Pourquoi le Valais n’envoie presque aucune femme à Berne
Les observateurs de la politique fédéral en auront discuté ces derniers temps: le Valais ne compte pas beaucoup de femmes, à Berne. C'est simple: au Conseil national, sur les huit parlementaires romands et alémaniques, il n'y en a pas. Au Conseil des Etats, c'est Marianne Maret qui les représente, aux côté du Haut-valaisan Beat Rieder — tous deux du Centre.
Selon une récente enquête du quotidien Le Temps, «la délégation valaisanne pourrait redevenir exclusivement masculine» en 2027, le départ de Marianne Maret étant attendu par de nombreux observateurs.
Une femme sur dix parlementaires. A titre de comparaison, les autres cantons romands ont des meilleurs chiffres. Si on cumule les délégations des Conseils national et des Etats, le Jura compte 25% de femmes dans ses rangs parlementaires, Neuchâtel un tiers (33%), Genève 36% et Vaud 38%. Loin devant, Fribourg est clairement le canton le plus féminisé à Berne, deux tiers (66%) de son personnel politique sous la Couple étant des femmes.
Et en pourcentages, voici ce que cela représente:
Mais comment expliquer une telle différence? Pour Nenad Stojanovic, professeur en sciences politiques à l'Université de Genève, «l’absence des femmes au Conseil national est surprenante à l’échelle suisse, mais je pense qu’il s’agit d’un problème passager dû à des circonstances».
Le cas Viola Amherd
Le Valais correspond-il donc au cliché d'un canton conservateur où on empêcherait les femmes d'accéder à des postes à responsabilité? Si on regarde les chiffres des autres institutions politiques, cela n'est pas forcément le cas, remarque Nenad Stojanic.
Et d'illustrer: «Le Grand conseil valaisan est composé à 38,5% de femmes, au-dessus de la moyenne suisse. Au Conseil des Etats, le Valais est représenté par une femme et par un homme. Une des dernières conseillères fédérales était la Haut-valaisanne Viola Amherd.»
Certains cantons plus progressistes au sens large, comme Vaud ou Neuchâtel, ne peuvent en effet pas se vanter d'avoir eu un membre du Conseil fédéral féminin dans leur histoire, malgré un grand nombre de personnalités politiques émanant de ces deux cantons.
Par ailleurs, un autre canton latin est parfaitement similaire au Valais: le Tessin. Il ne compte qu'une femme pour une délégation de dix parlementaires, la conseillère nationale verte Greta Gysin.
Contre-exemples et préjugés
«On ne peut pas dire, sur cette base, que les femmes sont globalement peu représentées en politique en Valais», estime Nenad Stojanovic. «Quant à l'aspect "canton catholique-conservateur", si on prend l'autre exemple romand, Fribourg, sa délégation à Berne est particulièrement féminine», compare le professeur de l'Uni de Genève.
En Suisse centrale justement, de même inspiration catholique-conservatrice, les situations sont elles aussi diverses et variées. Dans les demi-cantons de Nidwald et d'Obwald, par exemple, l'unique place au National est tenue par une femme — le conseil des Etats étant tenu par un homme. Un «ratio» de 50/50 qui dépasse la plupart des cantons romands.
Dans la même région, Uri et Glaris n'ont par contre aucune femme dans leurs rangs. Ces petits cantons ne comptent chacun que trois sièges à Berne. Le canton le plus peuplé à n'avoir aucune femme dans sa délégation fédérale est Schwytz: quatre sièges au Conseil national et deux aux Etats (l'équivalent de Neuchâtel), entièrement masculins.
L'importance des listes
Il n'empêche: le Valais est la plus grande délégation du Conseil national à ne compter aucune femme. Comment l'expliquer? Un des éléments décisifs est la place sur les listes politiques des femmes. Et là, on remarque que des femmes faisant de jolis scores arrivent souvent juste derrière les hommes qui ont été élus.
«Le système suisse permet à la fois une discrimination négative — biffer des femmes — et une discrimination positive, en ne votant que pour elles», explique Nenad Stojanovic. Suite à une étude menée avec sa collègue de l'Université de Genève, Lea Portmann, Nenad Stojanovic souligne:
Le politologue concède néamoins qu'une «partie de l’électorat qui a des préjugés sur l’idée que la politique n’est pas faite pour les femmes, y compris parmi les électrices elles-mêmes». Il précise toutefois:
On parle ici du comportement des votants. Mais les partis et les institutions politiques savent aussi très bien ce qu'elles font en choisissant l'ordre de leurs candidats sur les listes. Sur ce point, le professeur genevois entrevoit une solution:
On attend de voir ce qu'en pensent les partis. Pour les élections fédérales de 2027, à tout hasard.
