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Initiative sur la migration: l’UDC peut-elle refaire 2014?

Le politologue Oscar Mazzoleni analyse les chances de succès de l'initiative UDC.
Le politologue Oscar Mazzoleni analyse les chances de succès de l'initiative UDC.

L’UDC peut-elle refaire le coup de 2014?

Donnée gagnante dans un récent sondage, l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» reste un objet hautement imprévisible. «Vote caché», mobilisation des opposants et texte ratissant large, difficile de faire un pronostic. Interview avec le politologue Oscar Mazzoleni.
01.05.2026, 05:3201.05.2026, 08:50

Le sondage Tamedia du 29 avril donne l’initiative populaire «Pas de Suisse à 10 millions!» de l’Union démocratique du centre (UDC) gagnante: 52% de oui contre 46% de non. Un score toutefois appelé à évoluer. L’expérience de 2014, avec l'initiative «Contre l’immigration de masse» l’a montré: sur les objets liés à la migration, les intentions de vote peuvent fluctuer jusqu’au dernier moment, jusqu’à provoquer un coup de tonnerre que nul n’avait anticipé.

L’UDC, seule contre tous, parviendra-t-elle à rééditer l’une de ses victoires les plus retentissantes? Eclairage d'Oscar Mazzoleni, professeur de science politique à l’Université de Lausanne.

Oscar Mazzoleni, cette nouvelle initiative sur la migration s’inscrit-elle, selon vous, dans la continuité de celle de 2014, ou est-on face à un objet politique différent?
Ce n’est pas pour rien que l’UDC relance une initiative de ce type. Le parti considère que celle de 2014 n’a pas été suffisamment bien appliquée.

«Le contexte de l’époque présente certaines similitudes avec aujourd’hui, avec une UDC qui part "seule contre tous", et cette idée de mettre en discussion la relation avec l’Union européenne»

Mais en même temps, chaque initiative a ses spécificités. Celle de 2014 touchait déjà à plusieurs dimensions, comme le marché du travail, l’asile ou les étrangers domiciliés. On retrouve aujourd’hui des thématiques similaires, mais avec des mises en avant à géométrie variable, qui peuvent évoluer selon la campagne, notamment sous le label de la «durabilité». Cela ouvre aussi à d’autres enjeux, comme le transport ou le logement.

En 2014, l’initiative avait été donnée perdante (autour de 43-48%) dans certains sondages avant de s’imposer de justesse (50,3%). Comment ce décalage a-t-il pu être interprété?
Il y a eu une surprise assez générale. Les sondages n’avaient pas réellement anticipé ce résultat. Il faut dire que ces derniers sont toujours compliqués à interpréter pour les initiatives populaires, notamment en Suisse avec la double majorité. Il existe aussi des différences de méthodologie entre les instituts, ce qui rend les comparaisons délicates.

On peut aussi avancer l'hypothèse d’un «vote caché» des électeurs pour la droite conservatrice, par crainte du jugement social ou par «honte». Est-ce pertinent?
C’est un élément qui peut jouer.

«Il y a parfois une réticence à déclarer son vote dans un sondage, avec son nom et son prénom, surtout s’il est proposé par une force politique pour laquelle on ne veut pas voter ou qu’on ne considère pas assez légitime sur le plan politique»

Répondre à une enquête n’est pas la même chose que voter dans l’isoloir, où le secret est garanti. On sait aussi que, dans le passé, l’UDC a parfois été sous-représentée dans les sondages. Cela peut contribuer à expliquer certains écarts.

Est-ce que la thématique migratoire rend ces objets encore plus difficiles à saisir dans les sondages?
Pas nécessairement. Mais oui, lorsque la question migratoire est accompagnée d’autres thématiques. C’est le propre des initiatives que j’appelle «omnibus». Elles permettent de cumuler des motivations de soutien très différentes pour maximiser le résultat final. Dans cette initiative, certains électeurs pourront se mobiliser pour la question migratoire, d’autres sur l’asile, les étrangers domiciliés, les naturalisations ou encore pour la question européenne.

«D’autres votants pourront être attirés par d’autres enjeux liés, par exemple au logement, au marché du travail ou aux transports»

Si on additionne toutes ces motivations, on obtient une coalition assez large, mais également très diverse, ce qui rend l’analyse plus complexe.

Concrètement, qu’est-ce que cela implique sur la dynamique de campagne ?
Cela contribue à réduire la stabilité de l’opinion. Contrairement à un objet très ciblé – par exemple une question strictement européenne – où une partie significative des électeurs a développé des opinions ancrées au fil des années, ici, il peut y avoir des évolutions. Les électeurs peuvent être sensibles à différents arguments selon la manière dont la campagne est menée, par exemple si l’accent est mis sur la durabilité ou sur l’Europe. Cela dépend aussi du contexte: dans certaines régions, certains thèmes peuvent être plus mobilisateurs que d’autres.

Souvent, les initiatives populaires démarrent avec des scores assez élevés, puis le soutien s’érode à mesure que la votation approche. Comment l’expliquer?
Cela tient en partie à une évolution du système politique.

«Depuis une vingtaine d’années, les initiatives peuvent plus facilement passer la rampe, notamment celles de l’UDC. Les opposants sont donc poussés à se mobiliser davantage en cours de campagne. Ils investissent le débat, critiquent le texte et en montrent les implications concrètes. Ce qui fait évoluer les opinions.»

Et il ne faut pas oublier le rôle des indécis qui peuvent faire basculer le résultat jusqu’aux derniers jours.

Faut-il s’attendre à une nouvelle surprise?
Il faut rester prudent. Sur ce type d’objet, l’incertitude reste élevée jusqu’au vote. Y compris parce que les initiatives populaires demandent également la majorité des cantons.

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source: suisse tourisme
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