, d'avocats et de fiduciaires suisses qui gagnent de l'argent grâce à la domiciliation et à l'authentification des sociétés douteuses.

Comment lutter?

Diana Gutjahr veut actionner le levier des «entrepreneur contractant», c'est-à-dire auprès des entreprises totales, générales ou principales mandatées par le maître d'ouvrage. Ceux-ci devraient être tenus civilement responsables, à l'avenir, du non-respect des salaires minimaux nets et des conditions de travail par les sous-traitants ainsi que des cotisations aux assurances sociales. Les entrepreneurs seront responsables «des frais d'exécution et de formation continue ainsi que des systèmes de préretraite» qui «reposent sur des conventions collectives de travail déclarées de force obligatoire».

Le premier entrepreneur doit donc être responsable en cas de fraude en bas de la chaîne. En conséquence, ils seront soucieux d'éviter les abus. Aujourd'hui, ce n'est pratiquement pas le cas, parce qu'il y a des failles, parce que la responsabilité solidaire, qui existe depuis 2013, peut être annulée par des acteurs douteux.

Selon Diana Gutjahr, les premiers entrepreneurs peuvent se libérer de leur responsabilité s'ils prouvent de manière plausible que, lors de la sous-traitance des travaux, ils ont fait preuve de la diligence requise par les circonstances en ce qui concerne le respect des conditions de travail et de salaire et le paiement des cotisations. L'obligation de diligence est notamment remplie, peut-on lire dans l'intervention, «lorsque l'entrepreneur principal se fait démontrer de manière crédible par les sous-traitants le respect des conditions de travail et de salaire à l'aide de documents et de justificatifs». Aujourd'hui, ce n'est souvent pas le cas, car une auto-déclaration des sous-traitants suffit.

Soutenue par tous les camps

Diana Gutjahr bénéficie d'un large soutien. L'Union suisse des arts et métiers (Usam) et les entrepreneurs la soutiennent. Mardi, 25 membres du Parlement de toutes les couleurs figuraient sur la liste des cosignataires. La gauche et les syndicats soutiennent également l'objectif: l'extension de la responsabilité solidaire est l'une de leurs vieilles revendications.

En 2013 déjà, lorsque la responsabilité solidaire a été introduite par ordonnance par le conseiller fédéral radical Johann Schneider-Ammann, le syndicat Unia a écrit qu'il existait «des failles aussi grandes qu'une porte de grange» et a critiqué:

«Le Conseil fédéral a manqué l'occasion de présenter une ordonnance efficace pour que les entreprises qui sous-traitent le travail à des prix de dumping, en violation des lois et des conventions collectives de travail, puissent être mises à contribution.»
Le syndicat Unia

L'intervention a également été signée par Christian Wasserfallen (PLR), membre du comité de la Société suisse des entrepreneurs et président de l'entreprise de construction Walo Bertschinger. Le parti du centre est aussi bien représenté, avec un président de parti et un chef de groupe. Et, notons-le, avec le président du Conseil national de l'année dernière, Martin Candinas.

Martin Candinas demande plus d'engagement contre le travail au noir...

Le Grison combat également la fraude. En mars déjà, il a demandé par motion «Plus de possibilités pour la lutte contre les abus dans la loi fédérale concernant des mesures en matière de lutte contre le travail au noir». Pas moins de 81 parlementaires de gauche à droite, y compris Diana Gutjahr, ont signé la motion.

Exigence principale adressée au Conseil fédéral? Les offices du registre du commerce, les offices des poursuites et les offices des faillites doivent aussi être tenus de collaborer avec les organes de contrôle afin de lutter contre les abus et le travail au noir. Candinas espère que l'échange d'informations permettra de lutter plus efficacement contre le trafic de manteaux, les destructeurs d'entreprises ainsi que «les constructions visant à contourner les obligations d'annonce et d'autorisation, par exemple les structures de sous-traitance».

Nationalrat Martin Candinas, Mitte-GR, am Rand der Wintersession der Eidgenoessischen Raete, am Montag, 18. Dezember 2023 im Bundeshaus in Bern. (KEYSTONE/Alessandro della Valle)
Martin Candinas.Image: KEYSTONE

Seulement voilà: le Conseil fédéral, sous la houlette du ministre de l'économie Guy Parmelin (UDC), propose de rejeter la motion. La demande est «étrangère» à la loi sur le travail au noir et l'échange d'informations «n'est pas autorisé», peut-on lire dans la réponse brève et technocratique.

...mais le conseiller fédéral Guy Parmelin fait la sourde oreille

Candinas est étonné:

«Vu le large soutien dont bénéficie cette requête, j'aurais attendu du Conseil fédéral un peu plus de soin et une réponse plus claire, plus complète et plus compréhensible»

Son intervention, qui bénéficie d'un large soutien, devrait avoir de bonnes chances au Parlement.

Malgré la lourdeur du Conseil fédéral, il devient clair que: les choses bougent à Berne en ce qui concerne la lutte contre les structures douteuses et les organisations criminelles.

Combien payez-vous en assurance-maladie? Des Romands répondent

Vidéo: watson

(Traduit et adapté par Chiara Lecca)

Ceci pourrait également vous intéresser:
1 Commentaire
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
1
Valérie Dittli a de nouvelles missions
La réorganisation du Conseil d'Etat vaudois est actée: Valérie Dittli, délestée des finances et de la fiscalité, se voit attribuer l'agriculture, de la durabilité et du climat – qu'elle détenait déjà –, avec en plus le numérique et la consommation.

La réorganisation du Conseil d'Etat vaudois à la suite de l'audit sur le département des finances de Valérie Dittli a trouvé son épilogue. Délestée des finances et de la fiscalité, la ministre centriste se voit attribuer la durabilité, le climat et le numérique.

L’article