Genève va-t-elle interdire les manifestations en marge du G7?
La majorité parlementaire de droite a adopté vendredi en urgence deux textes dans ce sens. La résolution du PLR demande au Conseil d'Etat d'interdire toute manifestation dans le canton pendant huit jours, entre le 11 et le 19 juin. La motion de Libertés et justice sociale va encore plus loin avec «une trêve sécuritaire» de cinq jours avant et après le sommet, à savoir du 10 au 22 juin.
«Il s'agit de restreindre le droit de manifester au vu de cet événement majeur mobilisant déjà les forces de l'ordre pour la sécurisation des délégations qui transiteront par Genève», a expliqué le libéral-radical Pierre Conne. «Personne ne veut revivre la situation de 2003», a poursuivi son collègue de parti Jean-Pierre Pasquier.
Indemnisations
Compte tenu de l'inquiétude croissante des communes et des milieux économiques, la résolution invite aussi le gouvernement à les associer «sans délai» aux travaux de la cellule de crise ad hoc. A la faveur d'un amendement du Centre, elle prévoit aussi que toute manifestation non autorisée soit immédiatement dissoute.
La résolution demande encore la mise en place d'un mécanisme d'aide financière pour couvrir les frais engagés par les commerçants, restaurateurs et hôteliers pour se protéger de déprédations. Elle préconise aussi une indemnisation «rapide et intégrale» pour ceux qui subiront des dommages matériels «lors des manifestations violentes liées à cet événement.»
«A la hauteur»
La gauche s'est opposée aux deux textes. «Le droit de manifester est constitutionnel. Une interdiction généralisée est plus dangereuse qu'une autorisation contrôlée», a relevé le Vert Pierre Eckert. Un avis partagé par le socialiste Sylvain Thévoz, qui estime qu'interdire «va créer un appel d'air pour les plus personnes les plus extrémistes».
«Vous alimentez la peur et envoyez des signaux antidémocratiques», a lancé le député à la droite, au vu de ses nombreux textes sur le G7. Et d'enjoindre le Parlement à faire confiance à la police et aux institutions, qui seront «à la hauteur de l'événement», alors que l'UDC Yves Nidegger impute «le fiasco» de 2003 «à un manque de courage politique».
La conseillère d'Etat Carole-Anne Kast, en charge du Département des institutions et du numérique, s'est voulu rassurante. «Vos préoccupations sont partagées. Il faut faire confiance aux professionnels qui préparent cet événement», a-t-elle déclaré. Aucune décision n'a encore été prise concernant la demande de manifester du collectif de la Grève féministe, a-t-elle ajouté. (sda/ats)
