Suisse
Politique

Les Verts misent sur le nucléaire pour leur retour

Les Verts ne sont plus «sexy» et misent sur le nucléaire

Balthasar Glaettli, Parteipraesident Gruene, Mitte, spricht an der Seite von Aline Trede, Nationalraetin GP-BE, und Lisa Mazzone, Staenderaetin GP-GE, waehrend einer Medienkonferenz der Gruenen am Wah ...
Aline Trede, Lisa Mazzone et Balthasar Glättli façonnent la politique fédérale des Verts.Keystone
Les Verts perdent plus souvent que n’importe quel autre parti, et voient maintenant partir leurs figures les plus importantes de la Berne fédérale. Paradoxalement, le retour en grâce de l’énergie nucléaire redonne un peu d’espoir au parti.
20.03.2026, 18:5420.03.2026, 18:54
Julian Spörri
Léonie Hagen

Plus de 33 000 personnes se sont inscrites sur le site des Verts pour faire capoter le paquet d’économies de la Confédération. Les Verts ont aussi déjà récolté quelques milliers de francs: pour 60 francs, on pouvait soutenir via Twint ou carte de crédit la préparation de feuilles de signatures; pour 100 francs, la mise en place d’un comité. En pure perte.

En début de semaine, les Verts ont annoncé à la surprise générale qu’ils renonçaient à lancer le référendum. Certes, ils ont souligné que la seule menace de cette démarche avait permis d’obtenir d’importantes concessions dans le domaine de l’environnement et du climat dans le cadre du paquet d’allègement budgétaire 2027. Il n’en reste pas moins l’impression d’un parti qui s’est beaucoup avancé, avant de devoir faire marche arrière.

Les Verts perdent plus que les autres partis suisses

C’est tout ce qui manquait encore à un parti déjà en difficulté: lors des dernières élections nationales de 2023, sa part d’électeurs a déjà reculé de 3,4 points. Depuis, les Verts ont perdu 25 sièges lors des élections cantonales, soit plus que n’importe quel autre parti. Il y a encore deux semaines, ils ont cédé deux mandats à Nidwald. Même dans les villes, leurs bastions, ils sont sous pression: à Zurich, début mars, ils ont perdu quatre de leurs 18 sièges au parlement municipal; à Lausanne, neuf sur 24. Le parti a-t-il touché le fond?

Il est difficile de dire dans quelle mesure le référendum finalement non lancé contre le paquet d’allègement dit quelque chose de la force de frappe des Verts, estime Lukas Golder. Il est codirecteur de l’institut de sondage gfs.bern. Dans l’ensemble, les Verts ont engrangé de nombreux succès durant cette législature, dit-il, mais le plus souvent en collaboration avec le PS. Or celui-ci joue, en matière de campagnes, «dans une tout autre catégorie».

Le PS était encore récemment en progression électorale, et en Suisse romande, des partis situés plus à gauche ont eux aussi ravi des sièges aux Verts. Mais ils ne compensent pas entièrement les pertes subies dans le camp de gauche. Globalement, la part électorale des Verts dans les cantons s’est stabilisée autour de 10%. C’est certes un recul par rapport aux années précédentes. Mais ils restent nettement au-dessus de leur niveau d’avant «la vague verte» de 2019, et pas si loin du Centre et du PLR.

Des cadres des Verts quittent Berne

Dans le même temps, les Verts marquent des points lors des élections à l’exécutif. L’ancien président du parti, Balthasar Glättli, a conquis un troisième siège pour les Verts au sein de l’exécutif de la ville de Zurich, composé de neuf membres, et quitte donc son mandat au Conseil national. A Genève, l’ancien conseiller national Nicolas Walder est parvenu à conserver le siège gouvernemental détenu par les Verts. La cheffe du groupe parlementaire, Aline Trede, se présente fin mars avec de bonnes chances au gouvernement bernois. Ces succès locaux provoquent une véritable saignée à la Berne fédérale. Le groupe perd des figures de premier plan.

Mais les Verts veulent y voir un signe positif. Le groupe écologiste sous la Coupole fédérale est manifestement une «pépinière de cadres», avance Aline Trede. La situation serait moins difficile qu’en 2019, lorsque les deux tiers du groupe avaient fait leur entrée au Parlement fédéral. D’ici aux élections de 2027, il resterait en outre suffisamment de temps pour se réorganiser et permettre aux nouveaux venus de se faire un nom.

Avec le départ du Soleurois Felix Wettstein, spécialiste des finances, le parti perd encore une figure dirigeante. Il ne reste au groupe qu’un petit nombre de personnalités déjà connues du grand public. Parmi elles figurent Franziska Ryser, Mathias Zopfi et Gerhard Andrey. Tous sont réputés pour leur esprit de compromis et travaillent en coulisses, au-delà des frontières partisanes. Un contraste avec la direction du parti, très offensive sous la présidence de Lisa Mazzone, qui avait annoncé une «législature référendaire».

Mais elle n’est pas, par principe, hostile aux négociations, souligne Lisa Mazzone. Lorsqu’elle siégeait encore au Conseil des Etats, elle s’était elle aussi distinguée par une politique orientée vers le compromis, notamment en matière d’énergie. Mais sous la présidence de Balthasar Glättli, le Parlement n’a jamais été aussi vert, insiste-t-elle:

«Dans cette situation, il était tout à fait possible de trouver des compromis. Aujourd’hui, nous combattons des reculs.»

Le débat sur le nucléaire peut-il provoquer le retournement?

La réalité politique a changé. Son opposition n’est pas une fin en soi, dit Lisa Mazzone. Elle parle d’un backlash qui ne touche pas seulement les questions climatiques et les femmes. Les Verts doivent, selon elle, s’y opposer de toutes leurs forces.

En Suisse, les questions qui préoccupent le plus la population sont actuellement celles liées à la sécurité. A droite, cette notion est associée à la migration et à l’armée; à gauche, à la sécurité financière et au pouvoir d’achat. «Les grandes visions et les thèmes d’avenir comme la politique climatique passent à l’arrière-plan», explique Lukas Golder.

Les Verts rejettent pourtant toute correction de cap:

«Nous restons fidèles à nos thèmes centraux. Ils sont moins sexy qu’en 2019, mais restent très haut dans le baromètre des préoccupations.»
Balthasar Glättli

Il demande toutefois que les Verts articulent davantage les enjeux climatiques et environnementaux avec les débats politiques du moment. Par exemple, en défendant plus nettement le développement des énergies renouvelables au nom de la sécurité d’approvisionnement, avec en toile de fond le gaz russe et le pétrole iranien.

Au sein du parti, on espère aussi que le retour en grâce de l’énergie nucléaire, décidé récemment par le Conseil des Etats, pourrait lui profiter. Le thème sur lequel les Verts se sont construits revient sur le devant de la scène, parce que l’initiative Blackout sera soumise au vote et qu’un contre-projet veut lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales. La cheffe du groupe parlementaire, Aline Trede, abonde:

«Sur le fond, cette évolution est négative, mais elle montre à quel point les Verts sont nécessaires, et nos membres sont déjà entièrement mobilisés.»

Cette perspective doit toutefois être prise avec prudence. Il se peut très bien que la question du nucléaire ne soit pas encore décisive pour les élections, estime le politologue Lukas Golder. Et même si le nucléaire devait redonner de l’élan aux Verts, ce ne serait qu’une moitié de réponse. Car, au-delà de leur politique d’opposition, ils devraient encore montrer comment ils entendent aujourd’hui imposer seuls leurs positions, non seulement contre les reculs, mais aussi en faveur de leurs propres visions. (trad. hun)

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