Suisse
Politique

Les défenseurs de l’armée suisse préparent quelque chose

Le 21 mai 1993, une foule manifeste sur la Place fédérale à Berne, en soutien à l'armée.
Le 21 mai 1993, une foule a manifesté sur la Place fédérale à Berne en soutien à l'armée.Image: Keystone

«La Suisse devient un problème sécuritaire en Europe» et inquiète

La Suisse devient un risque sécuritaire en Europe. En réaction, les associations de milice suisses se mobilisent en vue d'une grande manifestation de soutien à l'armée à Berne.
11.05.2026, 21:0811.05.2026, 22:28
Othmar von Matt / ch media

La manifestation du 21 mai 1993 sur la Place fédérale est considérée comme historique. Pour la première fois dans l'histoire de la Suisse, les partisans de l'armée descendirent dans la rue à grande échelle. Jusqu'à 35 000 personnes défilèrent à travers Berne et sur la Place fédérale pour l'achat de 34 avions de combat F/A-18. La manifestation fut patriotique et respectueuse de l'ordre. Drapeaux, musique de marche et appels à ne pas renoncer à la capacité de défense de la Suisse dominaient.

33 ans plus tard, l'heure est à nouveau venue. Les associations de milice se mobilisent pour la deuxième grande manifestation en faveur de l'armée sur la Place fédérale. Le souhait du chef de l'armée, Benedikt Roos, est pour elles un ordre. Roos a évoqué, début avril, dans le journal de droite souverainiste alémanique Schweiz am Wochenende, l'idée d'une «marche pour la sécurité». L'Association des sociétés militaires suisses (ASM) s'empare désormais de cette passe décisive avec gratitude.

Le commandant de corps Benedikt Roos, chef de l'armée.
Le commandant de corps Benedikt Roos, chef de l'armée.Image: Annette Boutellier

Un sentiment d'urgence sécuritaire

Stefan Holenstein, président de l'ASM, indique:

«Nous débattons depuis très longtemps, depuis quatre ans, de moyens financiers supplémentaires pour l'armée. Maintenant, nous voulons augmenter la pression. L'urgence croît de façon dramatique. Nous sommes très inquiets, en colère et frustrés à la fois. Il faut que les choses bougent enfin.»

Les associations de milice envisagent, en s'appuyant sur l'idée du chef de l'armée, d'organiser une manifestation ou une démonstration pacifique sur la Place fédérale, indique le président Stefan Holenstein. Pour ce faire, elles appellent à la mobilisation également des tireurs et des agriculteurs.

«Nous voulons enfin réveiller la population et lui montrer que nous ne sommes pas prêts pour une situation de crise réelle.»
Stefan Holenstein
Stefan Holenstein, président de l'Association des sociétés militaires suisses (VMG).
Stefan Holenstein, président de l'Association des sociétés militaires suisses (ASM).Image: Keystone / Anthony Yanex

Concertation sur l'approche à adopter

Stefan Holenstein rencontre le chef de l'armée Benedikt Roos à la mi-mai. Il précise:

«Nous voulons également discuter avec lui du type de rassemblement qui pourrait créer la plus grande valeur ajoutée pour notre cause commune.»

Il va de soi que la direction de l'armée ne peut pas s'engager directement sur le plan politique. Stefan Holenstein ajoute: «Nous prenons volontiers cette partie en charge et serions intéressés à ce qu'elle nous conseille peut-être en coulisses.» Notamment dans le projet d'associer les sociétés d'officiers.

Sur un deuxième projet, les associations de milice et les sociétés d'officiers tirent déjà à la même corde. Stefan Holenstein poursuit:

«Nous examinons sérieusement la possibilité de lancer une initiative pour inscrire dans la Constitution que les dépenses militaires devront à l'avenir représenter au moins 2,5% du produit intérieur brut (PIB).»
«La situation de la Suisse est très grave: en matière de sécurité, nous sommes en Europe les derniers dans le cortège et sommes considérés comme des passagers clandestins. La Suisse devient ainsi un problème sécuritaire en Europe.»

Un article du journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung aborde également ce sujet: en Allemagne, on s'inquiéterait de la «vulnérabilité militaire de la Suisse». D'autant plus que la Suisse est considérée, avec son poste de transformation à Laufenburg (AG), comme la plaque tournante de l'électricité en Europe.

Des craintes partagées par le Conseil fédéral

Pour la première fois, l'ensemble du Conseil fédéral parle également sans détour de la situation difficile de la Suisse en Europe. «L'érosion de la sécurité en Europe accroît les attentes des partenaires en matière de politique de sécurité quant aux contributions de la Suisse», écrit-il dans son rapport de mercredi sur l'évaluation annuelle de la situation des menaces.

«D'une part, la Suisse doit apporter une contribution plus importante à la sécurité européenne.» D'autre part, elle doit soutenir les efforts des Etats occidentaux pour contrer la prolifération et l'espionnage.

Le gouvernement va même jusqu'à mettre en garde contre des sanctions européennes dans son rapport:

«La neutralité pourrait être davantage remise en question si les efforts de la Suisse sont jugés insuffisants. D'autres Etats pourraient recourir à divers moyens, notamment en utilisant leurs services de renseignement, en imposant des sanctions contre des entreprises et institutions suisses, ou en excluant des acteurs suisses des partenariats de recherche et développement.»

De tels avertissements n'avaient jamais été entendus de la part de l'ensemble du Conseil fédéral ces dernières années. «La situation va devenir inconfortable pour nous sur le plan international», abonde Stefan Holenstein, président de l'ASM. «Mais peut-être que la pression internationale croissante aura un effet salutaire.»

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