Suisse à 10 millions: l'UDC veut déterrer un système controversé
Le 14 juin se tiendra une votation cruciale pour la Suisse. Si l'on en juge par les budgets de campagne, les commentaires en ligne et le nombre de clics sur les articles, l'initiative de l'UDC contre une Suisse à 10 millions d'habitants s'annonce décisive pour l'orientation du pays.
Pourtant, l'UDC se montre particulièrement modéré sur le sujet. Alors qu'il tapissait autrefois la Suisse d'affiches aux moutons noirs, le parti adopte désormais une posture presque conciliante. Le visuel représentant une barrière de passage à niveau devant le Cervin rappelle la couverture d'un livre pour enfants, et ne porte, notons-le, même pas le logo du parti. Mais cela correspond à une stratégie bien pensée.
Même verbalement, le président de l'UDC Marcel Dettling et ses alliés sortent rarement la grande artillerie. Dans les interviews, ils parlent de lits d'hôpitaux insuffisants, de trains bondés et d'espaces verts bétonnés, mais s'abstiennent de slogans du type «La barque est pleine», comme en 2014 lors de l'initiative contre l'immigration de masse. Cela permet au projet de ratisser jusqu'aux électeurs du Centre, voire à ceux des Verts et du PS.
Une initiative dont la mise en œuvre questionne
Le ton est cependant bien différent en coulisses. Lorsque la direction de l'UDC a présenté son initiative devant la Commission des institutions politiques du Conseil national il y a environ un an, le vocabulaire était nettement plus dur: Dominik Ledergerber, président de l'UDC Zurich, mettait alors en garde contre l'«emprise étrangère», et Dettling contre les «requérants d'asile» qui violaient des femmes.
Alors que des professeurs de droit constitutionnel s'interrogent dans la NZZ sur l'interprétation du texte d'initiative, formulé de manière relativement vague, l'UDC avançait dès 2025 une proposition explosive lors de la séance de commission: le retour aux contingents d'étrangers, tels que la Suisse les connaissait entre 1948 et 2001, c'est-à-dire avant l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'Union européenne.
A l'époque, environ 50 000 travailleurs étrangers entraient en Suisse chaque année, a relevé le conseiller national UDC bernois Thomas Knutti. «Serait-ce une voie envisageable pour la mise en œuvre de l'initiative?», a-t-il voulu savoir auprès de ses collègues de parti.
«Le contingentement instaurait de l'ordre; cela a fonctionné», a répondu Dettling. Et Ledergerber d'ajouter:
Aujourd'hui, l'UDC parle de 40 000 personnes qu'elle souhaiterait laisser entrer en Suisse à l'avenir.
L'UDC fait ainsi allusion au régime des travailleurs étrangers qui engendra de fortes tensions en Suisse. Le statut de saisonnier était considéré comme particulièrement problématique: les travailleurs étrangers temporaires n'avaient pas le droit de faire venir leur famille, ce qui engendrait de graves problèmes sociaux. Les enfants vivaient soit séparés de leurs parents, soit cachés en Suisse, rendant toute intégration impossible.
L'économie déplorait elle aussi la bureaucratie et la rigidité des quotas, jugés arbitraires et inadaptés au commerce mondialisé. Ce n'est qu'avec l'accord sur la libre circulation conclu avec l'UE en 2002 que cette réglementation a disparu.
Le peuple a déjà dit oui aux contingents
En public, l'UDC évite toute référence à cette époque qui valut à la Suisse de vives critiques au niveau international. «Un système rigide de contingents n'est pas ce que nous visons pour le moment», a expliqué il y a quelques jours seulement le vice-président de l'UDC, Franz Grüter, dans une interview. Il a ensuite clarifié:
Il a tout de même rappelé qu'en acceptant l'initiative contre l'immigration de masse, la Suisse avait déjà dit oui une fois à des «contingents et des nombres maximaux» pour le séjour des étrangers.
De fait, l'UDC lorgnait déjà à l'époque vers le passé. Le président de l'UDC de l'époque, Toni Brunner, expliquait publiquement dans une interview accordée à la NZZ en novembre 2013:
