Une vaste chasse à l'homme est toujours en cours ce lundi
Une Italienne de 22 ans a été tuée et cinq personnes blessées dans une fusillade survenue dans la nuit de samedi à dimanche lors d’une rave party à Aarau (AG), tandis qu’une vaste chasse à l’homme était toujours en cours dimanche. En soirée, le ou les auteurs des faits restaient toujours inconnus.
Ce que l'on sait des victimes
La soirée touchait à sa fin lorsque les tirs ont éclaté, peu après 02h30, sur le site de l’hippodrome du Schachen à Aarau, au bord de l’Aar. La musique venait de s’arrêter et la plupart des participants se dirigeaient vers la sortie lorsqu'une Italienne de 22 ans résidant en Suisse a été mortellement touchée. Selon le porte-parole de la police argovienne Bernhard Graser, un «nombre important» de coups de feu ont été tirés.
Toutes les victimes sont domiciliées en Suisse et leur identité a été établie. La jeune femme décédée était de nationalité italienne, a confirmé le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) à Keystone-ATS. Le conseiller fédéral Ignazio Cassis a présenté dimanche ses condoléances officielles à son homologue à Rome, Antonio Tajani.
Cinq autres personnes, une ressortissante allemande et quatre hommes suisses âgés de 24 à 31 ans, ont été hospitalisées, certaines grièvement blessées, selon le communiqué de la police cantonale d'Argovie. Leurs jours ne sont toutefois pas en danger.
Parmi les blessés figurent deux autres ressortissants italiens, qui ont déjà pu rentrer chez eux, relèvent les agences italiennes.
Comment l'Italie a réagi
L'Italie a de son côté mis sur pied une cellule de crise. Dirigée par l'ambassade d'Italie à Berne, elle a été dépêchée en Argovie par le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani, selon les agences de presse cisalpines. Elle est chargée de venir en aide aux familles des ressortissants italiens touchés par la fusillade et de suivre de près l'évolution de la situation et l'enquête, en collaboration avec les autorités helvétiques.
Invité dans le 19h30 de la RTS, le président de la Confédération Guy Parmelin a adressé au nom du gouvernement ses condoléances aux familles pour cet événement «dramatique». La première ministre italienne Giorgia Meloni a également exprimé ses condoléances.
Ce qu'il s'est passé
La fusillade est survenue à l'occasion de la 7e édition de la «rave argovienne», plus grand rendez-vous du genre dans le canton réunissant quelque 3000 amateurs. Un participant a raconté à la chaîne régionale Tele M1 avoir entendu des détonations pendant «une ou deux minutes». «Au début, on aurait dit des feux d’artifice ou des pétards», a-t-il expliqué. Ce n’est qu’en entendant des personnes crier "Baissez-vous, on tire!" que certains ont compris ce qui se passait.»
Plusieurs personnes se sont alors mises à l’abri derrière le réfrigérateur du bar. Le témoin y a vu une femme au sol, touchée par un tir. Avec d’autres participants, il a appelé les secours et tenté de la réanimer, sans succès.
D’autres témoins ont raconté avoir d’abord aussi confondu les détonations avec des feux d’artifice. Certains participants ont cherché refuge sur place ou dans un gymnase voisin.
Ce que dit la police
«On ne sait pas encore qui est responsable de cet acte», a déclaré Dieter Egli, conseiller d'État argovien et chef de la police, lors d'une conférence de presse dimanche soir à Schafisheim (AG). Le nombre d’auteurs reste également incertain, a précisé le commandant de la police argovienne, Michael Leupold.
Des témoins oculaires auraient vu deux auteurs, mais cela reste à confirmer, a ajouté Leupold, qui veut éviter toute spéculation. Il serait par exemple possible qu’un seul auteur ait tiré avec deux armes.
Sur les lieux du crime, la police a en effet retrouvé des traces de munitions provenant de deux armes différentes. L'une d'entre elles est utilisée avec des armes longues, comme les fusils d'assaut, a souligné le chef des opérations Matthias Schildknecht. Les autres traces de munitions correspondraient à des armes de calibre 9 millimètres.
Les enquêtes approfondies se poursuivent «à un rythme soutenu», a ajouté Schildknecht. Le dispositif «situation exceptionnelle» reste en vigueur. Pour l'instant, le travail sur les lieux du crime, les analyses médico-légales, l’évaluation de nombreux témoignages ainsi que d’autres enquêtes visant à identifier les auteurs sont en cours.
Comment se déroule la traque des auteurs
Vers 14h00, la police partait de l'idée que le ou les auteurs avaient quitté la région et se trouvaient «quelque part en fuite». A leur arrivée sur place, les policiers ont d’abord tenté de sécuriser le secteur et d’empêcher d’éventuels auteurs encore présents de s’échapper, avant de constater qu’ils avaient vraisemblablement déjà pris la fuite.
Une vaste opération de recherche a dès lors été lancée à l’échelle nationale. Les recherches se poursuivent depuis dans toute la Suisse, avec le concours de l’Office fédéral de la police (Fedpol) et du Service de renseignement de la Confédération (SRC), ainsi que d’autres services de police cantonaux. La police allemande participe également aux opérations.
La mobilisation est massive. Dès les premiers appels d’urgence, vers 02h30, toutes les unités disponibles dans le canton ont été engagées, avant le déclenchement d’une mobilisation générale. «Pratiquement toute la police cantonale argovienne est sur le pont depuis des heures», a relevé Bernhard Graser. Les secours, les pompiers et l’unité cantonale d’intervention en cas de catastrophe (KKE) ont également été mobilisés, ainsi qu’un hélicoptère Super Puma de l’armée.
Un vaste périmètre a été bouclé autour de l’hippodrome, de la piscine et des installations sportives. Des contrôles de véhicules ont été effectués à Aarau et des véhicules blindés faisaient partie du dispositif, ont constaté des journalistes de Keystone-ATS. La présence policière a aussi été renforcée bien au-delà de la ville, des policiers armés ayant été aperçus sur l’autoroute jusqu’à une trentaine de kilomètres du lieu de la fusillade.
Les trois hypothèses privilégiées
A ce stade, la police envisage trois hypothèses: un attentat terroriste, une fusillade aveugle ou une activité criminelle inconnue, comme un règlement de comptes dans un milieu spécifique, a déclaré Michael Leupold.
Des images pourraient s’avérer précieuses. Or la police n’avait reçu dimanche après-midi que peu de vidéos ou de photos des événements. Elle a donc renouvelé son appel aux participants et aux témoins pour qu’ils lui transmettent leurs enregistrements.
Pour Bernhard Graser, l’ampleur de la fusillade est exceptionnelle. L’événement est, «par son caractère dramatique, certainement sans précédent sous cette forme ces dernières années», a-t-il déclaré.
Une ligne d’information a été mise en place par la police cantonale pour les proches et les témoins. (jzs/ats)
