Suisse à 10 millions: la «propagande» de Beat Jans met l'UDC en colère
C'est l'heureuse conclusion d'une campagne de votation intense, et le conseiller fédéral Beat Jans en a profité pour s'exprimer non pas sur les résultats, mais sur tout autre chose: «Le Conseil fédéral se réjouit du taux de participation élevé.» Celui-ci montrerait que la démocratie est vivante en Suisse. Près de 59% du corps électoral s'est rendu aux urnes, un taux rarement atteint.
La participation n'a pas été élevée seulement dans les villes. A Schwyz, à Obwald et à Zoug, deux électeurs sur trois ont voté. Les deux Appenzell, Lucerne, Nidwald et Uri atteignent eux aussi des taux presque aussi élevés.
Et pourtant, c'est finalement le résultat qui compte: 55% des votants ont rejeté l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions». Beat Jans a commenté la chose avec sobriété, en choisissant les mêmes mots en allemand, en français et en italien:
Une formulation soignée. Il ne souhaite manifestement pas offrir de nouvelle prise aux critiques. Tout juste précise-t-il qu'avec ce «oui», la Suisse montre clairement qu'elle entend poursuivre la voie bilatérale.
Une campagne qui suscite les critiques de l'UDC
Le poids qui se libère de ses épaules, Beat Jans ne le laisse pas paraître dimanche soir. Il sort de semaines éprouvantes. Au cours des quatre derniers mois, le conseiller fédéral a sillonné la Suisse, donnant des conférences dans l'aula du collège cantonal du Burggraben, à Saint-Gall, à l'hôtel Schweizerhof à Lucerne, mais aussi dans l'émission Arena de la télévision suisse alémanique ou devant la chambre de commerce des deux Bâle.
S'il a chaque fois donné à son message une touche de couleur locale, le fond restait toujours le même: l'initiative de l'UDC met en danger la prospérité et la sécurité de la Suisse.
Ses nombreuses apparitions ont suscité des résistances, et l'UDC n'a pas goûté cette forte présence. Le parti l'a exprimé à plusieurs reprises. Lors d'un débat à Lucerne, le conseiller national UDC, Thomas Aeschi, s'est emporté contre la «propagande illégale des autorités». Avant même d'exposer ses premiers arguments, Thomas Aeschi n'a pas mâché ses mots à l'encontre du conseiller fédéral Beat Jans.
Ce n'est pas la seule critique formulée par l'UDC. Sur le fond, le parti a dénoncé des «fake news». Il s'est en outre offusqué non seulement de l'étude sur les problèmes de financement de l'AVS en cas de restriction de l'immigration, mais aussi des déclarations relatives à l'effondrement du système de santé. Mais ce qui a surtout irrité l'UDC, c'est l'affirmation de Beat Jans selon laquelle le Conseil fédéral UDC, Guy Parmelin, rejetait lui aussi l'initiative des 10 millions.
En effet, Guy Parmelin s'était montré critique très tôt à l'égard de l'initiative de son propre parti. Dans une interview accordée au Sonntagszeitung, le ministre de l'économie avait déjà soulevé, en décembre, «les risques de l'initiative pour l'économie», celle-ci étant formulée de manière trop «rigide».
Le silence comme stratégie
L'UDC a dès lors persisté en affirmant que les mots de Guy Parmelin n'étaient pas une opinion personnelle, mais qu'il se devait de représenter l'avis de la majorité du Conseil fédéral.
Les deux conseillers fédéraux n'ont pas voulu trancher ce différend lors de la conférence de presse d'hier non plus. Guy Parmelin a indiqué qu'en Romandie, le dicton dit: «Qui répond, appond.» Celui qui réagit à une rumeur ne fait que l'attiser davantage. C'est pourquoi le Conseil fédéral ne commente pas ce qui a été discuté ou décidé lors de ses séances.
Face à la critique, Beat Jans a rappelé qu'«il est important que le Conseil fédéral s'engage sur une question aussi importante.» Ce faisant, il s'en tiendrait au bon mot de son collègue Guy Parmelin:
Du côté des opposants à l'initiative, l'engagement du Conseil fédéral est tout à fait apprécié. Jusque dans les rangs du PLR, certaines voix se montrent reconnaissantes pour les nombreuses apparitions de Beat Jans. Il aurait ainsi porté le message du Conseil fédéral et du Parlement jusqu'à la population.
Certes, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Certains estiment que le conseiller fédéral aurait plutôt nui à la cause, que sa prestation aurait manqué d'assurance et que ses réponses n'auraient pas été suffisamment précises. Ceci étant, la votation est passée. On peut reprocher bien des choses à Beat Jans, mais difficilement un manque d'engagement.
