Suisse
Religions

«Les thèmes de Pâques restent actuels»: un président d'Eglise raconte

Pascal Gregor
Certains semblent oublier que Pâques est une fête religieuse.

«Les jeunes cherchent quelque chose qui va plus loin que TikTok»

Directeur de l'Eglise argovienne, Pascal Gregor confie sa vision de la période de Pâques. Pour lui, les thèmes de cette fête résonnent avec l'actualité. Voici pourquoi.
05.04.2026, 18:5405.04.2026, 18:54
Daniel Vizentini

Il y a les lapins, les oeufs et les week-ends prolongés. Mais la période de Pâques est également très importante pour les Chrétiens.

Pascal Gregor est le directeur de l'Eglise argovienne. Face à un désamour croissant pour la religion, ce consultant en management a tenu à faire passer un message d'espoir.

Pourquoi Pâques est-elle la fête la plus importante pour le christianisme?
Pascal Gregor: Sans Pâques, il n’y aurait simplement pas de christianisme. Et ce n’est pas seulement une belle formule, c’est une réalité historique et théologique très concrète. Après la crucifixion de Jésus, les premiers disciples n’ont pas fondé une nouvelle religion, ils étaient d’abord déçus et déstabilisés. Ce n’est que l’expérience de Pâques et la conviction que Jésus est vivant qui les a remis en mouvement. Sans cela, Jésus serait sans doute entré dans l’histoire comme un prédicateur itinérant ayant échoué.

Mais pour beaucoup, ce ne sont désormais que de simples vacances.
Aujourd’hui, il est certain que la perception de cette période est partagée. Beaucoup se réjouissent d’un week-end prolongé, ce que je peux honnêtement comprendre.

«Mais je constate aussi que les thèmes de Pâques que sont le renouveau, l’espoir, le fait de se relever après un échec, restent étonnamment actuels»

Peut-être que, pour certains, tout commence par quelques jours de congé et se termine par une question un peu plus profonde.

De plus en plus de jeunes se tournent vers l’Église de nos jours. Est-ce aussi votre constat?
Je dirais qu'en Argovie, là où j'officie, ce n’est pas un phénomène de masse, mais un signal intéressant.

«Nous voyons des jeunes qui viennent de manière très consciente, non pas parce que cela se fait, mais parce qu’ils cherchent quelque chose. Et cela se remarque immédiatement, car ces jeunes posent des questions, parfois très directes»

Ils ne tournent pas autour du pot, ce qui est d’ailleurs très sain pour l’Église.

Que cherchent-ils?
Ils cherchent une orientation, une communauté, et quelque chose qui va plus loin que le prochain clip TikTok. Si, en tant qu’Église, nous répondons honnêtement à cette attente, il peut en sortir quelque chose. Mais si nous nous contentons de répéter de vieilles répliques, ils repartiront aussi vite qu’ils sont venus.

L’accompagnement spirituel est-il en hausse?
Le besoin d’accompagnement spirituel est clairement présent, peut-être même plus qu’avant. Les gens ont beaucoup de contacts, mais pas forcément beaucoup de conversations où il est réellement question d’eux.

Les agents conversationnels de l'IA remplissent parfois cette fonction.
L’intelligence artificielle peut aider à formuler les premières questions ou à lever certaines barrières. Mais dès qu’il s’agit des grandes questions comme la faute, la perte de quelqu'un, le sens de la vie, on voit vite les limites des technologies. Un chatbot écoute, mais ne ressent pas. Je le dis parfois de manière un peu provocatrice

«L’IA suffit largement pour, par exemple, établir un horaire de train. Mais pour les questions existentielles, non. Il faut une véritable présence humaine»

Disposez-vous des récents chiffres concernant l'Eglise argovienne?
La tendance est claire, nous avons toujours plus de personnes qui sortent de l'Eglise que de gens qui y rentrent. Ce n’est ni un secret ni quelque chose qu’il faut enjoliver. Mais il y a aussi des personnes qui entrent ou reviennent de manière consciente. Et ce sont rarement des décisions prises à la légère, mais des choix mûrement réfléchis.

«On peut dire que, autrefois, appartenir à l’Église allait de soi et aujourd’hui, c’est une décision»

Les chiffres sont plus faibles, mais les choix individuels sont souvent d’autant plus significatifs.

Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez aux gens pour Pâques?

«J’aimerais que Pâques ne figure pas seulement dans le calendrier, mais aussi un peu dans la vie des gens»

Pas forcément à travers de grands gestes, car parfois, il suffit qu’une personne fasse un pas en avant après une période difficile. Et pour l’Église, je souhaite le courage d’accompagner ces processus. Avec ouverture, bienveillance et une certaine sérénité. Car au fond,

«Pâques raconte que tout ne se passe pas toujours comme prévu, et que quelque chose de bon peut malgré tout en sortir»

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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