Glacier 3000 sort d'une excellente année, avec un record de visiteurs à la clé. Plus de 200 000 personnes ont été transportés par la télécabine de la station vaudoise. Le CEO Bernhard Tschannen se montre bien sûr satisfait de la tournure des événements, surtout que l'année a été difficile compte tenu des conditions météorologiques et du chantier du Restaurant Botta. Des travaux d'Hercule qui portent leurs fruits.
C'est une année record pour Glacier 3000. Comment expliquez-vous ce succès?
Bernhard Tschannen: cela a débuté il y a 18 ans, quand la société a été reprise par de nouveaux actionnaires. J'ai commencé fin 2006 et l'un des buts était de miser sur le point d'excursion. Il a fallu améliorer le produit global, en construisant la plus haute piste de luge au monde. Plus tard est arrivé le pont suspendu (réd: Peak Walk), qui a donné une très forte impulsion. J'ai voyagé dans le monde entier et un gros travail de prospection a été fait sur les marchés internationaux. Ça, c'est le premier point.
Et le second?
Nous faisions du bénéfice avec le point d'excursion, mais nous perdions beaucoup d'argent avec le ski. Le plus simple aurait été de couper l'activité. Or nous avons décidé de conserver le domaine skiable. Il nous fallait donc améliorer l'offre. Nous avons notamment rouvert la mythique «Pierres Pointes» avec un tunnel de 265 mètres qui amène à la fameuse «Black Wall», l'une des pistes les plus raides du monde.
La «Black Wall» a été un tournant dans le développement d'image?
D'un point de vue communication, c'est un «game changer». La piste a fait le tour du monde et c'est une expérience unique, avec ce passage dans ce petit tunnel qui arrive sous une falaise. Cette piste nous a positionné comme un domaine skiable différent des autres. Après, à l'exploitation, c'est un défi. Il faudra aussi attendre les 4, voire 5 années d'exploitation avant de tirer un bilan sur le véritable afflux de skieurs. Mais d'un point de vue marketing, c'est déjà rentable.
Quel est le pourcentage qui provient des skieurs dans le chiffre d'affaires?
Cette année, nous avons 70% de piétons et 30% de skieurs.
Glacier 3000 a besoin des piétons et des groupes pour une stabilité. Même s'il ne fait pas beau, ces groupes viennent quand même parce qu'ils ont réservé.
Pour revenir au Magic Pass, êtes-vous à l'initiative de l'intégration de la station de Gstaad dans cette offre?
On a eu des discussions avec eux et nous avons présenté nos chiffres des 3-4 premiers hivers avec le Magic Pass.
Ils ont été difficiles à convaincre?
Non, ils n'étaient pas sûrs. Ils étaient dans le top 4 (réd: Gstaad, Jungfrau, Adelboden-Lenk, Meiringen) et cet abonnement marchait bien. Aujourd'hui, Glacier 3000 est de nouveau lié à Gstaad. Les skieurs peuvent venir désormais sans payer un supplément comme il était demandé par le passé.
C'était un manque à gagner?
Oui, c'était un assez grand manque à gagner. C'était surtout une bêtise envers les clients, que nous n'avons pas souhaitée. Les clients ne comprenaient pas pourquoi il devait payer un supplément.
En parlant de manque à gagner, le restaurant Botta a-t-il pesé sur les dépenses?
Nous avons racheté le restaurant du Col du Pillon, en 2020. Et comme le Botta était fermé, nous avons pu agrandir le restaurant provisoirement. C'était une nécessité pour accueillir les clients et les groupes. En haut, nous avons fait un chalet (réd: le carnotzet) sur l'ancienne terrasse derrière le restaurant Botta, qui a très bien fonctionné. Pendant cette période de fermeture, avec ces deux alternatives, nous avons pu accueillir les clients. Et après ces deux années intensives de chantier, on se réjouit de l'ouverture dans un mois.
A combien se chiffre la reconstruction du restaurant?
Plus de 30 millions.
La perte d'exploitation s'est étendue sur quelle durée?
On s'en sort vraiment bien. Nous n'avons perdu que quatre semaines d'exploitation.
Vous devez aussi composer avec les défis climatiques à Glacier 3000.
Nous vivons dans un climat qui a radicalement changé. Avant, il y a 10 ans, nous n'avions jamais de la pluie en février jusqu'à 3000 mètres. Avec ces variations climatiques, le manteau neigeux n'est plus aussi stable qu'auparavant, qu'il y a 20 ou 30 ans. Les vents ont aussi changé et ça nous oblige à relever des défis de sécurité.
Et j'imagine que des craintes naissent pour l'exploitation à l'avenir.
L'exploitation ne deviendra sûrement pas plus simple. Concernant le fonctionnement, il n'y a rien qui change. Dès que c'est dangereux, on ferme. Par exemple, nous sommes en train de nettoyer les falaises à Martisberg pour que le secteur soit sécurisé durant l'hiver. Les dangers d'avalanche, le givre, le vent, ce sont des facteurs dont nous avons l'habitude, mais cela s'est intensifié.
Quel regard posez-vous sur les sports d'hiver, avec les stations de moyenne montagne qui peinent. Doit-on revoir la formule, selon vous?
Si nous prenons les Alpes vaudoises, il y a une garantie neige lorsque vous vous rendez à Leysin, Villars ou Les Diablerets. Il y a également cette garantie de skier chez nous, grâce au glacier. Dans le futur, nous aimerions par exemple enneiger la partie Scex Rouge-Martisberg et peut-être même jusqu'au Col du Pillon.
Vous allez investir dans l'enneigement mécanique?
Depuis quelques années, il y a un lac naturel qui est en train de se créer au glacier du Scex Rouge, qui possède encore 20 mètres de glace à ce jour. Dans 5 à 10 ans, le glacier va disparaître et dessiner ce lac naturel.
Si je comprends bien, même Glacier 3000 va devoir investir dans les canons à neige?
L'enneigement mécanique serait effectué entre 3000 et 1500 mètres. Et grâce à ce lac naturel, quand il y a trop d'eau l'été, nous allons pouvoir utiliser l'hydroénergie pour créer de l'énergie et essayer de réussir à s'approcher d'une totale autonomie. Au restaurant Botta, nous avons intégré des panneaux photovoltaïques qui représentent la consommation de 25 ménages. Avec ça, le Botta devrait être plus ou moins autonome.
Vous cherchez à faire des économies d'énergie et en vous écoutant, c'est un facteur qui paraît important pour la station?
Nous remplaçons des moteurs qui sont vieux et qui consomment beaucoup d'énergie. C'est le cas du télépherique Pillon – Cabane – Scex Rouge et des télésièges vont suivre Martisberg. Nous cherchons à économiser, par exemple, sur la préparation des pistes le premier jour après des chutes de neige. Sur les pistes noires, on sécurise et on ne dame pas les pistes. Ça nécessite beaucoup d'heures d'entretien et les machines utilisent beaucoup de diesel. Ainsi, nous cherchons à économiser des heures de machine.
Pour évoquer le sujet de ce projet des 177 canons à neige dans les stations à Leysin et aux Mosses, n'est-ce pas en contradiction avec la politique climatique actuelle?
C'est aux autorités et aux personnes compétentes de prendre les bonnes décisions. Dans le futur, même à Glacier 3000, nous prévoyons l'enneigement mécanique.
Il y a une incertitude beaucoup trop grande et il y a des employés à payer. Après, jusqu'où faut-il aller, c'est à eux de prendre les bonnes décisions.
Selon vous, les stations en-dessous des 1500 mètres sont condamnées?
J'étais récemment à l'assemblée des remontées mécaniques et les dernières analyses détaillées sur l'enneigement démontrent que la limite va être plus haute que 1500 mètres dans 10 ans. Pendant l'hiver, ça ne va pas être totalement blanc. Quand nous avons programmé la création de la «Black Wall», il y a 5 ou 6 ans, le Col du Pillon était enneigé tout l'hiver. Ces deux dernières saisons, il y avait beaucoup de pluie au sommet et moins de neige.
Pour être un poil provocant, ça arrange les affaires de Glacier 3000?
D'un côté, le glacier fond et ça nous complique fortement la vie. Les téléskis sont mis à rude épreuve par la fonte des glaces. On fait du snowfarming (réd: de la neige stockée durant l'année) non pas pour faire des pistes, mais pour maintenir les téléskis en place. On protège les bases de l'installation pour continuer à les exploiter grâce à cette neige naturelle. Mais oui, les gens vont préférer monter à très haute altitude pour profiter de conditions hivernales.
Dans 5 à 10 ans, comme vous l'avez expliqué, Glacier 3000 va devoir se munir de canons à neige. Avez-vous peur des réactions?
Non, pas vraiment. Nous cherchons à être complémentaire avec les Alpes vaudoises. Je pense qu'investir dans la neige, à Glacier 3000, est une décision sensée. C'est un des points qui va rester accessible le plus longtemps en matière de ski.
Vous avez sûrement entendu parler des propos de Reto Gurtner, le président des remontées mécaniques de Laax. Etes-vous d'accord avec lui, à propos d'abonnements journaliers à plus de 200 à 300 francs dans 10 ans?
Certains de ces prix sont déjà pratiqués aux Etats-Unis. Il voulait provoquer. C'est vrai que les coûts ont augmenté, entre les remontées et la gastronomie. Nous avons dû faire des adaptations. Maintenant, 200 ou 300 francs, ça me semble beaucoup.
Nous pouvons dire qu'un domaine tel que Zermatt (VS), dans 10 ans, peut atteindre ce tarif?
Oui, je pense.