«200 francs, ça suffit»: Rösti dresse un scénario catastrophe pour la SSR
Lorsqu'il siégeait au Conseil national, Albert Rösti (UDC) avait récolté des signatures en faveur de l'initiative pour la réduction de la redevance SSR. Désormais conseiller fédéral, il met en garde avec insistance contre ce texte.
A la différence des responsables de la SSR, il ne se limite toutefois pas à des avertissements généraux sur les lourdes pertes qu'encourrait la Suisse.
De nombreux emplois menacés
Mercredi à Berne, Albert Rösti a déclaré devant les médias qu'en cas de oui le 8 mars, la SSR devrait supprimer 3000 postes. Le service public audiovisuel compte actuellement 5730 équivalents plein temps.
Dans une documentation présentée par le département de Rösti, il est indiqué que 3000 emplois supplémentaires disparaîtraient dans d'autres entreprises. Les auteurs, les acteurs, les sociétés de production de l'industrie audiovisuelle, ainsi que les secteurs de la construction et de l'hôtellerie-restauration seraient touchés par une baisse de la redevance à 200 francs.
Le département arrive ainsi à un total de 6000 emplois qui seraient directement menacés. Un chiffre très élevé. Mais le scénario négatif esquissé par le conseiller fédéral responsable de la politique médiatique et des télécommunications va encore plus loin.
Des fermetures de studios SSR en cascade
Le conseiller fédéral évoque la «concentration de la SSR sur un site central: à Zurich». Les studios régionaux de Berne, Bâle, Lucerne, Aarau, Saint-Gall, Soleure ou Schaffhouse seraient presque impossibles à financer. Il resterait peut-être assez de moyens pour maintenir un site en Romandie, mais, en Suisse alémanique, la SSR ne serait probablement présente qu'à Zurich.
Par ses propos, Rösti voulait faire passer un message clair: si les partisans de l'initiative affirment que la SSR pourrait continuer plus ou moins comme avant en cas de oui à la proposition des 200 francs, c'est faux.
Le conseiller fédéral en charge des médias a également évoqué les coupes dans les programmes à prévoir. En cas de oui, il faudrait s'attendre à une «réduction sensible» dans tous les domaines: information, culture, divertissement et sport. L'offre télévisuelle de la SSR deviendrait moins attractive, ce qui pourrait entraîner un transfert des budgets publicitaires à l'étranger.
Rösti a rappelé le «contre-projet mesuré du Conseil fédéral»: la redevance serait réduite à 300 francs d'ici 2029, et 80% des entreprises suisses en seraient alors exemptées. La SSR devrait, avec ces dispositions, économiser 17% de son budget.
Un déséquilibre dans la couverture médiatique
Le Conseil fédéral a rejeté catégoriquement le plan avancé par différentes instances, consistant à compenser la perte de recettes par des fonds publics. L'argument: le mandat de prestations de la SSR resterait initialement inchangé même en cas de oui, et le service public aurait donc besoin d'argent supplémentaire. Rösti a souligné:
Si les électeurs approuvent l'initiative, la SSR devra se contenter d'environ la moitié de ses ressources actuelles.
Dans son plaidoyer pour la SSR, Rösti a également laissé transparaître une critique: il a le sentiment que l'équilibre et l'objectivité ne sont pas toujours garantis dans les programmes. Les partisans de l'initiative des 200 francs reprochent à la SSR une orientation de gauche dans sa couverture médiatique. Rösti a précisé qu'il attendait de la nouvelle concession un «renforcement» en matière d'équilibre et d'objectivité. Cette nouvelle concession sera élaborée d'ici 2029.
Traduit et adapté par Noëline Flippe
