Suisse
Politique

Ce plan du Conseil fédéral contre la pénurie de logements inquiète

Le gouvernement fédéral envisage de classer certains grands projets de construction comme étant «d'intérêt national».
Le gouvernement fédéral envisage de classer certains grands projets de construction comme étant «d'intérêt national».Image: Keystone

Ce plan du Conseil fédéral pourrait «défigurer les villages» en Suisse

De grands projets de construction pourraient être déclarés d'«intérêt national» et ainsi protégés contre les recours. Du côté de Patrimoine suisse, on craint une «défiguration».
24.04.2026, 05:2924.04.2026, 05:29
Michael Graber

A l'avenir, certains projets de construction pourraient être déclarés d'«intérêt national». Conséquence, d'après le rapport du Conseil fédéral: «Dans la pesée des intérêts, ils auraient alors un poids plus important, notamment face à la protection des sites et des monuments.» Dit de façon moins alambiquée: il deviendra nettement plus difficile de s'opposer à ces projets par la voie des recours.

La pénurie de logements et la hausse des loyers comptent parmi les principales préoccupations de la population suisse. De nombreux politiciens bourgeois voient l'une des causes dans la longueur des procédures précédant le début des travaux de construction. En ce sens, le rapport indique:

«Il est indéniable que les procédures de planification et d'autorisation de construire sont parfois trop longues»

La forme exacte que doivent prendre les conditions-cadres pour de tels projets n'est pas encore définie. Le plan consiste en un projet de loi qui «habilite le Conseil fédéral à fixer les critères et les valeurs seuils permettant d'identifier les projets de construction d'intérêt national», toujours selon le rapport.

De vives critiques contre ces plans

L'objectif est de «peser davantage l'intérêt que représentent les grands projets de construction de logements dans le cadre du développement urbain vers l'intérieur.» Ce sont donc les projets de densification qui devraient être visés, et non de grands lotissements en périphérie des localités. La Confédération devra se montrer plus précise à ce sujet d'ici à fin décembre au plus tard. Le conseiller fédéral Albert Rösti annonce, pour cette échéance, un avant-projet mis en consultation.

Pour Martin Killias, président de Patrimoine suisse, il est d'ores et déjà clair que cela n'est pas acceptable en l'état. L'ancien professeur de droit pénal s'inquiète:

«Ce qui est protégé, ce sont avant tout les centres des villages, et c'est précisément là que l'on voudrait pouvoir construire sans égard pour la protection des sites. On supprime ainsi la protection des lieux et des monuments.»

Ce qui serait surtout encouragé, c'est la démolition de logements abordables, aggravant ainsi le problème du logement.

Killias s'oppose également à d'autres points du projet du Conseil fédéral. Celui-ci prévoit en effet que les riverains ne puissent plus se mobiliser pour préserver le caractère des lieux. Il indique:

«Dans les cantons sans droit de recours pour Patrimoine suisse, comme en Engadine et en Valais, on pourra alors défigurer impunément les beaux villages.»
Le plan du Conseil fédéral pour pallier à la pénurie de logements en Suisse n'est pas du goût du président de Patrimoine suisse, Martin Killias.
Le plan du Conseil fédéral pour pallier à la pénurie de logements en Suisse n'est pas du goût du président de Patrimoine suisse, Martin Killias.Image: Keystone

Pour le président de Patrimoine suisse, il s'agit d'une situation intenable. Il fait valoir le taux de succès élevé des recours:

«Dans 40% des cas, les recourants privés obtiennent gain de cause ou l'affaire se termine par un compromis.»

Pour Patrimoine suisse, ce taux dépasse les 70%, selon Killias. Cela démontre, selon lui, que les possibilités de recours sont nécessaires. Il poursuit:

«Il est manifeste qu'un correctif aux autorités s'impose, celles-ci accordant beaucoup trop souvent satisfaction aux maîtres d'ouvrage.»

Pas d'émolument en cas de recours rejeté

Killias ne croit pas non plus que l'on construirait davantage s'il y avait moins de recours:

«Le volume de construction dépend de nombreux autres facteurs: le marché des actions ou le niveau des taux d'intérêt, par exemple.»

Restreindre les droits de recours entraînerait certes un boom de la construction à court terme, mais «à long terme, cela n'aide pas», est convaincu Killias. En outre, encore bien plus de «projets illicites seraient imposés de force».

Le Conseil fédéral est d'un avis différent. Il souligne toutefois que les compétences appartiennent en grande partie aux cantons. Et dans la lutte contre les recours abusifs, il entend renoncer à un instrument souvent réclamé: un émolument en cas de recours rejeté. Le Conseil fédéral écrit:

«L'accès à la protection juridique doit être ouvert à tous et ne pas dépendre de la situation financière»

Dans tous les cas, il voit d'autres possibilités pour stimuler les constructions. En ce sens, la numérisation des procédures d'autorisation devrait notamment être accélérée. De manière générale, la longue durée des procédures est aussi imputable au «droit de la planification et de la construction, de plus en plus complexe». (adapt. ysc)

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