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Suisse à 10 millions: Beat Jans a tué le débat

Beat Jans a tué le débat sur la Suisse à 10 millions
Beat Jans regarde de haut l'initiative contre une Suisse à 10 millions d'habitants.Keystone
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Avec ses mots, Beat Jans a tué le débat

Le conseiller fédéral a coupé court à toute discussion en niant la légitimité de l’initiative UDC sur l’immigration en la traitant d'«anti-Suisse». Alors que le patron de la Migros, lui, s'est mouillé en prônant le débat.
02.05.2026, 17:2302.05.2026, 17:51
Patrik Müller / ch media

Dans le débat politique – comme dans toute discussion, que ce soit au travail ou à la table familiale – ce sont les arguments qui comptent. Pour cela, il faut des mots. Mais tous les mots ne sont pas des arguments. Certains sont des verdicts.

«Anti-Suisse» est l'un de ces mots. Le conseiller fédéral socialiste Beat Jans a déclaré dans les colonnes de CH Media (éditeur de watson), à propos de la votation sur la Suisse à 10 millions:

«L’initiative de l’UDC est une initiative extrême et anti-Suisse, qui attaque frontalement la voie bilatérale»

Si quelque chose est anti-Suisse, il n’est plus nécessaire d’en débattre. Le jugement est rendu.

L’ancien conseiller aux Etats PLR Ruedi Noser a, lui aussi, utilisé pas moins de 6 fois le terme «anti-Suisse» pour attaquer la ministre des finances Karin Keller-Sutter. Il écrivait ainsi à propos de sa collègue de parti, lorsqu’elle défendait la régulation d’UBS:

«Restreindre délibérément une entreprise privée de cette manière est anti-Suisse»

Peut-être les politiciens utilisent-ils ce mot sans y réfléchir, révélant ainsi une manière de penser plutôt discutable. Beat Jans ne se contente pas de qualifier l’initiative – qui recueille actuellement 52% d’approbation selon les sondages – de fausse ou absurde, il lui dénie sa légitimité.

Qu’est-ce qui l’y autorise? Ruedi Noser, lui, n’argumente pas sur le fond, mais présente en quelque sorte Karin Keller-Sutter comme une traîtresse à la patrie. Qui pense-t-il être?

C’est précisément un non-politicien qui démontre qu'une autre façon de faire est possible. Le directeur de Migros, Mario Irminger, paraissait légèrement tendu lorsque nous l’avons rencontré pour un entretien.

Car, pour une fois, il ne s’agissait pas de l’entreprise qu’il connaît sur le bout des doigts, mais de la votation pour une l'intitiave «Pas de Suisse à 10 millions». Les dirigeants économiques qui s’expriment en politique évoluent sur un terrain glissant.

Mario Irminger a toutefois évité les jugements à l’emporte-pièce. Il a expliqué ce que signifierait un oui à l’initiative pour Migros et pour les consommateurs. Il a précisé ne vouloir dire à personne comment voter. Il souhaite simplement exposer les conséquences. C’est ainsi que fonctionne la démocratie.

Il est tout aussi suisse ou antisuissess de voter oui ou non à l’initiative, d’être pour ou contre la régulation d’UBS. Tout le reste relève de la prétention. Ou, pour reprendre un trait d’esprit du célèbre historien Edgar Bonjour: «Il est antisuissesse d’être suisse.» (adapt. dal)

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