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G7: encerclés toute la nuit par la police, des Romands racontent

«Il est 22h30, il fait nuit, il commence à faire froid. Pas de couverture, toujours pas à boire», nous raconte un témoin.
«Il est 22h30, il fait nuit, il commence à faire froid. Pas de couverture, toujours pas à boire», nous raconte un témoin.Image: keystone/watson

«Pour uriner, c’est humiliant»: encerclés toute la nuit, ils racontent

Près de 200 personnes, dont des enfants, se sont retrouvées encerclées durant près de 10 heures à Genève dimanche. Certaines assurent n’avoir même pas participé au défilé. Après des contrôles d’identité, la plupart ont été relâchées. D’autres, dont le porte-parole de la coalition No G7, ont été menottés puis emmenés en garde à vue. Témoignages.
15.06.2026, 20:3915.06.2026, 22:56

«Je suis ébranlée dans ma confiance envers nos autorités après la façon dont les forces de l’ordre nous ont ratés!» Suzy* semble encore sous le choc, après sa nuit blanche sur le béton du Quai Wilson. Habitante des Pâquis, elle avait participé pacifiquement dimanche après-midi, au défilé anti-G7 dans les rangs féministes. Fatiguée par la marche et la chaleur, elle dit avoir fait une pause en rentrant chez elle vers 18h30 pour se désaltérer.

«Je suis ensuite partie rejoindre des amis qui finissaient leur week-end au bord du Léman au parc de la Perle du Lac»
Suzy

Les policiers croisés sur le trajet ne l’auraient alors pas mise en garde de la situation ni des risques à se rendre dans ce parc. Le bruit des détonations et les cris proches de là? «Nous ne nous sommes pas sentis concernés, explique Suzy. Mais quand nous avons voulu rentrer chez nous en longeant le lac peu après 20h, nous avons été bloqués par un cordon d’agents en tenue antiémeute. Ils nous ont rassuré en disant de patienter, puis qu’ils nous indiqueraient par où passer pour s’en aller.»

L'histoire de Marco est similaire. Le Lausannois nous raconte être allé avec ses amis se poser au bord du lac après la manifestation, vers 18h30. Ils entendent les affrontements au loin. «Mais on est à l’écart, on mange un truc, on se baigne…» Vers 19h, ils décident de s’en aller. Une première sortie est bouchée.

«On nous dit de tenter la deuxième, mais des policiers arrivent en nombre. On retourne vers la première sortie, mais d’autres policiers encore plus nombreux coupent cette sortie, sans nous donner d’information.»
Marco

Dans le même temps, Suzy et ses amis se voient encerclés, eux aussi.

Le début de la nasse

Marco et ses camarades tentent de rejoindre les quais et tombent sur un barrage de police. Ils expliquent vouloir juste s'en aller, et s'entendent répondre par un policier «avec un sourire narquois»:

«On vous fait payer ce que vous nous avez fait avant»
Un policier à Marco et ses amis

Le Lausannois et ses amis sont nassés à leur tour. Des baigneurs avec leurs enfants sont aussi pris dans cette nasse policière. Vers 20h, selon Marco, des bouteilles d’eau sont distribuées aux policiers. Pas aux manifestants.

«Pour uriner, c’est humiliant: il y a juste une bande d’herbe. Certains mecs y vont, mais pour les filles, impossible sans marcher dans la pisse et être visible de tout le monde. Toujours pas d’infos. Alors on s’assied par terre, il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Et on attend…»
Marco

Son récit est corroboré par celui de Suzy. Les manifestants ne se connaissent pas, mais relatent les deux cette absence d'explications, d'eau, ou d'accès à des toilettes.

Vers 23h, on leur annonce qu’ils vont commencer à faire sortir les personnes âgées et les mineurs, trois par trois, toutes les 15-20 minutes. «On finit par nous donner de l’eau, sauf qu’il y a à peu près trois packs de six bouteilles pour 200 personnes.» Les heures passent, l'attente se prolonge pour Suzy, Marco et les autres personnes nassées.

«Les conditions sont abominables. A ce stade, tu ne peux que te résigner à subir la pression psychologique»

«Heureusement que des bénévoles du Team négociation de la manif nous donnaient de temps en temps des informations, ça nous a rassurés, tandis que des policiers nous donnaient soudain des consignes en suisse allemand», renchérit Suzy, pour qui tout a semblé excessif.

L'humiliation et les menottes

Les heures passent, les personnes contrôlées quittent la nasse au compte-gouttes . Marco n'est pourtant pas au bout de ses peines. «Quand on peut enfin avancer, l’humiliation continue. On nous fait vider nos sacs à même le sol. Le policier est debout, toi tu es par terre», raconte le Lausannois, qui met l'accent sur le manque d'empathie des officiers. «Quand enfin j’entre dans la tente, un policier me demande sur un ton amusé comment ça va. Je lui réponds que ça ne va pas.» Le Vaudois s'entend dire:

«Oh, ça pourrait être pire!»
Un policier à Marco

Les manifestants sont pris en photo, on vérifie leur identité. Marco est libéré de la nasse vers 4h, mais pas son amie, la députée vaudoise d'Ensemble à gauche, Mathilde Marendaz. Où l'ont-ils embarquée? Doit-il l'attendre? Les policiers restent muets. «Sur le trottoir, Monsieur», lui répond un agent en le poussant dehors.

La politicienne est embarquée dans un fourgon. «Le policier m'a reconnue et avait l'air satisfait de m’envoyer dans une zone de détention sans me donner d’explication. On m’a mis les menottes alors que je coopérais», raconte Mathilde Marendaz, qui souligne que l'officière, au poste, s'est montrée surprise de voir la jeune femme emmenée ici. «Elle ne comprenait pas comment, alors que j’avais une carte avec laquelle il était facile de m’identifier (réd: sa carte de députée), on a pu m’envoyer là.» Et de préciser que cette officière s'est montrée très correcte.

«Le procureur Olivier Jornot avait envie de se venger d’une manifestation historique»
Mathilde Marendaz, députée vaudoise d'Ensemble à Gauche

Pour la Vaudoise, cette nasse est avant tout un aveu ridicule de non-professionnalisme, qui l'interroge sur les dépenses publiques. «Il y avait tellement de policiers, comment se fait-il qu’ils nous ont fait attendre aussi longtemps? Qu’est-ce qui a justifié cette lenteur, à part nous rendre fous?»

«L'Etat a violé nos droits fondamentaux»
Mathilde Marendaz

La politicienne finit par être libérée. Pendant ce temps, l’attente sur le béton va durer, pour Suzy et les autres, jusqu’à 5h du matin.

La nuit de Teo Frei aussi fut longue. Militant politique et porte-parole médiatisé de la coalition No G7, il a fait partie des manifestants bloqués dans cette nasse policière sur le quai Wilson. Il nous affirme qu’il était alors occupé à faire du rangement dans le parc de la Perle du lac, avec les camionnettes de la manif et la cantine à démonter, quand le piège s’est refermé sur lui et ses acolytes.

«La police a alors expliqué que c’était pour identifier d’éventuels casseurs cachés parmi nous», décrit-il. Occupé à négocier avec des officiers durant la nuit, notamment pour laisser exfiltrer les mineurs et les personnes âgées, il a dû attendre 5h du matin, lui aussi, pour connaître un contrôle d’identité. Enfin libre?

«J’ai alors sans raison été menotté, fouillé, puis embarqué en fourgonnette avec d’autres jusqu’à l’Hôtel de police de la Gravière.»
Teo Frei, militant et et porte-parole de la coalition No G7

Une fois là-bas, il a encore enduré une attente dans le fourgon avant d’être transféré dans les locaux pour y être de nouveau fouillé, avec prise de photo et des empreintes digitales. «Aucun motif ni explication ne m’ont été donnés, aucune question posée, explique-t-il, et les policiers sur place semblaient gênés de la situation, voire mal à l’aise. C’était lunaire!» Il a finalement été libéré vers 7h du matin.

La police se défend

De son côté, la police genevoise a fait un point de la situation lundi après-midi. Dans un communiqué signé de la commandante Monica Bonfanti, il est indiqué que le dispositif de sécurité en place dimanche a «poursuivi son engagement afin de contenir les éléments perturbateurs, constitués en deux blacks blocs, impliqués dans les violences et les dégradations constatées.» Et ce après «la dissolution du cortège vers 18h20 survenue sur l’avenue Giuseppe-Motta et aux nombreuses injonctions de quitter les lieux émises par la police et transmises à l'organisatrice de la manifestation.»

Le but de cette manœuvre? Selon la police genevoise, «limiter la dispersion des individus violents, procéder aux contrôles d’identité nécessaires, interpeller les personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions et recueillir des moyens de preuve utiles aux enquêtes.» Parmi les plus de 500 personnes identifiées, 28 ont été acheminées dans les locaux de la police pour poursuivre les contrôles. A l’issue de ces vérifications, trois individus ont été arrêtés et auditionnés, avant d’être libérés.

Contacté par watson à propos des témoignages recueillis, le porte-parole de la police genevoise Alexandre Brahier tient à mettre les points sur les ii.

«Dès le moment où des tirs d’engins pyrotechniques et des jets de gravats contre les forces de l’ordre se produisent et que celles-ci ripostent, nous estimons que toutes les personnes présentes sur les lieux savent ce qui se passe et devraient évacuer. Qui plus est quand il s’agit de parents accompagnés d’enfants.»
Alexandre Brahier, porte-parole de la police genevoise

Alexandre Brahier souligne que les policiers se concentraient sur les centaines de blacks blocs agressifs. Mais ceux-ci se débarrassent ensuite de leurs survêtements noirs et se changent pour se noyer dans la foule, «ce qui rend la situation et les contrôles très complexes», explique-t-il. Le porte-parole de la police rappelle que l'évènement fera l’objet d’une analyse approfondie. Cela comprend aussi le temps écoulé entre l’annonce officielle faite par la police par mégaphone, à 21h40, que le contrôle d’identité allait débuter, et le commencement réel de celui-ci après 4h30 du matin.

Le message de la police à 21h40:

Vidéo: watson

Pourquoi une telle attente? No comment pour l’heure. Quant à la garde à vue et les menottes pour le coorganisateur Teo Frei, la police refuse d’expliquer ce qui s’est passé.

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