«La Suisse devient un problème sécuritaire en Europe» et inquiète
La manifestation du 21 mai 1993 sur la Place fédérale est considérée comme historique. Pour la première fois dans l'histoire de la Suisse, les partisans de l'armée descendirent dans la rue à grande échelle. Jusqu'à 35 000 personnes défilèrent à travers Berne et sur la Place fédérale pour l'achat de 34 avions de combat F/A-18. La manifestation fut patriotique et respectueuse de l'ordre. Drapeaux, musique de marche et appels à ne pas renoncer à la capacité de défense de la Suisse dominaient.
33 ans plus tard, l'heure est à nouveau venue. Les associations de milice se mobilisent pour la deuxième grande manifestation en faveur de l'armée sur la Place fédérale. Le souhait du chef de l'armée, Benedikt Roos, est pour elles un ordre. Roos a évoqué, début avril, dans le journal de droite souverainiste alémanique Schweiz am Wochenende, l'idée d'une «marche pour la sécurité». L'Association des sociétés militaires suisses (ASM) s'empare désormais de cette passe décisive avec gratitude.
Un sentiment d'urgence sécuritaire
Stefan Holenstein, président de l'ASM, indique:
Les associations de milice envisagent, en s'appuyant sur l'idée du chef de l'armée, d'organiser une manifestation ou une démonstration pacifique sur la Place fédérale, indique le président Stefan Holenstein. Pour ce faire, elles appellent à la mobilisation également des tireurs et des agriculteurs.
Concertation sur l'approche à adopter
Stefan Holenstein rencontre le chef de l'armée Benedikt Roos à la mi-mai. Il précise:
Il va de soi que la direction de l'armée ne peut pas s'engager directement sur le plan politique. Stefan Holenstein ajoute: «Nous prenons volontiers cette partie en charge et serions intéressés à ce qu'elle nous conseille peut-être en coulisses.» Notamment dans le projet d'associer les sociétés d'officiers.
Sur un deuxième projet, les associations de milice et les sociétés d'officiers tirent déjà à la même corde. Stefan Holenstein poursuit:
Un article du journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung aborde également ce sujet: en Allemagne, on s'inquiéterait de la «vulnérabilité militaire de la Suisse». D'autant plus que la Suisse est considérée, avec son poste de transformation à Laufenburg (AG), comme la plaque tournante de l'électricité en Europe.
Des craintes partagées par le Conseil fédéral
Pour la première fois, l'ensemble du Conseil fédéral parle également sans détour de la situation difficile de la Suisse en Europe. «L'érosion de la sécurité en Europe accroît les attentes des partenaires en matière de politique de sécurité quant aux contributions de la Suisse», écrit-il dans son rapport de mercredi sur l'évaluation annuelle de la situation des menaces.
«D'une part, la Suisse doit apporter une contribution plus importante à la sécurité européenne.» D'autre part, elle doit soutenir les efforts des Etats occidentaux pour contrer la prolifération et l'espionnage.
Le gouvernement va même jusqu'à mettre en garde contre des sanctions européennes dans son rapport:
De tels avertissements n'avaient jamais été entendus de la part de l'ensemble du Conseil fédéral ces dernières années. «La situation va devenir inconfortable pour nous sur le plan international», abonde Stefan Holenstein, président de l'ASM. «Mais peut-être que la pression internationale croissante aura un effet salutaire.»
