Soupçonné d'être un baron de la drogue international, il est arrêté en Suisse
Le 28 avril 2026, la Suisse connaissait la première infiltration de la police fédérale (Fedpol) par une organisation criminelle internationale. Elle communiquait alors sur l’arrestation de six personnes, soupçonnées d’être membres ou d’avoir soutenu cette structure active dans le trafic de stupéfiants.
Mais depuis quelques jours, de nombreuses autres polices communiquent sur des opérations ayant aussi eu lieu le 28 avril: la police vaudoise, Europol, le gouvernement nigérian, la police zurichoise… Une instance mentionne la confraternité nigériane Black Axe, une autre des ressortissants Nigérians et des agences de transfert de fonds, la troisième la taupe au sein de Fedpol… Ces affaires ont peut-être un point en commun, le mécanisme de blanchiment d’argent, par exemple. Ou peut-être pas. Le Ministère public de la Confédération (MPC) nous a précisé ne pas pouvoir répondre à cette question. Interrogée, la police vaudoise n'a pas répondu à nos questions.
Quoiqu'il en soit, ce fameux 28 avril 2026, la Suisse a arrêté un Nigérian soupçonné d'être un baron de la drogue, lors d’une enquête ayant impliqué la police cantonale vaudoise et conduit à l’arrestation d’une personne dans ce canton.
Installé en Suisse
Pull noir et petit sac à dos de voyageur, sur la photo publiée par la presse nigériane, il a l’air d’un citoyen lambda. Il est pourtant en Suisse au moins depuis 10 ans avec diverses sociétés de services bancaires, une agence de voyages et plusieurs adresses à Berne, Zurich et Lucerne.
Selon ses publications Facebook, l’homme voyage beaucoup: en Autriche, en Belgique, aux Etats-Unis, au Portugal, en Grèce. Deux jours avant son arrestation, il postait encore sur les réseaux sociaux des images de ses enfants jouant au soleil au bord de l’Aare, à Muri, dans le canton de Berne. Il aime aussi se photographier en train de randonner dans les lieux emblématiques de Suisse alémanique ou se filmer avec ses amis sur le gazon d'une villa très chic sur les hauteurs d'un plan d'eau. Il semble être marié et son épouse d’origine polonaise siège dans l’une de ses sociétés de transfert de fonds, inscrite au registre du commerce suisse.
Des hôtels de luxe au Nigeria
Voilà ce que l’on devine de sa vie en Suisse. Au Nigeria, l’homme est propriétaire de plusieurs hôtels de luxe. Un lodge dans la ville d’Agbor, inauguré en janvier 2025, avec un club où ont lieu des concerts et des défilés de lingerie. Un autre établissement du même nom dans la ville d’Asaba: une piscine, un bar et le métro tout près et, enfin, des appartements de vacances chics à Abuja.
Ces biens immobiliers, ainsi que «des comptes bancaires et des portefeuilles de cryptomonnaie d'une valeur de plusieurs milliards de Naira (réd. plusieurs dizaines de millions d’euros), ont été tracés et bloqués» au Nigeria, selon les publications de la Nigerian Armed Forces & Military News, l'armée nigériane.
Une enseigne suisse de transfert de fonds
En effet, l’homme est lié à une enseigne de transfert de fonds dont le siège est à Zürich et qui a pignon sur rue dans de nombreuses villes suisses. Elle se présente comme une entité officielle et autorisée pour ce type de service.
On en trouve plusieurs à Lausanne et à Genève, une dans un afroshop de Sion (VS), dans un autre magasin africain de Bex (VD), à Orbe (VD), dans la rue de Bâle emblématique du trafic de stupéfiants, à Aarau, à Zürich…
Dirigée par des nationalités très diverses
Dans le conseil d’administration de cette société œuvrent des hommes et des femmes de nationalités très diverses. Un indien spécialiste de la blockchain. Une femme qui semble avoir des liens avec le Brésil. Un Turc d'origine qui a déjà exercé les fonctions de gérant de discothèque, de négociant en import-export et de fiduciaire immobilier.
La figure centrale présentée dans l'article ci-dessus serait un Russe d'origine qui vit en Hongrie depuis quelques années et qui, selon des documents récents, a acquis la nationalité roumaine. Ce juriste de formation est spécialisé dans le transfert de fonds, même dans des situations complexes. Il aurait racheté cette société existante en 2020 et en aurait modifié le nom.
Une enquête en terres vaudoises
Le lien entre le baron Nigérian et l’enseigne de transfert de fonds est avéré par des partages d’adresse, par des publications sur les réseaux sociaux dans lesquels il indique les taxes perçues pour un transfert de fonds vers le Nigeria mais aussi, si on lit entre les lignes, par un communiqué de presse de la police cantonale vaudoise publié le 11 mai.
L'opération en question a impliqué les cantons de Vaud, Berne, Soleure, Zurich, Saint-Gall et Lucerne, mais aussi le Nigeria, Europol, la France et la Grèce.
Les personnes arrêtées au Nigeria sont deux femmes, dont l'une est probablement la fille du potentiel baron de la drogue. Selon les informations récoltées par CH-Media (groupe auquel appartient Watson), cette agence de transfert de fonds serait une enseigne utilisée par des personnes de nationalités très différentes et soupçonnées d'avoir servi à blanchir des fonds à très grande échelle. Elle serait liée à l'affaire de la taupe soupçonnée d’avoir infiltré Fedpol pour le compte d’une organisation criminelle active dans le trafic de stupéfiants et arrêtée, elle aussi, le 28 avril. Cette personne serait un ancien agent de la police bâloise.
