Filiale de TX Group, Tamedia a fait ces douloureuses annonces en deux temps tôt mardi matin. Le groupe devrait employer quelque 1200 personnes contre 1400 actuellement. Le centre d'impression de Lausanne à Bussigny, qui existe depuis 1989, devrait fermer ses portes fin mars 2025. Celui de Zurich est aussi concerné. Tamedia a justifié son choix par des «situations de surcapacité depuis plusieurs années». Ils ont aujourd'hui un taux d'occupation compris entre 30 et plus de 50%, selon le groupe.
Tamedia a indiqué qu'il va désormais se concentrer sur sa seule imprimerie de Berne, qui sera agrandie. Ce centre aura suffisamment de capacité pour imprimer les titres du groupe et répondre aux demandes des clients externes. Le choix s'est aussi porté sur Berne en raison de sa position centrale en Suisse, a relevé la dirigeante du groupe, Jessica Peppel-Schulz.
Le président de la Société des collaborateurs de 24 heures, Erwan Le Bec, a parlé «d'une journée noire pour la presse suisse et romande en particulier».
«Il y a une crainte que les mesures soient appliquées d'une manière aveugle, arbitraire et disproportionnée, en Suisse romande en particulier», affirme-t-il. «On voit avec beaucoup de méfiance ces nouveaux concepts de réorganisation. Aujourd'hui, on est inquiet pour tous les titres papiers et numériques», ajoute-t-il.
Et autant dire que l'ambiance est «très mauvaise» au sein des rédactions, selon lui. Les assemblées générales des rédactions du 24 heures et de la Tribune de Genève vont décider de la suite des actions à mener.
Du côté des syndicats, les réactions n'ont pas tardé. Le syndicat suisse des médias (SSM) se montre profondément préoccupé. «Avec la suppression de près de 300 postes à plein temps, Tamedia dit adieu à environ 20% de ses effectifs», explique Silvia Dell'Aquila, secrétaire centrale du SSM.
De plus, les suppressions de postes devraient toucher la Suisse romande de manière disproportionnée, car les pertes dues à la publicité y sont particulièrement importantes. Le fait que les suppressions d'emplois soient pilotées depuis Zurich, alors que le poste de direction en Suisse romande est vacant depuis des mois, renforce la crainte que les intérêts du paysage médiatique romand ne soient négligés.
Syndicom a «sévèrement critiqué le licenciement collectif» et la fermeture des deux centres d'impression. «Une fois de plus, l'entreprise de presse se concentre sur la maximisation des profits au lieu d’assumer sa responsabilité sociale et d'investir dans le journalisme», déplore-t-il dans un communiqué.
Impressum dénonce pour sa part une décision «catastrophique et démesurée», alors que les titres du groupe sont globalement rentables. Il demande un moratoire sur les licenciements pendant plusieurs années. Le syndicat suisse des médias (SSM) se montre aussi «profondément préoccupé». La diversité des médias est menacée, selon lui.
Le Conseil d'Etat vaudois a pour sa part exprimé «sa vive inquiétude» et va solliciter une rencontre avec les dirigeants du groupe zurichois. Il regrette «ce nouvel appauvrissement de la presse romande, craignant «un affaiblissement majeur» de la couverture de l'actualité en Suisse romande.
Le gouvernement vaudois souligne «les conséquences importantes» en termes d'emploi et de savoir-faire industriel dans le domaine de l'impression, Tamedia ayant annoncé mardi la fermeture de l'imprimerie de Bussigny. Il se dit «conscient» des mutations actuelles dans le secteur de la presse. Il affirme toutefois être «particulièrement préoccupé» par les annonces qui se succèdent depuis plusieurs années chez Tamedia.
Le Conseil d'Etat conclut en disant qu'il sera «particulièrement attentif» au respect des dispositions légales en matière de licenciements collectifs.
(sda/ats)