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Politique

La Suisse est plus proche que jamais des JO d'hiver de 2038

Le directeur des Jeux olympiques du Comité international olympique (CIO), Christophe Dubi, salue la décision positive du Conseil fédéral en faveur des Jeux olympiques d'hiver de 2038.
Il exige toutefois que les sites hôtes apportent des garanties concrètes d'ici à la fin de l'année.Image: keystone/montage watson

«Cette décision est une étape décisive» pour les JO 2038 en Suisse

Le directeur des Jeux olympiques du Comité international olympique (CIO), Christophe Dubi, salue la décision positive du Conseil fédéral en faveur des Jeux olympiques d'hiver de 2038.
07.07.2026, 18:5207.07.2026, 18:52
Rainer Sommerhalder

Le Conseil fédéral a donné son feu vert au projet des Jeux olympiques d’hiver de 2038, une étape jugée déterminante par le CIO. Dans cet entretien, Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux olympiques au Comité international olympique et figure clé du dossier suisse, explique pourquoi cette décision change la donne, ce qu'il attend encore des cantons et les obstacles qui restent à surmonter avant une éventuelle attribution.

Le Conseil fédéral soutient sans réserve le projet olympique suisse. Est-ce une étape décisive pour les Jeux d'hiver de 2038?
Christophe Dubi: Oui, c'est une étape décisive. En Suisse, il est impossible de mener à bien un projet de Jeux olympiques d'hiver répartis sur dix cantons sans le soutien de la Confédération. C'est absolument indispensable. Cette décision fixe le cadre général de ce que la Confédération fera dans le projet:

«Switzerland 2038»

Et surtout, elle précise ce que les cantons et les communes devront désormais accomplir.

epa12124507 Christophe Dubi, IOC Olympic Games Executive Director speaks to the media as International Olympic Committee Coordination Commission members attend a press conference for the Brisbane 2032 ...
Le directeur olympique suisse du CIO, Christophe Dubi.Keystone

Le Conseil fédéral a également renoncé à organiser une votation populaire au niveau fédéral.
Je m'en réjouis beaucoup. Le Conseil fédéral indique très clairement que, selon lui, ce projet ne remplit pas les conditions justifiant un référendum. Je considère qu'il s'agit d'un signal politique très important. Au CIO, nous avons aussi particulièrement apprécié le ton positif adopté par le gouvernement. Il souligne l'importance que ces Jeux peuvent revêtir pour la Suisse et les bénéfices qu'ils peuvent lui apporter.

«Cela montre qu'il ne se contente pas de dire oui par obligation, mais qu'il est convaincu que ces Jeux seront bénéfiques au pays sur le long terme.»

Pourtant, on entend dire que le CIO émettrait certaines réserves. Qu'est-ce qui ne convainc pas le Comité international olympique dans le concept suisse?
Je ne sais pas où vous avez entendu cela. Certainement pas de ma bouche. Ce que je peux vous dire, c'est que le projet suisse est complexe. Notre système repose sur le principe de subsidiarité entre la Confédération, les cantons et les communes. Toute la complexité du projet olympique réside dans le fait que chacun doit apporter sa pièce au puzzle. Chaque niveau institutionnel doit fournir une contribution très précise pour que l'ensemble fonctionne.

Qui doit désormais fournir ces contributions?
Avec le message du Conseil fédéral, nous disposons aujourd'hui du cadre du puzzle. Il faut maintenant que les cantons, les communes et les différents acteurs apportent les autres pièces afin de compléter l'image d'ensemble. Voilà où nous en sommes.

«Nous savons que la Confédération apportera une contribution financière et fournira au CIO un certain nombre de garanties, ce qui correspond exactement à ce qui est attendu»

En même temps, la décision du Conseil fédéral exclut certaines responsabilités qu'il estime ne pas relever de ses compétences et renvoie les cantons à leurs propres obligations. Vous voyez donc qu'il ne s'agit pas de savoir si nous sommes satisfaits ou non.

De quoi s'agit-il alors?
Il s'agit de déterminer ce dont nous disposons aujourd'hui et ce qu'il nous faudra d'ici à la fin de l'année, lorsque les deux Chambres fédérales devront notamment se prononcer à Berne. Les parlementaires, tout comme nous, doivent savoir ce que les autres parties mettront sur la table. Voilà où nous en sommes actuellement.

On dit aussi que le CIO n'est pas entièrement convaincu par la garantie de déficit apportée par des investisseurs privés. Pourtant, une garantie financée par des millionnaires et des entrepreneurs suisses est une idée innovante qui pourrait faire école.
Oui, c'est une idée très innovante. Nous échangeons régulièrement avec eux et nous continuerons à le faire. Ils disposent d'un responsable qui pilote cette démarche et je trouve qu'il accomplit un excellent travail. Nous avons examiné les différents contrats déjà signés, y compris les modalités d'activation de ces garanties. Tout cela est très précisément encadré.

Mais?
L'aspect financier est une chose, mais l'argent ne permet pas de tout résoudre. Ce qui compte réellement, ce sont les garanties de réalisation. Il ne s'agit pas toujours de financement, mais parfois de décisions à prendre sur le terrain. Les derniers Jeux d'hiver organisés en Italie nous ont fourni d'innombrables exemples où les autorités de Vénétie ou de Lombardie ont dû intervenir afin de faciliter l'organisation des compétitions. Il est parfois nécessaire de prendre des décisions politiques pour accélérer certaines procédures.

«C'est précisément là que les autorités, notamment celles des sites de compétition, doivent intervenir. Cette responsabilité ne peut pas reposer sur des acteurs privés. Ce sont les cantons et les villes hôtes qui doivent garantir que les épreuves auront effectivement lieu.»

Encore une fois, il ne s'agit pas uniquement d'argent. Il s'agit par exemple d'avoir la certitude que les compétitions de patinage artistique pourront bel et bien se dérouler à Lausanne, dans l'Arena toute proche.

Revenons à ces investisseurs privés qui, en apportant leur garantie contre un éventuel déficit, pourraient finalement réaliser un bénéfice si les Jeux connaissent un succès commercial. C'est tout de même un modèle assez particulier. Comment le CIO le considère-t-il?
En matière de retombées économiques, tout le monde est gagnant au final. Le Conseil fédéral estime que l'impact économique global des Jeux se situera entre 5,6 et 7,45 milliards de francs.

«Les pouvoirs publics bénéficieront eux aussi d'un retour sur investissement grâce aux recettes fiscales générées»

Lorsqu'un acteur privé dépose des fonds pour couvrir un risque qui pourrait ou non se réaliser, il n'est pas surprenant qu'il obtienne une rémunération en contrepartie. Après tout, lorsque l'on souscrit une assurance, on paie également une prime. Il s'agit d'un modèle différent. Nous ne l'avons même pas encore expérimenté pour les Jeux organisés aux Etats-Unis. On aurait pu penser qu'une telle idée viendrait du marché nord-américain. Mais non, elle vient de Suisse! C'est une innovation. Et au CIO, nous devons accueillir favorablement les innovations.

Qu'attendez-vous encore d'ici à la fin de l'année?
A la lecture du message du Conseil fédéral, plusieurs tâches sont clairement attribuées aux cantons. Sur le plan financier, si je me souviens bien, leur contribution devrait également atteindre 200 millions de francs. Ils sont donc appelés à participer. Si j'étais conseiller national, je poserais exactement cette question: je comprends le rôle de la Confédération, mais le Conseil fédéral renvoie à d'autres acteurs. Qu'ont-ils concrètement mis sur la table à ce stade? Il me paraît donc tout à fait normal que cette question soit posée non seulement par le CIO, mais aussi par les parlementaires fédéraux.

Quels sont les autres points encore ouverts? Qu'en est-il notamment de l'expérience des athlètes, un élément mis en avant par la réforme du CIO? Les derniers Jeux de Milan ont suscité certaines critiques.
Vous avez raison. C'est un point essentiel et nous devons trouver de bonnes solutions. Le CIO sait très précisément ce qui a bien fonctionné à Milan et ce qui devra être amélioré, notamment dans le cadre d'un modèle de Jeux décentralisés. Une chose est claire: il ne doit plus arriver que des athlètes expriment leur mécontentement. C'est un véritable interdit pour l'avenir. Il y a aussi la Medal Plaza. Vous vous souvenez certainement des Jeux de Turin en 2006. Les athlètes devaient parcourir entre une heure et demie et deux heures pour recevoir leurs médailles, mais ce moment restait exceptionnel pour eux.

«A Milan-Cortina, il n'y avait pas de véritable place des médailles. Cela a probablement manqué»

A quel moment le CIO prendra-t-il une décision définitive concernant la candidature suisse?
Le plus rapidement possible. D'autres pays exercent déjà une pression sur nous, car ils savent qu'une décision devra être prise d'ici à la fin de 2027. Ils nous demandent déjà s'ils pourront reprendre les discussions au début de 2028. Il est donc évident que plus tôt nous pourrons annoncer que les prochaines candidatures concerneront les Jeux de 2042, mieux ce sera pour le CIO.

D'ici à la fin de l'année, ce sont donc surtout les cantons qui sont attendus. Pourtant, des référendums cantonaux sur le financement restent possibles par la suite. Il est impossible d'en connaître l'issue d'ici là.
Nous, Suisses, devrions être fiers de notre démocratie directe. C'est une richesse précieuse pour notre pays. La possibilité d'organiser des référendums cantonaux fait partie de notre système. Cela peut arriver. Mais nous disposons aujourd'hui d'un modèle décentralisé qui permet de bénéficier des avantages des Jeux sans concentrer toutes les charges sur un seul canton.

«Je ne crains donc pas un référendum cantonal»

Contrairement aux anciens projets, où l'ensemble du poids reposait sur un seul canton, nous parlons aujourd'hui d'un concept décentralisé fondé sur des infrastructures existantes et sur des organisateurs déjà expérimentés. C'est pourquoi je suis très confiant.

Quelles sont, selon vous, les chances que les Jeux olympiques d'hiver de 2038 soient finalement attribués à la Suisse?
Si je n'en étais pas convaincu à 100%, je ne serais pas ici en train de vous parler. Je ne remplirais pas correctement ma mission. Notre rôle, au sein de l'administration du CIO, consiste à présenter aux membres du CIO le meilleur projet possible. En novembre 2023, nous avons reçu le mandat d'élaborer ce projet avec la Suisse. Voilà plus de trois ans que nous y travaillons. Bien entendu, nous restons pleinement motivés et convaincus à 100% que ce projet aboutira. Mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir.

(adapt. dal)

Ce chien a volé la vedette aux Jeux olympiques
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