La Fifa oublie la Suisse
Les amateurs de beau jeu ont grimacé: avec sa stratégie ultra-défensive, ses coups bas, son vice, ses provocations et ses fautes d'anti-jeu, le Paraguay a déshonoré le football, samedi contre la France.
Bien sûr, le catenaccio est un art qu'il convient de respecter. Mais cette fois, l'Albirroja est allée trop loin: elle s'est discréditée. Tout le contraire d'un autre «petit», le Cap-Vert qui, par ses sorties de balle propres, son jeu vers l'avant et sa qualité technique, est sorti grandi de ce Mondial.
Mais comment en vouloir aux Paraguayens? Les hommes de Gustavo Alfaro ont joué avec leurs armes. Ils avaient un plan précis et ont très vite compris qu'ils pourraient le mettre en œuvre sans être inquiétés.
Les fautes ont été peu sifflées et le Paraguay n’a reçu aucun carton jaune durant le temps réglementaire. Comble de l’histoire, ce sont les Bleus qui ont été avertis à trois reprises, signe que l’arbitre ne s’est pas laissé guider par les nouvelles directives de la Fifa, appelant à laisser jouer et à moins sanctionner. Ilgiz Tantashev a clairement été défaillant. Il s'est liquéfié.
Or là encore, peut-on véritablement lui en tenir rigueur? Tantashev siffle chaque week-end en Ouzbékistan, un championnat que la Fédération internationale de l'histoire et des statistiques du football (IFFHS) classait en 2024 au 96e rang mondial.
Certes, l'arbitre ouzbek possède des références au niveau continental, avec notamment deux finales de Ligue des champions d'Asie. Mais cela ne pèse pas lourd face à l'expérience acquise dans la plus prestigieuse des compétitions de clubs ou en Copa Libertadores.
La Fifa en est d'ailleurs consciente: elle n’a jamais confié la finale d’un Mondial à un officiel asiatique, même lorsque celle-ci opposait une nation européenne à une équipe sud-américaine. Elle privilégiait alors un arbitre issu de l’une de ces deux zones, quitte à ce que celui-ci dirige une sélection appartenant à sa propre Confédération.
Ilgiz Tantashev sifflait déjà son troisième match de Coupe du monde, samedi à Philadelphie. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que sa première prestation, lors de Maroc-Ecosse plus tôt dans la compétition, avait déjà fait beaucoup parler, avec au moins un penalty non sifflé et un rouge oublié.
Les précédents de l'Ouzbek sur la scène internationale ne sont guère plus glorieux. Les rencontres France-Argentine aux Jeux olympiques de Paris 2024 et Inter Milan-River Plate à la Coupe du monde des clubs avaient toutes les deux viré à la bagarre. Dans ce contexte, lui confier un huitième de finale de Coupe du monde est incompréhensible.
A côté de cela, Sandro Schärer, considéré par l’IFFHS comme le dixième meilleur arbitre au monde en 2025, attend toujours de diriger sa première rencontre de Coupe du monde. Il n’occupe pour l’instant qu’un rôle de quatrième arbitre. Sans la moindre apparition lors de la phase de groupes, il semble peu probable qu’il soit nommé pour une rencontre à élimination directe. Son heure est passée.
Pourtant, le Suisse, bon communicateur, reste sur une demi-finale de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich, sa 20e apparition dans la compétition. Il compte également 24 matchs de Ligue Europa, deux rencontres lors du dernier Euro, une finale de Supercoupe de l’UEFA entre le Real Madrid et l’Atalanta, ainsi qu’une finale de Ligue des nations entre le Portugal et l’Espagne.
Il ne s’agit pas de dire que Sandro Schärer est parfait. Il compte aussi son lot de gaffes. Mais lorsqu’arrive la phase à élimination directe d’une Coupe du monde, seuls les arbitres de tout premier plan devraient officier. Ceux expérimentés dans les compétitions les plus prestigieuses, face aux plus grandes équipes et sous les plus fortes pressions. Les enjeux sont trop importants.
La volonté presque obsessionnelle de la Fifa de s’ouvrir au monde et de rendre le football plus inclusif montre ici ses limites.
