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Pédophilie

Pédophilie: demandes en hausse pour les centres d'appels suisses

Pédophilie en Suisse: «Si ces personnes nous appellent, c'est pour protéger les enfants».
Image: Shutterstock

«Ils veulent souvent tout déballer»: ces Romands écoutent les pédophiles

Les lignes d'écoute pour les personnes préoccupées par une attirance sexuelle envers les enfants enregistrent une forte hausse des demandes. Deux membres de l'association romande DIS NO nous expliquent comment se déroulent ces appels.
05.02.2026, 08:1305.02.2026, 08:13

Les centres d’appels destinés aux personnes ayant une attirance sexuelle pour les mineurs sont de plus en plus sollicités en Suisse. L'an dernier, 348 personnes ont contacté ces services, contre 204 en 2024. C'est ce qu'indiquent les associations DIS NO et Beforemore, actives respectivement en terres romandes et alémaniques.

Pour la seule Suisse romande, le nombre de sollicitations est passé de 137 en 2024 à 173 en 2025. Cette «forte augmentation» suit la tendance des années précédentes» et s'explique en partie par la «notoriété croissante des lignes d’écoute», avancent les deux associations.

«En contactant ces organismes, ces personnes bénéficient d’une écoute attentive et de ressources spécialisées», ajoutent DIS NO et Beforemore. Mais quel effet cela fait-il de se retrouver à l'autre bout du fil? Comment répond-on à ces appels? Hakim Gonthier, directeur de DIS NO, et Naomi Setiawan, criminologue intervenante, ont accepté de répondre à nos questions. Interview croisée.

A quelles personnes votre ligne s'adresse-t-elle?
N.S.
Notre service est ouvert aux personnes préoccupées par des comportements ou des pensées impliquant des mineurs et par le visionnage de matériel pédopornographique. Nous nous adressons également à leur entourage, ainsi qu'à des professionnels, comme des thérapeutes ou des travailleurs sociaux.

Comment ces appels se déroulent-ils?
N.S.
C'est schématique, mais on peut dire que les appels se passent généralement de la manière suivante: au début, les personnes sont souvent stressées, parlent vite et tendent à tout déballer. Nous cherchons ensuite à remettre les bonnes choses dans les bonnes boîtes, afin d'identifier les outils qu'elles peuvent mobiliser, de clarifier leur demande et de voir ce qu'il est possible de faire par la suite.

«Cela peut susciter un certain apaisement: ces individus réalisent qu'une solution existe et qu'il y a quelqu'un pour les accompagner»

H.G. Lors des premières phases, il peut effectivement arriver que les personnes soient submergées par l'émotion. Nous voyons également beaucoup de crainte et de méfiance. Il faut donner des précisions sur le cadre de l'appel, garantir son caractère confidentiel, pour qu'elles se sentent en confiance.

De quelle manière répondez-vous à ces appels?
N.S.
L'humanisation est l'un de nos principes fondamentaux. Pouvoir accueillir la personne et répondre à toute demande d'aide est très important. Le cœur du travail, c'est la responsabilisation. Cela signifie sortir du déni ou de la minimisation pour devenir le garant de ses propres limites. C'est cette prise de responsabilité individuelle qui est le meilleur rempart pour la société et les personnes elles-mêmes.

«Car, si l'on n'est pas forcément responsable de ses fantasmes, on est responsable de ses actes»

L'idée est de faire tomber le maximum de barrières entre la personne et la demande d'aide.

Justement, comment donner suite à ces demandes d'aide?
N.S
. Nous pouvons orienter ces personnes vers des thérapeutes spécialisés. Nous ne proposons pas d'accompagnement thérapeutique à proprement parler, mais nous offrons un espace à celles et ceux qui ont des questions et qui ont besoin de clarifications.

H.G. Cela n'est pas toujours évident. La ligne est ouverte; nous ne choisissons ni qui nous appelle, ni quand: certaines personnes nous appellent une seule fois, tandis que d'autres instaurent une continuité. Pour nous, il s'agit de trouver un équilibre entre celles et ceux qui souhaitent nous rappeler pour continuer ce travail et les autres demandes ponctuelles qui peuvent émerger.

Pensez-vous que les personnes qui vous appellent veulent déjà passer à l'action?
N.S.
De manière générale, je pense que oui. Il y a tout un cheminement personnel qui se fait chez ces personnes avant qu'elles décident de nous appeler. Parfois, certains éléments vont venir précipiter leur action.

Par exemple?
N.S. Cela peut venir de l'entourage: un proche découvre que la personne consomme du matériel pédopornographique, par exemple. Une interpellation par la police peut aussi pousser des gens à nous contacter.

Que se passe-t-il, dans ces cas?
N.S. Dans le cas d'une interpellation récente, les gens sont souvent en état de choc – cela est aussi vrai pour les personnes directement concernées que pour leur entourage.

«Il y a aussi beaucoup de questions sur les procédures pénales»

Quel effet cela fait d'être exposé à ces récits?
N.S. C'est une thématique sensible, et entendre certains récits est parfois assez compliqué. Cela dit, chaque professionnel qui travaille dans une relation d'aide peut être exposé à des informations et des situations violentes.

Y a-t-il une manière de se préparer?
N.S.
Je pense qu'il n'y a pas de science exacte. Le fait que nous ne sommes jamais seuls aide beaucoup. Un autre collègue est toujours présent pendant les appels, et on discute de ces situations en équipe. Personnellement, j'essaie également de me raccrocher à notre mission, c'est-à-dire la protection de l'enfance. Si ces personnes nous appellent, c'est justement une manière de protéger les enfants. Et nous sommes là pour répondre.

Quelles sont les difficultés principales dans ce processus?
H.G.
L'une des difficultés principales consiste à instaurer une continuité. Il s'agit d'une ligne d'écoute gratuite, les personnes ne sont donc pas contraintes de nous appeler.

«Nous essayons de créer une alliance avec elles, mais il n'y a pas de garantie»

Parfois, après avoir fait un bout de travail ensemble, cette relation s'interrompt, ce qui peut être frustrant. Cette volatilité n'est pas toujours simple à gérer.

Quelle formation faut-il avoir pour faire ce travail?
N.S.
Il y a plusieurs profils différents dans l'équipe. Nous sommes toutes et tous formés dans la relation d'aide et avons une expérience solide dans ce domaine. Actuellement, on compte à peu près une moitié de psychologues et une moitié de criminologues.

Combien d'appels recevez-vous, en moyenne?
N.S. En janvier, nous avons reçu une trentaine de sollicitations, ce qui correspond à un appel par jour, en moyenne.

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source: sda
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