Suisse
Politique

Démission forcée de Stocker: «une décision du siècle dernier»

Démission forcée de Stocker: «une décision du siècle dernier». Le Tribunal fédéral a tranché: le conseiller aux Etats schaffhousois Simon Stocker doit quitter son poste en raison d'une controvers ...
Représenter Schaffhouse alors que sa femme et son enfant vivent à Zurich, c'est non pour le Tribunal fédéral.Image: keystone / dr

Le Tribunal fédéral accusé d'avoir pris «une décision du siècle dernier»

Le Tribunal fédéral a tranché: le conseiller aux Etats schaffhousois Simon Stocker doit quitter son poste en raison d'une controverse sur son lieu de résidence. Ses opposants accusent la plus haute instance judiciaire d'avoir rendu une décision déconnectée de la réalité des jeunes familles.
27.03.2025, 12:0027.03.2025, 12:00
Lea Hartmann / ch media
Plus de «Suisse»

Le verdict du Tribunal fédéral est amer pour Simon Stocker, et pas seulement en raison de ses conséquences pour lui et sa famille. Le politicien socialiste schaffhousois est contraint de renoncer du jour au lendemain à son siège au Conseil des Etats.

La raison? Il n'était pas domicilié dans son canton d'origine au moment de l'élection; sa femme et lui vivant entre deux domiciles, l'un dans le canton de Schaffhouse, l'autre à Zurich. Le politicien ne remplissait ainsi pas la condition stricte en matière d'éligibilité au Conseil des Etats qui est posée par le droit cantonal. Pour lui, cette décision constitue un rejet d'un modèle familial égalitaire.

Représenter le canton de Schaffhouse en politique alors que sa femme et son enfant vivent à Zurich: ce n'est pas autorisé, a tranché la plus haute instance judiciaire. Peu importe l'attachement de Stocker à son canton d'origine, les juges de Lausanne estiment qu'il ne respecte pas l'obligation de résidence. Selon la règle en vigueur, un couple marié doit avoir un domicile commun.

Stocker est loin d’être le seul à considérer cette règle obsolète. «Cette décision appartient à un autre siècle», estime la conseillère nationale verte-libérale bernoise Kathrin Bertschy.

«La Constitution fédérale garantit le droit au mariage et à la famille. Mais dans notre démocratie tant vantée, cela ne s’applique pas à ceux qui s’occupent d’enfants tout en exerçant un mandat politique.»

En pratique, cela signifie que le conjoint ou la conjointe doit renoncer à sa carrière, ou qu’un conseiller aux Etats doit choisir entre ses enfants et son mandat politique. Une telle règle empêche, selon elle, la démocratie de refléter véritablement la population.

Bientôt plus que des hommes âgés aux Etats?

L'ancienne conseillère aux Etats genevoise et présidente des Verts, Lisa Mazzone, critique elle aussi ce jugement: «Avec de telles décisions, il n’est pas surprenant que le Conseil des Etats se compose principalement d’hommes âgés.»

Lisa Mazzone, presidente des Vert-e-s Suisse, parle lors de l'assemblee des delegues du parti ecologiste Suisse, "Les Vert-e-s" ce samedi, 25 janvier 2025 a Peseux, Neuchatel. (KEYSTONE ...
Lisa Mazzone, présidente des Verts.Keystone

Alors que les conseillers nationaux peuvent résider en dehors du canton qu’ils représentent, de nombreux cantons, dont Genève, imposent une obligation de domicile aux conseillers aux Etats.

Mazzone, elle-même mère de deux enfants, estime que cette interprétation rigide de l'obligation de domicile est dépassée.

«Cela ne correspond plus à la réalité des familles d'aujourd'hui»

Elle ajoute que personne n'est élu sans avoir un fort ancrage dans son canton.

Faut-il supprimer l'obligation de résidence?

En 2023, la verte-libérale zurichoise Tiana Angelina Moser a elle aussi essuyé des critiques lorsqu'elle s'est portée candidate au Conseil des Etats. Bien qu'officiellement domiciliée à Zurich, son partenaire, Matthias Aebischer, alors conseiller national et aujourd’hui membre du Conseil communal de Berne, réside à Berne.

Ensemble, ils ont une fille, ainsi que trois enfants chacun issus de relations précédentes, répartis entre Zurich et Berne. Des voix anonymes l'ont accusée de n'être qu'une «Zurichoise à temps partiel».

Baptiste Hurni ne peut que hocher la tête face à de telles discussions. Le conseiller aux Etats socialiste neuchâtelois regrette que le Tribunal fédéral n’ait pas pris en compte l’évolution de la société ces dernières décennies. Lui aussi juge cette décision «très restrictive».

«Il ne m’appartient pas de juger les lois schaffhousoises, mais je pense que les cantons devraient mieux prendre en compte la réalité actuelle et réfléchir à l’obligation de domicile.»
Le s
Le socialiste Baptiste Hurni.Keystone

Stocker demande une modification de la loi

Dans le cas de Stocker, Lisa Mazzone s’étonne également que la volonté des électeurs schaffhousois n’ait pas été davantage prise en compte. Après tout, Stocker n’a jamais caché son lieu de résidence.

Il l'a lui-même souligné: avoir deux domiciles compliquait certes le quotidien, mais «nous avons toujours été fiers de la manière dont nous avons géré cette situation».

Selon lui, ce n’est pas tant la notion de domicile qui doit être repensée, mais le droit civil qui devrait «enfin» refléter la réalité. A savoir que même des couples mariés avec enfants peuvent avoir deux domiciles distincts.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

Voici à quoi pourrait ressembler la Suisse en 2085

1 / 10
Voici à quoi pourrait ressembler la Suisse en 2085
partager sur Facebookpartager sur X
Ceci pourrait également vous intéresser:
As-tu quelque chose à nous dire ?
As-tu une remarque pertinente ou as-tu découvert une erreur ? Tu peux volontiers nous transmettre ton message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
L'avocat de la famille de Marvin s'exprime pour la première fois
Watson a appris que la défense des intérêts de la famille du jeune Marvin, mort dans une course-poursuite avec la police, sera assurée par Me Ludovic Tirelli, déjà engagé dans l'affaire Nzoy.
Me Ludovic Tirelli est depuis jeudi l'avocat de la famille de Marvin, l'adolescent de 17 ans mort dans une course-poursuite avec la police lausannoise dans la nuit de samedi à dimanche. Me Tirelli défend par ailleurs les intérêts des proches de Roger Nzoy Wilhelm, ce Zurichois de 37 ans, métis d’origine sud-africaine, abattu le 30 août 2021 par un policier sur un quai de la gare de Morges, alors qu’il menaçait ce dernier d’un couteau, selon la version policière contestée par la partie civile.
L’article