«Ce vote peut changer la vie de ces femmes en Suisse»
Elle avait fini en cellule après avoir porté plainte pour violences conjugales. Pire encore, Vanessa (prénom d’emprunt), femme sans papiers, risquait l’expulsion pour avoir dénoncé son agresseur.
Face à cette situation, la conseillère nationale socialiste Jessica Jaccoud avait déposé une motion au Parlement, approuvée par le Conseil fédéral et soutenue au-delà des clivages partisans. L’avocate et parlementaire demande que les autorités pénales puissent instruire les cas de violences de genre sans dénoncer automatiquement les séjours illégaux. Ce mercredi, le texte a été approuvé par une large majorité au Conseil national (110 voix en faveur, 76 contre, 4 abstentions). La socialiste revient sur cette victoire. Interview.
Jessica Jaccoud, votre motion vient d’être acceptée au Parlement par une large majorité. C’est une surprise?
C’est une magnifique victoire, d’autant plus que cette thématique, qui touche les femmes sans-papiers, n’est habituellement pas accueillie avec beaucoup d’enthousiasme au Conseil national. Obtenir l’adoption d’une telle motion avec 110 voix, c’était vraiment inespéré.
Comment êtes-vous allée chercher des voix au-delà de votre camp politique?
Un peu à la manière de la politique suisse: en discutant avec les uns et les autres, en mettant en avant des cas concrets et des situations de vie. J’ai expliqué à quel point ce vote pouvait réellement changer la vie des femmes concernées et combien la situation actuelle est injuste.
Et le soutien de femmes du camp bourgeois a été déterminant?
Ce sont les femmes du Centre, des Vert’libéraux et du PLR qui m’ont réellement aidée à aller chercher des voix dans leurs partis, au-delà de la gauche qui était déjà acquise.
Leur capacité à faire avancer cette cause et à convaincre au sein de leurs groupes a été déterminante.
En 2025, la Suisse a connu un nombre record de féminicides, 22 selon l'ONG StopFemizid. Est-ce que cela a joué un rôle dans l’adoption de cette motion?
Je pense que c’est multifactoriel. Bien sûr, le nombre de féminicides l’année passée a choqué tout le monde et a permis de sensibiliser davantage de personnes. Les 500 000 signatures que nous avons récoltées avec les Femmes socialistes suisses en décembre dernier, pour obtenir plus de moyens contre les violences faites aux femmes, dans le cadre du débat budgétaire, ont aussi joué un rôle. On voit également que le Conseil des Etats vient d’accepter la motion de la conseillère aux Etats Marianne Maret (PS/VS) pour la création d’une loi-cadre contre les violences domestiques.
Les choses avancent à petits pas?
Il ne faut pas oublier que chacune de ces victoires est le résultat d’une longue bataille. Durant cette session, par exemple, nous nous battons encore dans le paquet d’allègement pour maintenir le financement de la formation des personnes qui travaillent dans les centres d’aide aux victimes et pour que la Confédération continue à soutenir cette formation. Nous faisons des petits gains, mais ils sont le résultat d’une multitude de combats menés en parallèle. Rien n’est automatique.
C’est aussi victoire d’étape: la motion doit encore passer devant le Conseil des Etats.
Exactement. Gagner au Conseil national, c’est comme passer un premier tour: tous les compteurs seront remis à zéro. Il faudra maintenant retrousser les manches et convaincre les collègues du Conseil des Etats d’accepter également cette motion. Si elle est adoptée là-bas aussi, elle sera transmise au Conseil fédéral, qui devra ensuite légiférer.
Vous allez porter à nouveau cette bataille?
C’est une certitude. Et je ne suis pas seule. De nombreuses organisations soutiennent cette démarche. J’ai beaucoup travaillé avec le Centre social protestant (CSP) et l'Entraide Protestante Suisse (EPER) ainsi qu'avec la Plateforme sans-papiers Suisse dont les conseillères nationales Céline Widmer (PS/ZH) et Delphine Klopfenstein (Verts/GE). Le syndicat SIT à Genève va aussi mener un important travail de sensibilisation sur cette thématique. Nous savons aussi que plusieurs ministres de la Justice et de la Police dans les cantons souhaitent faire avancer ce dossier. Peut-être que le moment est venu de franchir un cap sur cette question.
