La police a déclenché un dispositif rare en Suisse après Aarau
Il est environ 2h30 dans la nuit de samedi à dimanche lorsque la rave organisée près de l'hippodrome d'Aarau touche à sa fin. La plupart des participants ont déjà quitté les lieux. C'est alors que des coups de feu retentissent. Une Italienne de 22 ans domiciliée en Argovie meurt. Six autres personnes sont blessées, plus ou moins gravement.
Dans un premier temps, la situation est totalement confuse. Où se trouve l'auteur ou les auteurs? Quel est leur mobile? Et un danger persiste-t-il? Dès les premières heures de la matinée de dimanche, la police cantonale décrète donc une «situation spéciale». Mais que signifie ce terme? On fait le point.
Qu'est-ce qu'une «situation spéciale»?
La loi sur la police ne définit pas ce terme. Elle confie toutefois à la police cantonale la coordination et la direction des opérations lors d'événements majeurs. «Situation spéciale» est ainsi avant tout une notion de conduite policière.
La police cantonale peut classer en «situation spéciale» des prises d'otages, des tueries de masse ou des attentats terroristes. Ou encore une chasse à l'homme visant un individu dangereux. Lors d'un exercice organisé en 2022, un porte-parole de la police avait résumé le critère déclencheur d'une telle situation comme: «un danger accru pour la vie et l'intégrité physique des personnes.»
Après la fusillade d'Aarau, le mobile est resté totalement incertain dans un premier temps. Dimanche soir, le commandant de la police, Michael Leupold, a évoqué trois hypothèses: un acte terroriste, une tuerie de masse ou un règlement de comptes criminel.
Quelles dispositions peut alors prendre la police?
En cas de situation spéciale, des procédures préétablies s'appliquent. La police passe alors d'un fonctionnement opérationnel normal à une organisation de conduite spéciale. Une fois alertée, elle doit en premier lieu évaluer le danger.
Elle constitue un état-major d'intervention. Celui-ci se penche sur des questions centrales: où l'auteur ou les auteurs auraient-ils pu s'enfuir? De quelles armes disposent-ils? Des véhicules de fuite sont-ils connus? Les réponses à ces questions déterminent les mesures prises: à Aarau, des forces d'intervention lourdement armées ont été déployées, des routes ont été bouclées et des véhicules contrôlés.
Qui dirige les opérations en cas de situation spéciale?
En cas de situation spéciale, un policier assume la direction générale de l'engagement. A Aarau, il s'agissait du capitaine Matthias Schildknecht. Il a coordonné les forces d'intervention ainsi que les organisations partenaires telles que les pompiers et les services sanitaires.
Matthias Schildknecht s'est entraîné à ce type de situations. En 2022, il avait dirigé un vaste exercice de situation spéciale autour du bâtiment du Grand Conseil à Aarau.
Le scénario de l'époque: des terroristes pénètrent dans le bâtiment et prennent plusieurs politiciens en otage. Des forces d'intervention lourdement armées s'étaient rendues sur place, au bâtiment du Grand Conseil.
La police cantonale argovienne organise régulièrement ce type d'exercices. «Il s'agit aussi de vérifier des plans et des processus établis à l'avance», avait souligné Matthias Schildknecht à l'époque.
Quel est l'impact des frontières?
Dans le système policier suisse, marqué par des cantons de petite taille, les corps de police collaborent étroitement lors de ce type d'interventions. Aarau se trouve, par exemple, non loin de la frontière avec le canton de Soleure. Cette collaboration est notamment nécessaire lorsqu'un auteur s'enfuit dans une autre région. D'autres corps de police peuvent en outre mettre du personnel ou des unités spéciales à disposition.
A Aarau, les recherches visant l'auteur ou les auteurs se sont déroulées à l'échelle de toute la Suisse. Fedpol et le Service de renseignement de la Confédération (SRC) y ont également apporté leur soutien. Même la police allemande a participé aux mesures de recherche.
En novembre dernier, les trois corps de police de Thurgovie, du Tessin et de Zoug ont même organisé un exercice autour d'une «situation spéciale complexe»: l'enlèvement et la prise en otage de plusieurs victimes. La Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse avait évoqué un «exercice de grande envergure unique en son genre». Il avait duré deux jours.
Quand une situation spéciale prend-elle fin?
C'est la police qui en décide, en fonction de la menace et du déroulement de l'intervention. Une arrestation ne signifie donc pas que toutes les mesures spéciales prennent fin immédiatement. Dans le cas d'Aarau, la police a confirmé mercredi que la situation spéciale avait pris fin.
La police jurassienne a arrêté l'auteur présumé dans la nuit de dimanche à lundi. Pour la police cantonale , il ne fait pratiquement plus de doute que le Suisse de 43 ans arrêté est l'auteur des tirs. Michael Leupold, commandant, parle d'une «probabilité confinant à la certitude». L'analyse de sa voiture, des munitions et des armes saisies va dans le même sens, selon le procureur Christoph Rüedi. (trad. ysc)
